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Après la guerre, la paix nouvelle reste précaire et menacée...
 
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 Le blues du cancre (PV)

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Samuel Pinsker
Serpentard, 4 ème Année
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MessageSujet: Le blues du cancre (PV)   Sam 6 Fév - 17:45:46

Sans s'arrêter, Samuel avait couru jusqu'au château, dévalé les escaliers menant au sous-sol, et s'était engouffré dans la salle commune sans accorder un regard à personne. Du premier coup d'oeil, il avait vu que Lenny n'était pas là ; tant mieux, il n'avait pas envie de lui parler. Ou si. Il ne savait pas exactement ce qu'il voulait, il sentait juste la colère et l'humiliation bouillonner en lui, comme une lave en fusion menaçant de tout recouvrir. Le visage fermé, le garçon se laissa tomber sur un fauteuil, devant le feu, sous les regards interloqués de quelques condisciples Vert et Argent ; il était si manifestement furieux que ses camarades devaient se poser des questions. S'il racontait ce qui lui était arrivé, les autres Serpentard prendraient son parti, bien entendu, mais il ne dirait rien. Fixant le feu d'un air buté, il ressassait la scène, réentendait à loisir l'ultime conseil du Serdaigle, et se persuadait peu à peu de sa justesse. Oui, il n'était qu'un pauvre cinglé, il n'avait rien à faire parmi les gens normaux...

Une terrible lassitude s'emparait de lui. Dire qu'il s'était juré de faire des efforts... Par égard pour Lenny, bien sûr, mais aussi parce qu'il éprouvait de plus en plus le besoin de se sentir normal. Comme les autres. Comme ces nabots de première année, penchés sur leurs devoirs à la table là-bas, avec une application digne d'éloges. Comme la fille lovée sur son fauteuil, non loin de lui, absorbée dans un épais grimoire. Quoi qu'on en dise, la maison Serpentard était généralement peuplée d'élèves sérieux et intelligents, même s'ils n'avaient pas la réputation de ces enragés de Serdaigle... Samuel, avec son carnet de notes de cancre, avait pleinement conscience du tort qu'il faisait à sa maison, et il lui arrivait parfois de le regretter... Mais s'il n'était qu'un taré, il avait une excuse en béton, après tout. On ne pouvait pas avoir les mêmes exigences avec lui qu'avec les autres... Pourtant, Rogue, à l'époque où il dirigeait la maison, lui avait fixé des objectifs, sans concession, et le gamin, fermement guidé, avait progressé...


*Mais les programmes étaient faciles, c'est normal. Maintenant, c'est beaucoup trop difficile pour moi....*

Convaincu d'être vraiment un incapable et un fou, Samuel ôta sa cape pour s'en faire un oreiller. Il avait envie de se pelotonner, comme lorsqu'il était malade dans sa petite enfance et qu'il s'installait sur le canapé contre l'un de ses parents, sa peluche favorite serrée contre lui. Les moments de maladie étaient les seules périodes de calme que connaissait le petit garçon ; désormais, il ne se tenait tranquille qu'en cas de coup de cafard, comme c'était le cas à cet instant. Les jambes ramenées contre lui, il semblait dormir, mais ses yeux grands ouverts fixaient le feu qui crépitait, et son visage exprimait une tristesse mâtinée de fatigue. S'il avait pu faire un somme, cela lui aurait probablement fait du bien, mais les allées et venues constantes des élèves dans la salle commune l'empêchaient de se laisser glisser dans le sommeil.
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Lenny Pinsker
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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Dim 14 Fév - 15:46:51

Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.


Lenny leva les yeux vers le ciel clair, traversé de nuages à demi effacés. Une journée s’achevait au déclin de l’été. L’air, encore doux, invitait les vers mélodieux, et la fraîcheur de la soirée, prémices de la saison glacée, les teintait de mélancolie. Il aimait le mois de septembre, entre soleil et bise, vert éclatant et déclinaisons orangées à l’aube de l’automne. L’histoire du cycle des saisons avait commencé de cette façon, à la fin des heures brûlantes et sèches. Il venait de fêter ses quinze ans, au milieu d’une semaine de cours, comme presque toujours. A croire qu’il était né pour étudier. Quelques élèves passaient de temps à autre à côté de lui, près de sa silhouette ombragée par l’arcade sous laquelle il s’était installé. Il ne s’intéressait pas à leurs conversations, plus tard peut-être, lorsque, confiné dans la salle commune, les perturbations ambiantes le contraindraient à la sociabilité. Des grimaces légères, agacées, troublaient la courbe de son nez au moindre éclat de rire. Il était difficile de s’isoler dans la cour de Poudlard. Mais il adorait se poser contre les vieilles pierres de l’enceinte, un livre de littérature entre les mains, là où civilisation marquée d’Histoire et nature indisciplinée se croisaient. Il avait le sentiment d’être au cœur des choses, sur un point stratégique digne de restituer la beauté originelle des textes. Libéré du joug des Carrow, il profitait de la nouvelle politique pour ressortir ses vieux recueils moldus, dénichés chez un bouquiniste de Portsmouth. Amoureux des lettres, il avait vite trouvé le rayon sorcier très limité. Il n’était pas nécessaire d’évoquer la magie pour toucher leur communauté fermée. Nombre d’auteurs passaient ainsi à côté de l’essentiel. Les plus belles idées venaient d’esprit moldus, et il y avait fort à parier que tous n’étaient pas étrangers à leur monde. A choisir, les artistes optaient pour la plus grande résonance possible. Pourquoi, par exemple, dédier sa prose à sa Grande famille, en méprisant tous les autres, lorsqu’on avait un talent comme celui de Baudelaire ? C’était dommage.

Refermant le livre tout écorné, le Serpentard murmura les derniers vers de l’Albatros, l’un des titres les plus poignant des Fleurs du Mal. Il lui semblait de plus en plus juste. Cette impression d’être de trop parmi les autres, ces élèves grossiers qui n’entendaient rien aux plaisirs de la contemplation, ou s’affolaient sur quelques artistes à la mode, se renforçait avec le temps. Il avait trouvé drôle à une époque de faire son intéressant, en récitant le plus de références possibles. Mais c’était une distraction pauvre et lassante. Ses auditeurs ne méritaient pas cet apport culturel facile, et vite oublié. On ne lui rendait jamais la pareille, les plus hauts esprits paraissaient inaccessibles. Son cercle de relations vidées, il s’ennuyait terriblement. Or, la plupart des poètes exprimaient ce sentiment douloureux. C’était peut-être normal. Il éprouvait une certaine complaisance à se reconnaître en eux. D’une époque à l’autre, les gens ne changeaient pas. Il souffrait, puisqu’il était plus sensible et plus critique, incapable de reconnaître en chaque individu une amitié potentielle. Quelles relations tisser au-delà de cet horrible patchwork scolaire ? Ses camarades parlaient des cours, de leurs petites vies et, pour ne rien arranger, l’assommante question de l’amour les enflammait de plus en plus. Oh les passions des romans accédaient au sublime. Mais dans ces bouches adolescentes, on ne trouvait que des aventures ridicules, une foule de transports superficiels, à peine réels. Toute cette comédie ne le concernait pas, à un point assez déroutant pour le mener au dégoût. Ne voyaient-ils pas qu’ils étaient sales ? Surtout les garçons qui, si jeunes, supportaient déjà la souillure d’une femme. Ses yeux, qui s’étaient posés malgré eux sur un couple enlacé se détournèrent vivement. D’un coup, il sauta au bas du petit muret et gagna le château d’un pas raide. L’heure paisible s’achevait, ses réflexions avaient mal tourné, et la méditation n’y trouvait plus sa place. Il se désespérait ces derniers temps. Quelque chose en lui n’allait pas.

La Salle commune était encore tranquille en cette fin d’après-midi. Quelques Serpentard le saluèrent d’un signe de tête en l’identifiant. L’avantage de son badge était qu’on faisait plus attention à lui, en bien comme en mal, mais cela lui donnait une nouvelle assurance. Ses devoirs le forçaient à s’intéresser à la vie des autres au lieu de s’en éloigner. Son réseau social survivait de cette façon, il arrivait à s’imaginer bien entouré, grâce à des collègues préfets dont il ne pouvait se détacher, et aux attentes des verts et argents. Il voulait remplir ses fonctions le mieux possible, pour ses parents, son frère et lui – la famille passait toujours avant. En parlant de Samuel, il lui semblait reconnaître sa tignasse blonde sur un canapé au coin du feu. Cette position tranquille, au repos, était tout ce qu’il y avait de plus inhabituel chez lui. Seul ou entouré, son cadet avait un certain talent pour s’agiter et se faire remarquer. Alerté, Lenny se rapprocha doucement. Le garçon dormait en chien de fusil. Etait-il à ce point épuisé ? A moins qu’un événement l’ait contrarié. Ce n’était souvent pas très grave, des petits vagues à l’âme d’enfant en général. Mais, lorsqu’il s’agissait de son frère, le drame le plus ridicule avait son importance. Il n’aimait pas le voir moralement diminué. Sans un mot, il posa son livre sur le bord du canapé et s’assit près de son frère. Ses longs doigts blancs, d’une finesse presque féminine, caressèrent les boucles dorées, rougies par le feu, de l’ensommeillé. S’il était effectivement assoupi, il ne voulait pas le réveiller.

