Oxumorôs

Après la guerre, la paix nouvelle reste précaire et menacée...
 
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 1er septembre au soir (Libre)

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Samuel Pinsker
Serpentard, 4 ème Année
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MessageSujet: 1er septembre au soir (Libre)   Lun 25 Jan - 20:43:24

Comment s'était-il retrouvé dans cette diligence avec quatre idiotes de deuxième année, tout occupées à jacasser et ricaner ? En quittant le train, pourtant, il en était certain, il se trouvait au milieu d'une bande de Serpentard de son âge, ou à peu près... mais arrivé aux diligences, alors qu'il pensait monter à la suite d'une fille de sa classe, il avait grimpé avec les quatre pies que sa seule présence avait mises en émoi. Un garçon, dans leur diligence... Hiiiii ! Aussitôt, elles s'étaient mises à se pousser du coude et à palabrer, tête contre tête, cherchant visiblement de qui ce blondinet était amoureux. L'une d'elles, une rouquine joufflue aux couleurs de Gryffondor, couvait tellement Samuel du regard qu'il finit par prendre peur, et qu'il sauta de la voiture sans même attendre qu'elle soit totalement arrêtée.

De grands éclats de rire saluèrent son arrivée à la table des Serpentard et Samuel, la mine renfrognée, se laissa tomber sur un banc en lançant un regard noir qui calma bon nombre de railleurs. On connaissait assez sa prédilection pour les coups de pied, de poing ou les mauvais sorts en tout genre, et l'on préférait généralement éviter de se le mettre à dos... Seuls quelques élèves plus âgés demeurèrent indifférents à son air offensé, et ne cessèrent de rire qu'un instant plus tard, pour bien montrer qu'ils n'étaient nullement impressionnés.

Maussade, Samuel jeta un coup d'oeil à la table des professeurs, cherchant du regard le nouveau directeur de Serpentard ; McGonagall trônait sur le fauteuil qui avait été celui de Rogue l'année précédente, avec, comme d'habitude, l'air d'avoir avalé une clé à molette ; quelques enseignants inconnus se tenaient à la table, mais Sam n'eut pas le loisir d'essayer de déterminer qui était qui ; une tape amicale s'abattit sur sa tête, et Lenny s'installa près de lui en lui adressant un sourire. Le cadet sortit de sa torpeur un instant, pour considérer son frère avec surprise et lui lancer :


-Hé, Lenny ! T'as un truc bizarre sur ta robe... bouge pas...

Il saisit son insigne de préfet entre deux doigts et tira doucement dessus, comme pour l'arracher du tissu ; Lenny devait s'y attendre, son frère n'avait pas cessé de ricaner depuis l'arrivée du fameux insigne, au grand désespoir de leur mère qui n'en pouvait plus de fierté. L'arrivée de ce stupide badge avait été fêtée au champagne, pour le plus grand dégoût de Sam à qui, d'ailleurs, on n'avait permis qu'une gorgée de vin ; la fin des vacances avait été ponctuée de sentences définitives du genre “Ton frère est préfet, tâche de ne pas lui faire honte... plus de retenues... plus de jeans troués...” Dans ces moments-là, Sam était content de croiser le regard de son frère aîné, et de savoir qu'il n'approuvait pas les mises en demeure maternelles.
L'estomac de Samuel gronda, mais le repas était bien loin d'être servi. Des élèves entraient encore dans la Grande Salle, et on n'avait même pas encore apporté le Choixpeau magique. Le blondinet se massa le ventre et ronchonna :


-Bon, on se bouge un peu le cul ? Ou faut attendre après-demain pour pouvoir manger ? Vas-y, McGo, tape un peu sur la table pour qu'ils se magnent...
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Siobhan Greene
Serpentard, 4 ème Année
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Mar 26 Jan - 16:30:31

[ Je peux squatter? =) ]

J'étais effroyablement fatiguée par le voyage et un doute monstre s'empara de moi: je n'allais jamais tenir le dîner. Je le sentais dans mes muscles, je le sentais dans mon sang, qui coulait en moi en brûlant lentement toutes les parties de mon corps qu'il recouvrait à la manière d'un venin mortel. Les crocs de la maladie insinuaient leur doux poison dans mon petit corps sans que je ne puisse rien y faire. Quelle atroce sensation...

Le rouge me monta aux joues et je dus river mon regard étincelant de fièvre et de hargne sur je ne sais quel professeur qui faisait je ne sais quel discours, pour me détourner des élèves de ma table afin qu'ils ne se rendent compte de rien. Mon cœur battait jusque dans mes tempes et emplissait mes oreilles d'un bruit assourdissant tandis que des taches noires dansaient devant mes yeux, recouvrant la table des professeurs ainsi que le plafond magique de la Grande Salle d'étranges petites étoiles sombres. J'avais les poings serrés sous la table et je me forçais à respirer, à me calmer. Car je me connaissais: me savoir dans un état pitoyable me mettait en colère, et le stress et la montée d'adrénaline dues à la colère n'aidaient en rien ma baisse de régime. Dieu, que je haïssais cet état qui faisait de moi un pantin aux mains d'une stupide maladie!

Pourtant, les vacances m'avaient fait du bien. Mine de rien, chez moi, enfermée sans cesse par mes parents dans ma grande chambre avec interdiction de mettre le nez dehors, je m'étais reposée, la journée. Ce qu'ils ne savaient pas, c'était que leur chère petite fille malade et fragile mettait les voiles la nuit lorsqu'ils dormaient à poings fermés et s'amusait jusqu'à l'aube dans les rues et les bars environnants, avant de rentrer sur les rotules certes, mais ivre d'une liberté et d'un plaisir intense de jouir de la vie. A la différence de Poudlard où je vivais de jour comme de nuit, pendant l'été, je n'avais d'autre choix que de me reposer la journée. Voilà pourquoi je me sentais pleine d'une vigueur nouvelle - bien que la journée de voyage m'ait éreintée.

Il fallait que je mange si je ne voulais pas tourner de l'œil. Mais le discours se prolongeait, fichu profs qui ressassaient chaque année les mêmes choses! Ou alors il fallait que je me divertisse... et mon voisin m'offrit dans la seconde qui suivit ma pensée la chance que j'attendais:


-Bon, on se bouge un peu le cul ? Ou faut attendre après-demain pour pouvoir manger ? Vas-y, McGo, tape un peu sur la table pour qu'ils se magnent...

C'était Samuel Pinsker, un garçon blondinet à succès de ma classe et de ma maison. Je l'aimais bien parce qu'il avait du succès - et je ne traînais qu'avec des personnes de la