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Dernière édition par Lenny Pinsker le Ven 14 Mai - 23:50:32, édité 1 fois
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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Mer 17 Fév - 20:31:52

Étrange, cette impression de solitude et de vide dans une pièce emplie d'adolescents. Les Serpentard commençaient à regagner leur antre, pour un moment de calme avant le dîner ; le parc s'était rafraîchi, et seuls quelques rares amateurs de promenades crépusculaires devaient encore se trouver dehors. Quelques autres à la bibliothèque -dont Lenny, probablement – ou en train de vagabonder dans les couloirs, mais la quasi totalité des Verts avait regagné la salle commune. Le fauteuil où Samuel avait trouvé refuge était parfois légèrement bousculé par un camarade tâchant de se faufiler ; la proximité de la cheminée attirait les amateurs de confort, et la densité de population avait notablement augmenté depuis un moment dans ce secteur de la pièce. Le blondinet ne prêtait guère attention à ce qui l'entourait, chose rare ; d'ordinaire, tout rassemblement de plus de quatre personnes était pour lui une foule compacte, un troupeau qu'il fuyait au plus vite. Mais ce soir, même cela ne le faisait pas réagir. Parfaitement immobile, la respiration lente, le gamin faisait semblant de dormir, pour dissuader d'éventuels importuns ; seule la prunelle sombre de ses yeux bougeait tandis qu'elle suivait les flammes du feu avec la fascination que le feu avait toujours exercée sur lui.

Une fille de cinquième année passa devant le fauteuil de Samuel en lançant à sa copine, dans un éclat de rire : « Mais tu es cinglée, ma pauvre ! »... Aussitôt, l'esprit du blondinet se remit à chauffer. Était-il vraiment cinglé ? Il n'aimait pas l'école et les leçons improvisées de métamorphose, mais cela faisait-il de lui un personnage dangereux, bon à enfermer ? Et puis... à bien y réfléchir, Alix Craft était-il bien qualifié pour se prononcer sur la santé mentale d'autrui ? Son avis revêtait-il une quelconque importance ? Le Serpentard décida que Craft était le dernier des idiots et que son opinion était tout juste bonne à être utilisée en guise de papier toilette ; mais l'indifférence ne se décrète pas, et malgré sa certitude qu'il n'avait pas de leçons à recevoir de la part de cette demi-portion (par égard pour Lenny, il s'interdit de penser « tapette »), Samuel ne parvenait pas à oublier le conseil d'aller se faire interner. Même lorsque les deux filles de naguère repassèrent devant son fauteuil, ayant ôté les robes informes qui cachaient leurs courbes, il dut presque se forcer pour suivre du regard leurs jolis fessiers moulés dans leurs jupes. Pourtant, ça ondulait juste comme il aimait, bien visible à travers la stricte jupe d'uniforme... Finalement, en faisant un effort de concentration, le spectacle parvenait à l'intéresser.

Une main très douce se posa sur ses cheveux, et il interrogea le nouveau venu d'un « Mmmmmhhh ? » endormi avant de se retourner. Il avait bien une idée de l'identité du propriétaire de cette main ; il n'y avait pas grand-monde pour venir lui caresser la tête avec cette douceur toute maternelle.


-Ah, c'est toi... marmonna Samuel en vérifiant que c'était bien Lenny qui se tenait près de lui. Il se poussa un peu pour le laisser s'asseoir plus à l'aise et ajouta : Tu vas bien ?

Avec un peu de perspicacité, le blondinet aurait pu lire une certaine lassitude sur le visage de son frère ; mais il n'avait jamais bien su décoder les expressions de ce visage souvent impénétrable, et il était pour l'heure trop abattu lui-même pour s'y essayer.

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Jeu 25 Fév - 1:15:49

Avant le repas, l’ambiance de la salle commune était d’une lourdeur insoutenable. Les élèves libéraient le trop plein d’énergie refréné en cours, remuaient, chahutaient, s’épandaient sur les événements du jour et ricanaient bêtement en s’envoyant des plaisanteries grossières, dictées par la fatigue et le confinement. Si les cercles dominants de la maison avaient changé et que les Sang purs ne tenaient plus salon, le repère des Serpentard avait retrouvé le mouvement agité de la rentrée. La plupart de ses camarades n’avait pas vraiment souffert de la guerre. Tous retrouvaient une joyeuse liberté, des jeux plus enfantins et moins sordides que ceux qui consistaient à établir des listes de conspirateurs pour les Carrow. Il n’y avait plus à se méfier de personne. La censure ne les toucherait pas. La hiérarchie, imposée par les enfants des nobles familles, ne comptait plus. Adieu Malefoy, Crabbe, Goyle, Nott et Parkinson. Les parents des Princes étaient sous les verrous ou en disgrâce. La maison la plus ordonnée de Poudlard sombrait dans le chaos. Et, même si Lenny n’avait jamais tenu son prédécesseur en grande estime, la chute de cette petite dynastie le perturbait énormément. Quel chemin suivre ? Qui écouter à présent ? Le badge de préfet ornait sa poitrine, on l’avait nommé à la tête de cette communauté égarée et il ne savait pas comment la guider. Au-delà du prestige qu’il représentait, son titre lui demandait d’assumer un certain nombre de responsabilités. Son sérieux en toutes circonstances ne serait jamais assez.

S’il admirait les chefs, les esprits forts et dominants, il n’avait rien d’un souverain. Son point fort n’était certainement pas la communication. Il ne se voyait pas monter sur la table et rassembler tous ses camarades autour d’un long discours satirique comme l’aurait fait à une époque ce cher Drago pour doper sa cote de popularité. Les blagues sur Potter, évidemment, lui réussissaient très bien en ce temps là. Deux ans étaient passés depuis. Ou trois. Il ne savait même plus. Ces souvenirs étaient trop lointains. Mais il avait toujours envié cette faculté naturelle à se démarquer sans honte. En public, l’assurance lui faisait défaut. Soudain, malgré tous ses propos méprisants, il n’avait plus confiance en lui et préférait laisser la parole à d’autre, à ceux qui savaient y faire. Une autre voix que la sienne finirait-elle par s’élever ? Il espérait qu’elle fût de son côté. Sa promotion était flatteuse, cependant, il n’oubliait pas qu’elle le mettait en première ligne de mire. C’était peut-être le moment de faire de véritables efforts, de s’intégrer… La réflexion l’effleurait de plus en plus. Mais, dès que son regard froid se posait sur ce monde d’excités, ce vœu était violemment chassé. Il ne se sentait pas près à les affronter, et encore moins à jouer leur jeu. A Poudlard, il n’y avait de place en son cœur que pour son frère. Le reste, quelques exceptions mise à part, n’était qu’une masse imbécile. Il les soutiendrait peut être pour honorer son rang, sans passion ni investissement personnel. Parfois, il lui semblait qu’un vide terrible l’habitait, quelque chose qui l’empêchait de s’attacher aux autres. Alors que son affection pour ses parents et son frère était immense, son inquiétude réelle, quand un élément anormal se glissait dans l’attitude de ce dernier. Il le sentait. Le sommeil feint de son cadet, là, dans cette pièce bondée, était une belle anomalie. Samuel avait peut-être autant d’aversion pour la foule que lui, même si les raisons différaient.

Son frère s’était redressé pour le découvrir sans surprise. Personne d’autre que lui ne réservait ce genre de familiarité au jeune garçon. Il pouvait lui caresser les cheveux sans crainte. C’était une attention entendue entre eux, et Samuel, si sauvage avec ses camarades et même la famille, acceptait ce contact sans rechigner. Ces petits gestes étaient toujours légers, pudiques, mais chargés de sens. Comme Samuel lui cédait un peu d’espace, il en profita pour s’éloigner du bord peu confortable du canapé et reçut d’un air quelque peu soupçonneux la question anodine qu’il lui envoya aussitôt. Allait-il bien ? Il était d’humeur ordinaire, mélancolique et solitaire. Ces derniers temps, il lui était difficile d’affirmer qu’il allait bien. Il ne vivait rien de fort, mais rien de forcément déprimant. Les jours filaient, il s’enfonçait dans les études pour oublier qu’il y avait peut-être d’autres choses à éprouver. Son frère en revanche, n’était pas dans son état normal. Imperturbable, Lenny réplica par la phrase évasive habituelle, qui passait pour de l’ironie sans l’être :


- Pas pire que d’habitude
, souffla-t-il en esquissant un léger sourire. Et toi ? Il ne me semble pas que le secteur de la cheminée soit des plus indiqués pour se reposer à cette heure…

Un sourcil s’arqua légèrement. Il n’avait pas haussé la voix, toujours très doux et prévenant. Il ne voulait forcer Samuel à rien mais lui montrer qu’il savait, bien entendu, que cette journée n’était manifestement pas la plus agréable de la semaine et qu’il était inutile de lui mentir. Si quelque chose n’allait pas, il était là. De toute façon, Lenny ne lâchait pas son frère tant qu’il sentait une gêne entre eux. Samuel résistait parfois, mais il finissait toujours par lui arracher des confidences. Il pensait qu’il n’était pas bon de consentir au silence de son cadet. Il n’était pas de nature à intellectualiser. Plus émotif et enflammé, le caractère plus abîmé qu’on ne le pensait, il se blessait plus vite, et restait plus durablement marqué. Une expression nouvelle se glissait dans les prunelles du préfet. La distance de son regard avait disparu pour une bienveillance toute fraternelle.

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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Mar 2 Mar - 17:42:04

Si sa mère s'avisait de passer ses doigts dans ses cheveux comme Lenny venait de le faire, Samuel secouait la tête, se soustrayait à la caresse, ou, du moins, poussait un soupir excédé. À chaque fois, Hanna prenait un air attristé, et son fils ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu coupable. Pourquoi ne supportait-il pas ses marques de tendresse ? Il savait que ses réaction la peinaient, mais il était incapable de les retenir. Lorsque la main de sa mère s'insinuait dans ses cheveux, il se sentait sursauter, aussi vivement que s'il s'était brûlé ; il se comportait comme un mauvais fils, et pourtant, il aimait sa mère... Il éprouvait un sentiment de déchirure entre son affection pour elle et cette sensation désagréable lorsqu'elle le couvrait de caresses...

Avec Lenny, les choses étaient différentes. Le frère aîné n'abusait pas des contacts physiques, et, de toute manière, le cadet avait pour lui toutes les indulgences qu'il refusait aux autres. Les doigts de Lenny dans ses cheveux ne suscitaient jamais en lui cette réaction épidermique, incontrôlable ; s'il n'appréciait pas réellement ces façons de faire, elles ne le rebutaient pas assez pour qu'il rejette leur auteur. Il n'eut donc aucun réflexe de recul ; bien au contraire, la caresse par laquelle Lenny s'était annoncé avait quelque chose d'apaisant, après la rencontre avec le préfet de Serdaigle. Samuel adressa un pâle sourire à son frère, tandis que celui-ci venait prendre place près de lui ; comme quand ils étaient petits, ils allaient se serrer sur le même fauteuil, leurs jambes entremêlées, au point d'en avoir des fourmis, mais ils se tiendraient chaud.

À en juger par le ton de sa voix, Lenny avait compris que quelque chose n'allait pas chez son frère. Il ne le disait pas, mais le sous-entendait assez clairement pour que Samuel saisisse la question implicite... Toutefois, le blondinet n'entendait pas raconter sa mésaventure, fût-ce à son aîné bien-aimé. Il se contenta de secouer la tête et répliqua d'une voix morne :


-J'voulais pas spécialement me reposer, tu sais. Y a les cours pour ça.

C'était une très bonne façon de faire bondir Lenny, le bon élève, qui ne cessait de l'exhorter au sérieux ; la provocation lui avait semblé la meilleure façon de ne pas parler sérieusement et de ne pas confier ses soucis à son frère. Pour tenter d'enfoncer le clou et détourner définitivement la conversation, le gamin ajouta sur un ton maussade :

-J'me suis ennuyé comme jamais en cours ce matin, d'ailleurs.

Enfin, comme jamais... Il disait cela à peu près tous les jours, sauf les jours où les cours avaient lieu à l'extérieur ; déjà, la veille, il s'était plaint de l'ennui des cours, et l'avant-veille... Le lendemain, jeudi, ferait peut-être exception ; l'après-midi était consacrée aux soins aux créatures magiques, une matière que le Serpentard adorait (et dans laquelle ses notes étaient correctes) ; Samuel appréhendait toutefois le retour en cours, le lendemain, car cela l'obligerait à revoir Craft... Peut-être, finalement, serait-il plus sage de tout raconter à Lenny ?

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Mar 9 Mar - 21:33:50

Près de son frère, les jambes croisées, un bras par-dessus le canapé, Lenny se souvenait des après-midi d’ennui de leur enfance, où ils erraient dans toutes les pièces de la maison à la recherche d’une activité et finissaient au salon, affalés sur les coussins, tristement réduits au silence. Lorsque l’imagination du jeu se rendait, les enfants étaient perdus. Mais l’aîné avait toujours une solution à porté de main, un roman ou un magazine oublié sur la table basse. Sa lecture se ponctuait alors des soupirs de son frère qui refusait cette distraction statique, un plaisir simple de l’esprit. Il n’était pas évident d’occuper Samuel. Ses envies passaient vite et ce qui l’amusait n’était pas forcément ce qui lui plaisait. A force, ils connaissaient des temps morts entre deux idées lumineuses. Le cadet se mettait au repos, il achevait la lecture d’un chapitre. Ces moments, pénibles au présent, lui laissaient de bons souvenirs. C’était un partage paisible et muet, là où ils se rejoignaient. Tout redevenait calme autour d’eux, ils ne connaissaient plus d’excitations inutiles ou de querelles qui reposaient toujours sur des histoires de règles mal établies dans un jeu improvisé. Avec l’âge, ces heures de paresse s’étaient transformées en longues discussions en salle commune. Ils se rejoignaient souvent en fin de journée pour explorer les thèmes habituels de leur quotidien. En bon adolescent blasé Samuel se plaignait des cours, et Lenny, essayait de varier les angles d’attaques en optant pour un rappel des sujets intéressants du jour qui auraient dû retenir l’attention de son cadet ou en pleurant sur l’incompétence des enseignant, selon l’humeur. La légèreté étudiante voulait aussi qu’une place soit réservée à la critique des imbéciles de la classe. Sur ce point au moins ils tombaient souvent d’accord. Par définition, le préfet n’avait d’estime pour personne. Certaines figures demeuraient cependant intouchables, et il refusait de dire du mal des professeurs qu’il aimait ou de ridiculiser par les mots un aîné admiré. Heureusement, ils étaient rares.

Ce soir, Lenny devinait un malaise. Quelque chose l’empêchait d’engager une conversation futile. Une tension pesante et implicite rendait tous les sujets déplacés. Il fallait parler du problème. Mais de quoi s’agissait-il ? Samuel fuyait, évidemment. Mais sa négation partait d’un semi aveu. Il ne se reposait pas, en effet. Donc, la fatigue n’avait rien à voir avec son état. Au lieu de l’avouer il le provoqua avec un classique qui l’exaspérait systématiquement. Une critique des cours ne se laissait pas passer lorsque son frère connaissait trop de difficultés pour relâcher ses efforts. L’année commençait à peine et déjà il renonçait à l’idée d’écouter. Qu’allait-il faire de lui s’il décrochait dès la rentrée et s’enfonçait dans la médiocrité ? La quatrième année n’était pas simple, elle préparait aux études qui suivaient, plus intensives à cause des BUSE qui l’achevaient. En trois jours, les enseignants avaient traité sa classe sans pitié. Une pile de devoirs s’accumulait déjà, et, il gardait une pensée inquiète pour son frère. Comment pourrait-il réussir ses études s’il ne se prenait pas en main. Les cours du mercredi n’avaient pourtant rien de terrible. Sortilèges et enchantements ne reposait que sur de la pratique, et, pour débuter l’année, Flitwick ne demandait jamais rien de compliqué. Quand au programme d’études des moldus, il semblait enfin digne d’être écouté.

- Pour s’ennuyer il y a tout de même pire que les cours de sortilèges tu ne crois pas ?
Dit-il simplement afin de ne pas tomber dans le piège qu’il lui tendait. A t’entendre je dirais qu’il t’a miné pour toute la journée, alors que tu ne m’as pas semblé de méchante humeur au déjeuner… hum ?

Il l’interrogea du regard en redressant un peu le menton. Ses petites esquives ne fonctionnaient plus désormais. L’abattement total qui l’affligeait ne le rendrait de toute manière réceptif à rien. A quoi bon se battre pour l’instant ? Samuel n’était qu’à moitié là. Il ne l’avait pas laissé apathique pourtant lorsqu’il avait décidé de passer un peu de temps à la bibliothèque pour travailler son histoire de la magie. Oh faites qu’il n’ait pas déjà commis une nouvelle sottise ! Non, impossible, ce genre de choses ne le plongeait pas dans un parfait abandon. Il n’avait d’ailleurs pas un instant regretté son premier exploit le soir même de la rentrée. Malgré tout, Lenny s’inquiétait un peu pour lui. Les déboires de son frère avaient encore plus de chances de lui retomber dessus qu’avant.

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Jeu 11 Mar - 19:05:55

L'agitation de la salle commune, autour d'eux, semblait s'être atténuée, alors que la foule des élèves était plus dense que jamais. En se concentrant, Samuel aurait pu saisir des bribes des conversations les plus proches, mais cela exigeait un effort d'attention qu'il n'avait pas envie de fournir. Il préférait ne percevoir qu'une vague rumeur de paroles, de fauteuils traînés sur le sol, de mouvement perpétuel ; dans cette ambiance sonore floue, une seule personne demeurait nette, ses mots parfaitement audibles grâce à la proximité : Lenny. Les deux frères s'étaient pelotonnés dans le même fauteuil, et Samuel commençait à sentir quelques fourmis s'insinuer dans sa jambe gauche, celle qu'il avait repliée et coincée sous ses fesses pour faire place à son aîné. Dans les premières minutes, la sensation n'était pas désagréable, et le blondinet remua doucement les orteils pour profiter de cet engourdissement, juste avant que ces fourmis deviennent douloureuses. Ensuite, durant quelques instants, ce serait insupportable, mais l'adolescent aimait bien ces sensations contrastées... Il se souleva à demi pour libérer sa jambe et le flot de fourmis qui s'y pressait, et regretta instantanément, comme à chaque fois, d'être resté dans cette position idiote.

Tandis que Samuel jouait avec son système vasculaire, son frère aîné le contemplait, l'air visiblement désolé par sa réflexion sur les cours. Toutefois, à la grande déception du cadet, il ne se précipita pas dans le piège grand ouvert, ne se récria pas sur la viduité des plaintes, et se contenta de lancer une petite phrase ironique qui disait clairement qu'il ne lâcherait pas. Le blondinet soupira, tout en faisant aller ses orteils pour essayer de dissiper les fourmis ; cet imbécile de Lenny ne comprenait pas qu'il était prié de parler des cours, de faire la morale au cancre, de raconter n'importe quoi mais de laisser son frère croire qu'il était dupe de sa diversion... Contrariant jusqu'au bout, le préfet énumérait des faits, et, fixant son cadet, cherchait des explications. Pourquoi cette humeur de chien tout d'un coup ? Au déjeuner, de fait, le gamin s'était montré plutôt gai ; la perspective d'une après-midi ensoleillée et sans cours l'avait rendu plus volubile qu'à l'ordinaire, de sorte que le contraste d'humeur devait paraître encore plus flagrant. Le gamin soupira ; il ne savait que penser de son frère. Son insistance l'agaçait profondément, mais il ne pouvait s'empêcher d'apprécier l'attention qu'il lui portait, et savait que Lenny prendrait son parti contre la terre entière... Cette certitude l'incita à s'expliquer, du moins partiellement. Sans regarder son frère, il grommela :


-Ben... disons que quand on rencontre des abrutis qui se prennent pour des dieux et qui te parlent comme à de la merde, ça énerve un peu. Juste un peu, ajouta-t-il pour rassurer son frère.

Non, il n'avait cogné sur personne, et pourtant ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Sans l'effort qu'il avait fait pour garder son sang-froid, le préfet de Serdaigle serait à l'état de flaque quelque part dans le parc. Heureusement que Samuel avait un minimum de respect pour la nature et avait renoncé à polluer le parc avec cet élément peu décoratif...

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Lenny Pinsker
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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Mar 16 Mar - 2:07:54

Une détonation retentit non loin, des garçons riaient bêtement, une fille en colère réclamait vengeance et des premières années excitées chahutaient autour d’un large fauteuil au velours usé. Il était à cette heure critique où tout dégénérait très vite. Les enseignants comptaient sur les préfets pour éviter les accidents et régler les conflits. En cas de litige ingérable il était de leur devoir de prévenir les directeurs de maison dont les appartements n’étaient jamais situés très loin. Lenny se demandait cependant si la nouvelle élue de Serpentard lui serait d’un quelconque secours. Sa tendance à mépriser les femmes avait fondu la veille de la rentrée lorsqu’elle s’était présentée. L’aura terrifiante qu’elle dégageait rendait superflues toute considérations sur les différences entre les sexes. Ce soir là, les élèves avaient rencontré un monstre aux allures humaines, un esprit sans doute trop en dehors du monde pour accorder de l’attention aux querelles. Rogue et Slughorn restaient proches de leurs étudiants. Un vert et argent pouvait les aborder à toute heure, ils connaissaient leur rôle, savaient se montrer à l’écoute dans les limites du raisonnable. Or, il semblait que le seuil de tolérance du professeur Hawtorne se franchissait vite. Frapper à sa porte constituait déjà peut-être un outrage. Il avait tout intérêt à déployer la plus grande autorité face à ses camarades s’il ne voulait pas tout prendre à leur place. Le seul avantage, c’était que peu de Serpentard seraient assez fous pour provoquer au point d’attirer sur eux les foudres de la directrice. A la fin du banquet, ses mots avaient été très clairs, un pas de travers et la sanction saurait les marquer tout le long de leur scolarité. Personne n’avait mis cette prophétie en doute. Malgré la paix retrouvée, cette année l’effrayait vraiment. Son frère ne l’aidait pas à relativiser l’ampleur de sa tâche. Les relations avec sa collègue étaient plus tendues que jamais, et son humeur maussade n’augurait rien de bon. Ses inquiétudes portées sur l’ordre de la salle commune accentuaient sa tension. Il lui en voulait presque de laisser trainer ces aveux. Combien de bêtise les plus jeunes années auraient-elles le temps de commettre ? S’il n’intervenait pas assez tôt, personne ne l’écouterait jamais.

La vérité sur les soucis de Samuel passait avant cependant. Il préférait perdre son poste plutôt que d’avoir à choisir entre son bien-être et la cohésion de sa Maison. Serpentard n’était qu’une famille secondaire d’adoption. Rien ne valait les liens du sang, ceux que le temps n’altérerait jamais. Son cadet désespérait de voir qu’il ne renoncerait pas à ses projets. Les petites ruses invoquées avaient lamentablement échoué, et il savait par avance qu’il serait inutile de contourner la question autrement. Lenny était à ce jeu plus tenace que sa mère. Il connaissait son frère mieux que quiconque. La certitude de son malaise le rendait malade. Il était intolérable de sentir la souffrance des êtres qui vous sont chers sans toucher l’origine de la blessure. S’il savait, tout changerait. A deux, ils étaient forts. Il affronterait la suite pour lui, il réparerait le tort causé, apaiserait la douleur morale qui semblait le frapper. Le cinquième année ne doutait pas un seul instant de sa capacité à le soutenir. Ce n’était même pas une question de confiance ou de bon sens. Il n’en avait tout simplement pas le droit. Serait-il digne de son titre de frère s’il acceptait la possibilité, terrible, d’assister un jour à l’effondrement de son cadet sans pouvoir l’empêcher ? La ferme croyance qu’il n’y avait rien que l’on pût faire pour préserver les personnes importantes de tous les coups du sort menait sa vie. Son père, sa mère et son frère étaient par essence les conditions de son existence. Mais ces beaux principes ne s’appliquaient évidemment qu’à sa famille.

Samuel avait bien raison de penser qu’il le défendrait contre la terre entière. Excessivement prudent la plupart du temps, pusillanime et lâche, Lenny révélait une férocité insoupçonnée lorsque l’honneur de son frère était entamé. La question de la culpabilité ne se posait même pas. Il se fichait des précisions atténuantes qui justifiaient l’attaque. On ne touchait pas à un Pinsker, aussi infect fût-il. Et, visiblement, un individu à Poudlard était allé trop loin. Son cadet, bougon, cédait en utilisant un langage assez crypté. Il ne parlait qu’à demi mot, et, connaissant sa tendance à minimiser les faits, le préfet accordait une importance très particulière au « un peu » répété à deux reprises. C’était faux. Samuel anticipait sa réaction, il s’essayait sans succès à l’art de l’euphémisme et Lenny, contrariant une fois de plus, adoptait l’expression la moins attendue. Les sourcils doucement froncés, il se mordilla nerveusement la lèvre. Son regard, désormais plus assombrit qu’inquiet, guettait une suite plus développée, quelque chose qui donnerait enfin à ses prunelles un prétexte pour s’embraser. Mais les propos étaient déjà très clairs. Un imbécile avait insulté son frère. Le tout était de savoir s’il ne s’agissait que d’un crétin condescendant, irrespectueux avec tout le monde et contre lequel on ne pouvait pas franchement attenter de procès, ou s’il s’agissait de remarques plus frontales, et plus personnelles, de celles qui impliquaient un jugement. La première supposition n’était cependant qu’une mesure de prudence. Samuel ne se serait pas mis dans cet état pour une simple figure hautaine. D’une voix lente, navrée, il soupira à son tour en feignant de tout interpréter à la hâte. Déjà, il fallait tranquilliser son frère, relativiser à deux avant d’aborder le cœur du sujet.

- Hélas ils sont nombreux, tu ne devrais pas leur accorder d’importance, ils se rassurent de cette façon, en dédaignant à peu près tout le monde… Ce n’est qu’un affutage d’égo, si ce n’est pas toi, leur méchanceté serait tombée sur un autre… Cependant, elle t’atteint, un peu trop même… Tu dis qu’on t’a mal parlé ?


Le ton était presque léger. Mais la mélodie de fond indiquait qu’il attendait une réponse qui risquait de ne pas du tout lui plaire. Son frère le laissait dans l’obscurité, et il était déjà tout naturellement dans son côté, énervé avec lui pour des paroles dont il ne connaissait pas encore la teneur.

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Mer 17 Mar - 13:16:09

Régulièrement, les paroles acides du préfet de Serdaigle revenaient dans la mémoire de Samuel, y résonnaient cruellement, et imprimaient un doute tenace dans l'esprit de l'adolescent. Et s'il avait raison ? Si sa place était réellement dans un asile ? Mais il n'était pas fou, cependant ; et encore moins fou furieux, puisqu'il avait réussi à se retenir de réduire l'importun en une bouillie informe. Il n'était pas bon en métamorphose, ça ne suffisait pas à faire de lui un candidat à la camisole de force... Il essayait de se persuader que Craft avait parlé par pure méchanceté, mais le doute demeurait. Lenny, cependant, semblait nerveux. Il s'agitait sur le fauteuil pour regarder derrière eux, dans la salle désormais bondée ; près d'eux, un petit groupe de première année surexcités communiquait par glapissements aigus, et Samuel ne put s'empêcher de pensée à une portée de chiots. Un peu plus loin, un drame se nouait sur fond de détonations, et une blonde grassouillette prenait des mines de princesse offensée, sous les rires d'une bande de garçons. D'ordinaire, Samuel prenait plaisir à observer le grouillement ordinaire des gens, à saisir une figure en particulier et à passer son comportement à la loupe ; mais ce soir, même les outrances les plus criantes ne l'intéressaient pas. Il regrettait son début d'aveu, et se demandait s'il fallait poursuivre les confidences ; il sentait bien la nervosité de Lenny, à qui revenait la tâche de calmer un peu le troupeau beuglant, et s'en voulait de lui faire perdre son temps. Et pourtant, comment lui rapporter les propos de Craft ?

Le regard de son aîné était clair : il ne bougerait pas tant qu'il n'aurait pas toutes les informations qu'il voulait. Ce mec aurait dû envisager une carrière dans les services secrets, ou dans la mafia ; il était capable de faire avouer n'importe quoi à n'importe qui, sans s'énerver, juste avec sa patience exaspérante. Pour Samuel, il était impossible de lui résister ; le grand écartait ses ridicules diversions d'une réplique bien sentie, et le cadet se retrouvait vite à court d'arguments. Avec quelqu'un d'autre, une menace ou un bon coup de poing réglait le problème ; mais avec Lenny, les parents et les profs, ce genre de méthode ne payait pas. Jamais il n'aurait pu lever la main sur son frère, même lorsqu'il leur arrivait de se disputer ; et comme les ressources du langage lui faisaient défaut, il ne pouvait rien faire, face à Lenny, que capituler.

Le regard fixe de Lenny commençait à le stresser ; il ne supportait pas d'être le point de mire de ces prunelles sombres, qu'il imaginait volontiers désapprobatrices, et au bout d'un moment, il aurait fait n'importe quoi pour échapper à ce regard inquisiteur. Il résista trente secondes, une minute grand maximum, avant de lâcher d'une voix presque inaudible :


-Ouais, c'est Craft, le préfet de Serdaigle. Il m'a dit qu'il fallait m'enfermer dans un asile psychiatrique.

Et voilà, c'était dit, mais la confidence ne le libérait pas. Au contraire, Samuel se sentait comme diminué, craignant sans se l'avouer que Lenny partage le point de vue de Craft. Bien conscient de ses pulsions violentes, comme de son dramatique retard scolaire, le blondinet comprenait bien que quelque chose clochait chez lui ; le thème de la folie était tabou chez lui, il avait toujours refusé les potions miracle et autre visites chez les spécialistes, redoutant un diagnostic qui le classerait parmi les malades mentaux. Il n'était pas malade, répétait-il avec obstination lorsque sa mère revenait à la charge. Tout allait très bien. Et voilà qu'un crétin de préfet venait le traiter de fou... Abattu, et désireux de ne pas croiser le regard de Lenny, Samuel laissa tomber sa tête sur l'épaule de son frère. Les gestes de tendresse étaient rares chez lui, et révélaient généralement un profond malaise. Les première année avaient encore trouvé le moyen de monter le volume sonore de leurs jappements, et cette nuisance sonore sembla propice à Samuel pour créer une nouvelle diversion. Il leva légèrement la tête, désigna le groupe d'un signe de tête, en murmurant :

-Tu devrais y aller, préfet...

Le message sous-entendu était clair : va t'occuper de ceux-là, et laisse-moi ruminer. Dès que Lenny se lèverait, il sauterait sur ses pieds, et filerait s'enfermer dans son dortoir. Pas envie de s'expliquer davantage, même avec son frère.

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Dim 20 Juin - 14:25:28

[Désolé si c'est brouillon, j'étais plus du tout dedans ^^]

Le chahut battait la mesure, les roulements de voix alourdissaient le poids de son regard de plomb. Pour Samuel, les issues s’obstruaient, l’espace de réflexion se réduisait, les conversations multiples, chuchotées, criées, se mêlaient aux pensées, et il allait céder, Lenny le savait, le sentait, ce n’était qu’une question de secondes. Le préfet ne cillait pas un seul instant. Le visage plus impavide que jamais, il tapotait indexe et majeur au bord de sa mâchoire en attendant les aveux, le nom, le crime. Il semblait qu’une sentence funeste traçait ses premières esquisses dans les tréfonds de son âme. Si une colère devait éclater, elle serait intérieure, froide et d’apparence mesurée. Il était impossible de prédire la nature de ses exactions. Elles n’avaient jamais rien de très douloureux. La fourberie et la méchanceté de Lenny étaient loin des sommets de ses camarades aguerris. Mais il se débrouillait, à sa manière, et décourageait les ennemis de son frère. La violence ambiante de leur école primaire religieuse et privée les liait à vie, à deux contre les autres. Le chouchou des profs qu’il fût à l’époque, l’élève trop doux pour utiliser les poings, protégé des plus hautes instances, avait les moyens d’attirer opprobre et punitions sur les belligérants. Ils évoluaient au cœur d’un univers très réglementé. Aucune déviance n’était tolérée. Forte tête, Samuel était souvent mis à ban, or, il était aisé se retourner cette rigueur morale contre les assaillants. A Poudlard, les coups se faisaient plus sournois. La magie et la discipline plus libre permettaient plus de choses. Les vengeances n’étaient pas toujours simples, cependant, l’union des Serpentard face aux autres maisons était le prétexte à de nombreux accords arrangeants. Ils savaient se montrer unis lorsqu’il s’agissait de nuire.

Le nom maudit claqua comme le bout torsadé d’un fouet. Craft. Les lèvres de Lenny s’entrouvrirent, surprises. Il s’imaginait préparé à tout, à un grand prétentieux, à un gryffondor imbécile, à un Serdaigle hautain, à un élève quelconque enfin. Samuel se jouait-il de lui ? Il refusait de passer à table et lui servait le premier nom, une sonorité clinquante pour achever de le désespérer ? Au début, l’aîné Pinsker demeura sceptique. La grande nouvelle affaissa ses traits, son buste. La parade était grosse. Son frère avait créé un malaise entre sa collègue et lui, il n’était tout de même pas capable de réitérer le même exploit avec le préfet de Serdaigle en moins d’une semaine. Mais le héros de l’aventure se nommait Samuel. Tout était possible en réalité, surtout le pire. Lenny connaissait peu Alix Craft. S’il se sentait vaguement proche de lui à cause de ses airs distingués qui le mettaient en marge de la communauté masculine, il ne l’avait jamais jugé très intéressant. Ce garçon faisait trop de manières. Pousser la caricature féminine à ce point lui semblait dégradant. Lorsque la tête de son cadet bascula sur son épaule, son pouls s’interrompit. Cet imbécile disait la vérité. Il referma une main ferme sur sa chevelure dorée. La pression de ses doigts formait un reproche muet, mais les mots tournaient aussi dans son esprit. Craft avait porté les accusations les plus ignobles qui fussent. Le caractère sauvage, asocial, et brutal de son frère avait valu la critique de plusieurs enseignants, les convocations aux parents, les discussions pénibles avec une mère qui espérait tout résoudre grâce à un suivi psychologique. Ils avaient isolé un enfant dont le seul mal était sans doute de demander plus d’attention que les autres. Ce qui ne leur ressemblait pas était malade. Samuel en souffrait toujours beaucoup. De quel droit une tapette ridicule osait-elle l’insulter ? Etablir au hasard ses pronostiques destructeurs ?

Le rang du jeune homme était oublié. Il bouillait de l’avoir en face, de lui parler entre quatre yeux, et de le sentir céder, ployer, tomber. Ce n’était pas au préfet de Serpentard de connaître une entrée en fonction compliquée, mais à celui de Serdaigle de déchoir. Il essaya de parler, un groupe de premières années déchaînés le retint. Des sorts non maîtrisés commençaient à fuser. Il était temps d’intervenir. Mais, s’il se levait, Samuel lui échapperait. Il soupira, exaspéré et serra la main sur l’épaule de son cadet pour le rassurer d’une voix lente et caustique.

- Ce qu’il dit est idiot. Il n’y a que les pauvres d’esprits pour qualifier de fou celui qui ne lui ressemble pas, c’est un argument de faible qui veut se donner l’allure d’un fort. L’as-tu bien regardé avant de te soucier de ses propos ? Qui de lui ou de toi semble le moins adapté ici ? Tout le monde se moque de lui, il se comporte comme une vieille fille hystérique, même sa famille ne veut plus de lui.
– Un sourire sans joie s’arqua sur ses lèvres. - Ce qu’il t’a dit, n’est rien d’autre que ce qu’on lui a maintes fois répétés. Ne te laisse pas atteindre par ses simagrées Sam’. Il aura tout le loisir de les regretter. Puis-je au moins savoir en quel honneur ce genre de diagnostic impardonnable et douteux a été prononcé ?

Il n’aimait pas de moquer des airs efféminés ce certains garçons, conscient de ne pas correspondre à la notion commune de virilité. Cependant, Alix les surpassait tous, l’excès l’animait, il n’avait jamais eu de grande sympathie pour lui et ne pouvait que le détester. S’était-il regardé avant d’infliger un outrage à sa famille ? Ce n’était pas leur faute si sa vie était minable. Les prunelles sans âme, Lenny cherchait à recomposer en détail les circonstances de ce drame. L’ennemi était fragile. Il pouvait n’en faire qu’une bouchée en se contentant de le tourmenter sur ses points sensibles.

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Jeu 1 Juil - 18:17:59

Perdu ! La tentative de Samuel pour se débarrasser de son frère aîné venait de tomber à plat, misérablement. Le préfet avait à peine lancé un regard assassin en direction des élèves chahuteurs, mais il n'avait pas daigné mouvoir son auguste postérieur pour aller rétablir l'ordre et la discipline ; il s'accrochait à son cadet, et prétendait ne pas le lâcher avant d'avoir eu un récit complet de l'histoire. Bien entendu, cette constance ne faisait pas l'affaire de Samuel, qui avait espéré une issue en la personne de ces première année un peu trop bruyants. À peine Lenny levé pour aller préfectorer, hop ! son cadet bondirait sur ses pieds et filerait sans demander son reste, et une pénible discussion serait évitée. Mais le grand connaissait trop bien son frère pour le lâcher ainsi et lui offrir cette possibilité de se carapater. Et, comble de malheur, la simple présence d'un représentant de l'autorité semblait calmer les fauteurs de troubles, qui rangeaient baguettes magiques et glapissements. Ils étaient encore à cette période critique où l'on évite de faire l'idiot trop ouvertement devant un préfet. Pour Samuel, cette période n'avait pas duré bien longtemps, principalement parce que “faire l'idiot” n'avait pas la même signification pour lui que pour le commun des mortels. Quel mal y avait-il à jouer aux fléchettes sur les posters de ses camarades de dortoir, ou à tenter d'élever des manticores sous son lit ? Tout était permis à l'enfant choyé ; ses parents avaient cru, en lui laissant faire toutes les sottises, lui démontrer leur amour ou lui permettre d'exprimer sa souffrance profonde ; ils n'avaient fait qu'aggraver son inadaptation, sans même s'en rendre compte, en s'évertuant à être de bons parents.

L'entêtement de Lenny avait quelque chose de flatteur, mais aussi d'écoeurant. Impossible d'échapper à la sollicitude fraternelle – mais, en même temps, quel plaisir de se dire qu'il prenait part à l'offense faite à son cadet comme si elle l'eût visé personnellement ! Pour l'heure, cependant, l'agacement dominait, chez Samuel. Il n'avait pas envie d'en parler, Lenny le savait très bien, mais il s'incrustait, plus tenace qu'un morpion affamé. Il en oubliait ses devoirs de préfet, c'est dire. Très contrarié, le môme hésita un moment, cherchant désespérément comment esquiver cette explication. Les doigts de son frère serrés sur ses cheveux, cependant, ne lui laissaient guère d'illusions ; il faudrait tout raconter, ou du moins ce qui permettrait à Lenny de comprendre la situation. Finalement, à contre-coeur, il se décida à lâcher quelques informations :


-Ben... j'étais dans le parc... je lisais le cours de métamorphose...

Cette seule phrase avait de quoi faire tomber son aîné, raide, fauché par une attaque. Samuel ne savait guère lire, et la métamorphose était l'une des matières qu'il vomissait le plus. Voilà qui plaçait déjà l'histoire sous des auspices inhabituels.

-Evidemment, j'y pigeais rien, poursuivit le garçon, d'une voix sourde. Alors l'autre tapette est arrivée et a commencé à vouloir me faire un cours... J'lui ai dit que j'en voulais pas, ça l'a vexé, et il m'a gonflé, puis après il m'a dit d'aller me faire enfermer dans un asile psychiatrique... J'avais envie de le cogner, mais je l'ai pas fait, ajouta-t-il, devinant l'angoisse qui devait tarauder son frangin.

Non, je ne lui ai pas éclaté la tronche contre un arbre, et pourtant ça me démangeait... Ce point essentiel étant établi, Samuel s'enfonça encore plus dans son fauteuil, roulé en boule, fixant un point quelque part dans le feu. Lenny avait beau dire, minimiser l'offense, les mots de Craft revenaient sans cesse, et venaient remuer de vieilles craintes du blondinet... Son aîné aurait besoin de meilleurs arguments pour réconforter un petit frère réellement touché par l'altercation.

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Sam 3 Juil - 19:00:00

Un gamin surexcité trébucha sur le tapis et se retrouva plaqué au sol par un garçon aux épaules plus marquées. Des cartes de chocogrenouilles se répandirent à leurs pieds, une baguette tourna sur elle-même dans un ballet d’étincelles argentées. Hawthorne était capable de mettre la salle commune à sang si elle entrait à cet instant. Le calme se rétablirait enfin. Lenny, qui, concentré sur son frère ne relevait plus qu’un simple bourdonnement, frappa les deux perturbateurs d’un regard assassins. Il pensait à Alix. Il l’imaginait à terre, face à lui, la mine troublée par l’évidence de son empire. Ses lèvres tremblaient, bredouillaient des excuses incompréhensibles. Il s’agenouillait, se trainait à quatre pattes au sol, comme le dernier des hommes. D’un coup, d’un seul, il pourrait l’abattre, écraser du pied sa tête malformée, irriguer de larmes le plancher. La violence épouvantable de ses pensées terrifia l’enfant qui venait de tomber. Celui là s’impressionnait de peu. Entouré de ses parents trois jours plus tôt il devait s’habituer aux représentants de l’autorité. Ici, les punitions ne se distribuaient pas pour le bien individuel. Les rapports affectifs n’existaient plus, tout se rapportait au respect de l’ordre. Les premières années s’y habitueraient, apprendraient la défiance, sauraient bientôt contester ce qu’ils qualifieraient d’injustices, d’abus de pouvoir. D’abord intimidés, ils ne tarderaient pas à le détester. Tant pis. Il n’y aurait jamais que son frère et lui. Les liens noués avec ses camarades appartenaient au jeu social. Ils maintenaient l’illusion et ne valaient rien.

La discussion se déliait nonchalamment. Ils tenaient bon, chacun à leur façon. Samuel, vaincu, résistait en maintenant le suspens sur un fil prêt à se rompre, et Lenny gardait sa patience reptilienne. Il avait parfois l’expression vide et menaçante d’un prédateur immobile, fondu sur son support. Mais la victime était absente. Il le dégustait d’avance. Les mots corrosifs retenaient la frustration de ne pas l’avoir à porter de voix. La nature d’Alix ne se démarquait pas par sa résistance. Ses actions contre le régime des Carrow l’année passée n’y changeaient rien. Il était moralement affaibli et loin de tous reproches. En explorant les archives de la guerre il pourrait même réécrire l’histoire contre lui. La malveillance avait l’avantage d’effacer tous les mérites, de transformer un comportement anodin en crime parfait. Il n’était pas nécessaire de compter sur le bon sens du public. L’adhésion allait à la meilleure argumentation, ou au scénario le plus séduisant. Il réduirait cet impertinent à néant. Cependant, son frère entamait le récit de sa mésaventure. Lenny redoutait le pire. Attirer les foudres des préfets en défiant ostensiblement le règlement était la grande spécialité de Samuel. Le parc était un terrain de jeu dangereux, les abords de la forêt tentaient les délinquants imprudents, des bagarres éclataient vite, les farces et attrapes confisquées par Rusard étaient de sortie et beaucoup d’élèves turbulents collectionnaient les retenues pour dérives d’extérieure. Qu’avait-il fait cette fois ? Il lisait de la métamorphose. Le préfet évalua son cadet sans y croire. La dernière fois que Samuel avait commencé une explication de cette façon les « cours d’astronomie » - il fallait bien varier les versions – étaient en réalité un magazine pornographique vendu par un Gryffondor de sixième année. Mais, quand la suite de l’histoire arriva, Lenny jugea la possibilité d’un cours d’éducation sexuelle avec Alix Craft relativement absurde…

N’était-ce pas scandaleux ? Son frère se décidait enfin à étudier et un Serdaigle imbécile éprouvait le besoin philanthropique de partager son vaste savoir avec un quatrième année inconnu. Avait-il oublié que Samuel n’était pas seul à Poudlard ? Il ne l’avait jamais abandonné lorsque ce dernier lui demandait de l’aide. Oh, Alix était métamorphomage, un maître en la matière, il fallait qu’il le rappelle. Ce n’était pas assez d’être un simple sorcier. Le nouveau préfet des bleus et bronze avaient des qualités exceptionnelles et, curieusement, tout Poudlard s’en fichait. Il ressemblait à ces célébrités d’un jour qui dix ans plus tard revenaient encore sur leur victoire au karaoke du village en espérant récolter des regars impressionnés. Une « chose » pareille était fort mal avisée de s’en prendre à un Pinsker.

- Tu as bien fait même si il l’aurait certainement mérité…
, souffla-t-il en arquant un sourire complice. Mais je ne devrais pas le dire, il se serait sans doute plaint et tout le monde se serait pris de pitié pour ce pauvre préfet malmené.

Hélas, la folie était un sujet sensible chez Samuel. Pour une raison que Lenny n’expliquait pas tout à fait son frère s’était mis en tête que son caractère misanthrope et ses difficultés scolaires relevaient d’une pathologie incurable. Il avait obtenu ce qu’il voulait. Sa colère retomba et il attira son cadet contre lui en essayant de le rassurer d’une voix compréhensive et prudente.


- Tu sais… Tu n’es pas le premier à refuser l’aide d’une tierce personne… Il est des gens qui aiment à croire qu’ils sont indispensables. Ils aiment jouer de leur prétendue supériorité tout en se faisant passer pour la meilleure des âmes. Mais le masque tombe lorsque le scénario auquel la passivité de leurs semblables les a habitués trouve enfin une résistance. Ton seul tort a été de ne pas suivre sa logique et, dans ce cas, nous sommes tous fous aux yeux de ceux qui ne nous aiment pas. Tu ne vas tout de même pas me dire qu’un asile pourrait être sur ce simple critère un endroit pour toi ?


Il se demandait cependant s’il ne s’emportait pas vers des réflexions trop complexes. Son frère se satisferait sans doute d’un discours plus simple mais il n’arrivait pas lui-même à clarifier ses idées. Le sujet restait délicat. Il y avait tant de solutions possibles pour détourner les craintes de son frère que toutes lui semblaient plus vaines les unes que les autres. Une appréhension d’un autre genre serrait son cœur à présent. Se venger contre Alix ne servirait à rien s’il ne trouvait pas le moyen d’arrêter le poison qu’il avait instillé dans l’esprit de Samuel.


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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Dim 4 Juil - 20:48:42

La première bande d'élèves surexcités venait à peine de se calmer qu'une autre, plus virulente, prit le relais. Cette fois-ci, les première année n'étaient pas seuls en cause ; d'un simple coup d'oeil, Samuel avait identifié des élèves de deuxième et même de troisième année. Autour du fauteuil occupé par les deux frères Pinsker, le vacarme se faisait de plus en plus oppressant ; les mâchoires crispées, le cadet tâchait de faire abstraction de cette agitation, mais sa nature asociale reprenait le dessus. Dans ce boucan, il se trouvait incapable de réfléchir – d'aucuns, mauvaises langues patentées, auraient dit que même dans le silence, la réflexion n'était pas son fort. Admettons. En général, le blondinet évitait de se poser des questions existentielles, parce que cela le conduisait à formuler des réponses qui ne lui plaisaient guère. Mais pour l'heure, il avait besoin d'y voir plus clair ; mais au milieu de cette salle commune bondée, il ne parvenait qu'à revenir constamment à la même conclusion. Sa place n'était pas à Poudlard, mais chez les fous. Lenny prétendait le contraire, mais seule sa loyauté de frère aîné dictait ses paroles. D'ailleurs, le cadet ne comprenait pas grand-chose au raisonnement du grand. Absorbé dans des pensées négatives, il n'accordait qu'une attention toute relative à ce que disait Lenny, et percevait par-ci par-là un mot, une expression, rien qui formât une suite cohérente. La seule chose logique et rationnelle là-dedans était la certitude de ne pas être à sa place. Le gamin n'arrivait même plus à détester les autres Serpentard dont le bruit l'incommodait pourtant ; il posait sur eux un regard morne, singulièrement inexpressif.

Parler à Lenny ne lui avait pas fait de bien. D'ordinaire, lorsqu'il se confiait à son frère, Samuel réussissait à en retirer quelque bénéfice ; sous le regard de son aîné, il se sentait moins minable, moins désespéré, mais cette fois, il avait l'impression de ne pas pouvoir sortir de l'impasse. Malgré la certitude qu'il pourrait compter sur son frère contre vents et marées, Samuel se sentait seul. Curieusement, les séances chez le psychologue lui revenaient en mémoire ; lorsqu'il était à l'école primaire, les parents lui avaient infligé un suivi psychologique régulier, en espérant percer le secret de son comportement bizarre. Le garçon revoyait les messieurs-dames à l'air gentil, qui le faisaient jouer avec des jeux de construction ou lui montraient des dessins de papillons en lui demandant ce qu'il voyait – comme si on pouvait confondre ces papillons avec une tarte à la rhubarbe. L'épisode des dessins avait particulièrement ébranlé la confiance du mioche dans les psychologues ; ces grands idiots qui ne reconnaissaient même pas un simple papillon ne pourraient rien pour lui, quoi qu'en disent les parents. Depuis lors, il avait cessé de coopérer gentiment, et s'était amusé à brouiller les pistes...

Un moment de silence suivit la question de Lenny – pas le silence buté dont Samuel avait le secret, mais un silence qu'il mettait à profit pour réfléchir. Un asile était-il un endroit pour lui ? Les éléments du raisonnement s'emboîtaient mal, rien de clair ne lui venait. Finalement, il lâcha, lentement, à mesure que les idées lui venaient :


-J'en sais rien. Et puis... C'est pas à lui de décider, après tout, non ? J'avais rien demandé, j'étais juste bien tranquille... J'aime pas qu'on vienne me coller. C'est pas compliqué, non ? C'est pas... heu... enfin, je veux dire, j'aime pas que des mecs que je ne connais pas viennent me donner des cours. Mais ça, c'est pas grave, hein ?

Il se tourna vers Lenny, en quête d'approbation. Refuser la compagnie et les leçons d'un inconnu ne faisait pas de lui un fou, qu'on le lui dise une bonne fois pour toutes... Car il pouvait être sociable, lorsqu'il se trouvait avec des gens qu'il connaissait et avec qui il se sentait à l'aise. L'affaire Alix Craft lui avait fait oublier cet aspect de sa personnalité ; il n'était pas un asocial, il n'était pas le fou sauvage que le préfet de Serdaigle avait décrit.

-En fait c'est peut-être Craft qui devrait aller chez les fous, poursuivit Samuel à mi-voix, toujours dans ses pensées. Peut-être qu'il fait son intéressant parce qu'il tourne pas bien rond...

Une moue perplexe sur le visage, le Serpentard s'efforça de se convaincre de la justesse de cette hypothèse. Si Craft était le fou des deux, lui-même devenait un garçon parfaitement normal, indûment importuné par un maboul. Un rôle rassurant, confortable, inhabituel pour le jeune Pinsker. D'un mouvement doux, il déplaça légèrement sa tête, de façon à se soustraire à la main de son frère. Pour l'heure, le plus mauvais moment était passé, il n'avait plus besoin d'autant de proximité.

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Lun 26 Juil - 21:42:08

Cette tirade était une merveille de l’éloquence. Rêveur, Lenny s’imaginait la déclamer sur les planches d’un théâtre londonien renommé, devant une assemblée de fins connaisseurs. Il y tiendrait le rôle modeste d’un jeune premier plein de sagesse, un pauvre Hamlet tourmenté, un Faust en devenir. Ses hautes lectures romantiques et victoriennes affinaient son érudition. Il s’inspirait d’une époque plus noble, où les individus cultivés savaient s’exprimer, quand l’idée du langage était assez élevée pour qu’un sot s’inclinât sous la geste d’un bon érudit. Les modes de sa triste génération le navraient chaque jour un peu plus. Ses camarades ne pesaient aucuns mots. Ils ne savaient même pas se tenir à table. Tout était vulgaire en eux, les meilleurs élèves renversaient les règles et les descendants des familles les plus éminentes profitaient de l’absence de leurs parents pour relâcher leur éducation. Il était né un siècle trop tard. Au début du siècle les élèves de Poudlard savaient encore ce que le mélange des classe signifiait, c’était à la masse roturière de s’adapter. Ses belles paroles se noyaient dans un brouhaha d’injures et de futilités. Ce bourdonnement incessant ne lui permettait même pas de capturer les formules essentielles de sa réflexion. Il s’étonnait de l’avoir filée avec tant d’aisance, était-ce l’inspiration fraternelle ou le passage d’un roman oublié ? Le jeune homme avait parfois tendance à s’approprier les idées des autres. S’il partageait les sentiments de certains auteurs, il n’était pas toujours en mesure de les exprimer correctement. Ainsi, certains paragraphes lui donnaient une sorte de révélation quasi mystique et il sentait qu’un homme de lettres partageait avec lui un point de vue sur lequel il n’avait, au préalable, jamais médité. Mais notre cher préfet s’égarait. Cette pensée l’occupa une poignée de secondes à peine. Il n’en oubliait pas l’essentiel, le blasphème dont son frère était la victime. Et l’heure n’était peut être pas aux tirades dramatiques. Samuel n’avait pas l’esprit assez fin pour deviner l’honneur qu’il lui accordait en mobilisant toute sa répartie anglaise. Il avait besoin d’un discours plus simple, pas d’un exercice de style. Lenny réalisa alors qu’il se dérobait derrière un jeu de comédien. Oui, l’amour de l’éthique avait de grands avantages, dont celui de ne jamais dévoiler tout entier le fond de sa pensée.

Sa dernière question, véritable effort de psychologie, le sauvait. Samuel ne se braqua pas, il se laissa même approcher, le regard perdu dans ce qui ressemblait à une méditation profonde. Lorsqu’il parla, la raison lui revint enfin. L’altercation était des plus banales, et la scène qu’il présenta n’avait plus rien de terrible. Elle était d’une imparable logique. Qui n’aurait pas repoussé Alix à sa place ? Personne n’aimait être dérangé au milieu de ses études. Lenny était d’ailleurs particulièrement irascible quand un imbécile jugeait opportun de troubler sa concentration. Une explication théorique vous causait quelques difficultés, la révélation était sur le point de se faire, et, soudain, un Serdaigle vous débusquait, étalait sa vie avant de vous proposer une aide qui n’avait pas lieu d’être. Ce n’était pas un acte de générosité, mais de la prétention. Un élève qui aime tant aider les étudiants en difficultés propose de se joindre aux cours du soir sur le tableau d’affichage du hall. Il n’y avait pas à chercher plus loin, et Samuel le découvrait enfin. Ce n’était pas comme si son cadet paniquait dès qu’un garçon s’approchait de lui et donnait des coups à tous ceux qui osaient lui adresser la parole. Il savait s’amuser avec ses semblables lorsque l’envie l’en prenait. Au fond, il était même plus social que Lenny qui se contentait d’un assemblage de codes si bien enracinés qu’aucun de ses rapports n’était jamais sincère. Il allait jusqu’à manquer de naturel avec son propre frère. Samuel n’avait pas idée de la chance qu’il avait.


- Non, c’est tout à fait normal. Penses-tu qu’un autre que toi aurait joyeusement accepté de se faire aider s’il s’était volontairement mis à l’écart pour étudier en paix ? Alix n’est qu’un pauvre garçon à la recherche d’amis. Ce n’est pas toi qui a un problème, c’est lui qui ne sait pas approcher les autres avec suffisamment de tact pour ne pas se faire jeter dans la seconde. De plus, tu sais bien que je ne supporte pas plus que toi d’être dérangé dans ces moments là. Je peux peut-être partager ta folie… selon les critères de notre cher Mister Craft.

Il lâcha la mèche de cheveux de Samuel avec laquelle il avait machinalement commencé à jouer et la replaça derrière son oreille. Un sourire complice étirait ses lèvres mais son regard ne brillait pas d’une lueur amusée ordinaire. Alix n’était pas connu pour son esprit équilibré. Il n’y avait pas un Serpentard de cinquième année pour nier cette affirmation. Beaucoup d’élèves ne voyaient en lui qu’un hystérique efféminé, un garçon aux réactions instables et excessives que l’on préférait éviter. Son passé, pour ce qu’il en savait, pouvait expliquer certaines choses, et l’année précédente lui avait laissé des séquelles, c’était évident. Alors que son frère s’éloignait de lui Lenny murmura en ouvrant son livre de poésie au hasard d’une page écornée :

- N’oublie pas ce qu’il a subi l’année dernière Sam’… Comment veux-tu qu’un esprit déjà connu pour être instable tienne le choc ? Mais je crois que cette petite comédie de victime s’effondrera lamentablement dans les semaines qui vont suivre… Simple intuition. Ajouta-t-il en haussant les épaules.


Ses yeux se posèrent sur le titre du poème qu’il venait de choisir à l’aveugle. Le gouffre. Intéressant, même le hasard semblait prophétique.


- Un cauchemar multiforme et sans rêves…
, lut-il d’une voix pensive. C’est une autre façon de voir les choses...

Son expression redevint soucieuse en rencontrant le regard de Samuel. Il ne savait pas très bien comment son frère percevrait ce cynisme assumé et ne voulait pas le mettre mal à l’aise maintenant que tout rentrait dans l’ordre. Il ne lui restait plus qu’à calmer les derniers perturbateurs actifs de la salle commune. D’ailleurs, il se sentait soudain prêt à les affronter et ne craignait plus aucune rebuffade.

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Mer 18 Aoû - 10:20:58

Finalement, tout rentrait dans l'ordre. Samuel s'étonnait d'être parvenu à une conclusion aussi facile, et aussi réconfortante. Ce n'était pas lui le fou, mais le préfet de Serdaigle qui s'était institué son précepteur. Tout, désormais, lui semblait limpide... Il se rassurait presque aussi vite qu'il s'effrayait, et il posa un regard apaisé sur son frère, qui parachevait la démonstration en termes simples. Il était si heureux parfois d'avoir un Lenny à disposition, avec sa logique, sa rhétorique et ses arguments imparables... Son aîné savait guider sa réflexion, la mener où il le souhaitait, de façon à le tranquilliser – ou plutôt, plus savamment, il le conduisait, mine de rien, à se tranquilliser lui-même. Il ne lui dictait pas de conclusions, mais les suscitait. Avec son frère cadet, Lenny devenait une sorte de Socrate, toutes proportions gardées ; aux forceps, il faisait naître dans l'esprit tourmenté de Samuel les pensées les plus propres à dissiper ses angoisses, sans paraître rien imposer de ses propres opinions. Le cadet Pinsker maudissait l'entêtement de son aîné lorsqu'il le questionnait sans relâche, revenant systématiquement sur les points douloureux, pour l'obliger à énoncer clairement ce qu'il ressentait ; il entrevoyait pourtant que ce travail pénible était indispensable, puisque lui-même s'enferrait immanquablement dans des raisonnements fallacieux. Sous la conduite discrète de Lenny, il parvenait, difficilement, au bon sens et aux idées rationnelles... Parfois, il se sentait un peu humilié de devoir recourir à la logique d'un autre, fût-il son frère, pour ordonner ses réflexions ; pourquoi n'y parvenait-il pas seul, pourquoi se sentait-il incapable et brouillon, il l'ignorait, et cette certitude de sa propre nullité renforçait son incapacité à se comporter et à réfléchir. Convaincu par avance que ses idées n'avaient pas de valeur, il lui semblait gagner en hauteur de vue, au contact de son aîné. Bien entendu, rien de tout cela n'était clair dans son esprit, il ne s'agissait que de vagues impressions, plus de pressentiments que de certitudes ; pour l'heure, s'il était à peu près certain que parler à son frère ne lui avait pas fait de bien, il sentait néanmoins une vague de soulagement monter en lui. Mais Lenny n'y était pour rien, hein... il était parvenu tout seul à la conclusion salvatrice ! Demain, il se rendrait compte que son aîné lui avait fourni toutes les clés de ce raisonnement ; pour l'instant, il se laissait bercer par la certitude de n'avoir rien à se reprocher, pas même d'avoir un peu rudoyé Craft.

Près de lui, Lenny reprenait la parole, prononçait des mots qu'il ne comprenait pas. Trop de bruit, il n'était pas concentré, et de toute façon, quand son frère avait cette mine éthérée, il savait qu'il valait mieux ne pas trop prêter d'attention à ses propos. Ils étaient sur deux longueurs d'ondes trop différentes ; Samuel saisit le regard un peu inquiet de son frère, sans savoir pourquoi, d'un seul coup, son front se barrait à nouveau de ce pli soucieux. N'ayant pas écouté la dernière phrase, il ne pouvait comprendre que le tourment de son frère était tout moral, et il craignit de l'avoir heurté en bougeant :


-Ça va ? Je t'ai pas fait mal ?

Leurs corps s'étaient à peine frôlés, mais Lenny était plus fragile que lui ; physiquement, c'était à lui de protéger son aîné. Cet état de fait lui semblait naturel ; les rôles étaient répartis ainsi, depuis toujours. Soucieux de laisser à Lenny l'espace de déplier ses jambes, Samuel glissa du fauteuil, et s'accroupit, de façon à ce que son visage reste à la hauteur de celui de son frère.

-Je vais aller...

Il n'acheva pas et se tourna, furieux. Les perturbateurs venaient de passer derrière lui, et l'un d'eux lui avait fichu un coup de genou dans les côtes, assez fort. Un imbécile de deuxième année. Samuel se leva d'un bond, prêt à transformer l'impertinent en pâtée pour chats ; il n'avait certainement pas fait exprès mais le petit blond n'était pas du genre à se contrôler.

Sa réputation de bagarreur invétéré avait, visiblement, fait réfléchir les mioches, qui s'égaillèrent comme un vol de moineaux et allèrent faire les idiots dans les couloirs. Avec un sourire, Samuel reprit sa place et murmura :

-Dis donc, préfet, tu me laisses faire ton boulot ? T'as pas honte ?

Secouant la tête d'un air faussement désolé, il passa une main dans les cheveux de son frère pour l'ébouriffer. Tout allait bien. Il se remettait à se cacher derrière des sottises, c'était bon signe.


[c'est nul, désolée]

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MessageSujet: Re: Le blues du cancre (PV)   Lun 23 Aoû - 15:00:50

[allez je finis ^^]

La guerre de Poudlard avait laissé tant de zones d’ombre qu’un jeu sournois voulait que l’on rendît coupable des pires délits tous les gêneurs. A l’extérieur, les adultes usaient des mêmes pratiques. Depuis juin les dossiers des accusés s’ouvraient, se remplissaient, ou se vidaient à coups de calomnie, diffamation ou faux alibis. Lenny suivait chaque affaire avec passion. Certains procès lui semblaient injustes. Les plus gros collaborateurs filaient tranquilles pendant que l’on débattait du cas d’un petit malfrat qui avait dénoncé les origines moldues de son voisin. Les meilleurs s’en tiraient toujours. Il voyait la Justice comme une partie d’échecs à grande échelle. On ne se vengeait pas en se remettant à elle. Mais l’observation de ses systèmes permettait d’intéressantes conclusions. Cette chasse au traître pouvait devenir celle des élèves, et il saurait instiller dans les couloirs du château la haine et la suspicion. Alix était un idéaliste. Ceux-là tombaient les premiers. S’il avait tenu tout ce temps grâce à ses belles espérances, il réaliserait très vite qu’en temps de paix, les gens oublient, les gens deviennent ingrats en se rangeant aveuglément derrière celui qui parle le mieux. Il mériterait ce qui lui arriverait. Le Serpentard ne tolérerait pas une seule rumeur sur la supposée folie de son frère. Il ne voulait pas non plus sentir le malaise de Samuel en classe, à cause de la proximité du Serdaigle, ou son envie d’en découdre à nouveau avec lui maintenant qu’il avait compris que sa violence était justifiée. Le problème se résoudrait dans la douceur des insinuations. L’émotion de Samuel était contenue et raisonnée désormais. Il disposait de tous les éléments nécessaires pour prendre le relais. Son cadet lui laissait le champ libre et il lui montrerait comment un simple article dans un journal communautaire pouvait faire passer à un moins que rien le goût de vous insulter. Le coup de poing énerve, l’avanie publique accompagnée de chantage – et si tu continues ce sera pire – est une douche froide radicale.

Mais Samuel n’avait visiblement pas saisi la nature des rouages qui s’huilaient sous les plis de son front soucieux. Au lieu de s’inquiéter, de réfréner ses plans trop machiavéliques pour la faute commise, Samuel rompit le cours de ses réflexions en lui demandant s’il ne lui avait pas fait mal. Lenny lui lança un regard interloqué. Sa peine le touchait, c’était vrai, mais pas au point de le blesser en retour. Il ne savait pas très bien quelle réponse lui donner. Son frère espérait peut-être une empathie plus forte entre eux ou il se trouvait décevant. Sans doute. Le préfet était toujours là pour le rassurer lorsque les autres osaient lui porter du tort. Il s’autorisait toutes les remarques et blâmait ceux qui jugeaient son cadet à sa place. Il lui avait appris à considérer les attaques personnelles comme nulles si elles ne venaient pas de lui. Mais, parfois, un camarade allait trop loin. Il ne se sentait pas pour autant méprisé dans son « enseignement ». Tous les sentiments ne sont pas là pour être contrôlés. Samuel éprouvait tout ce qu’il vivait. C’était aussi une belle qualité. Il hocha la tête en signe de négation.


- Bien sûr que non. Je suis content que tu ailles mieux, je pensais juste à autre chose…


Où son frère comptait-il aller ? Il ne le sut jamais. Un gamin heurta Samuel en courant et celui-ci se redressa avec une rage si vive qu’elle transforma les chahuteurs en déserteurs. Lenny était soulagé. Pendant un instant, il avait craint le pire. Si le frère du préfet commençait à taper sur des premières années en sa présence ses méthodes en prendraient un coup. Que dirait-on alors ? Que le préfet des Serpentard faisait régner l’ordre par la terreur en invoquant les gros bras de son cadet dès que la situation lui échappait ? En moins d’une heure, l’histoire ferait le tour des salles communes. Et si les verts et argents connaissaient la vérité, les autres maisons entretiendraient ces sottises jusqu’à l’année suivante. La remarque taquine de Samuel lui arracha une mine offensée et un début de rougeur sur son teint blafard. Il se laissa décoiffer, un peu déboussolé, avant de passer une main agacée dans ses cheveux blonds hérissés.

- Mon boulot ? Depuis quand le rôle d’un préfet est-il d’effrayer les plus jeunes au point de leur faire quitter la salle commune je te prie ?
dit-il d’une voix pincée. Je sais rétablir l’ordre avec plus de manière. D’ailleurs, tu as intérêt à te tenir tranquille jusqu’à la fin de la journée toi aussi.

Il était difficile de dire si Lenny était complètement dénué d’humour ou s’il s’amusait à prendre exagérément la mouche. On le voyait rarement rire aux piques de son frère. Il s’était levé d’un air digne et s’avançait la tête haute vers des troisièmes années qui, sous prétexte de réviser leurs sortilèges, plongeaient toute une partie de la pièce dans un chaos d’étincelles. Ses rappels disciplinaires firent tout d’abord rire les élèves. Les bons serpentard aimaient contredire l’autorité. Mais le débat tourna vite au désavantage des fanfarons. Une fille rousse prit soudain une mine vexée et invita ses complices à la suivre dans le parc « puisqu’on ne voulait pas d’eux ici ». Ils accusaient le coup par la fuite. Une sortie en règles leur donnait l’impression de ne pas tout à fait obéir, se rassura Lenny. Il savait cependant que mater la fierté mal placée des disciples de Salazar était un travail de longue haleine, et qu’aucun de ses efforts ne ferait de lui une figure influente. Ses méthodes fonctionnaient surtout sur Samuel. Il n’arrivait pas à les exercer avec autant d’adresse sur les autres. Les satellites de son noyau familial l’intéressaient trop peu.
Il ne trouva pas Samuel à son retour. Son recueil de poésies gisait fermé sur les coussins. Il s’allongea et le feignit de le lire en surveillant ses camarades du coin de l’œil. Ses pensées étaient cependant très loin de ses devoirs préfectoraux.


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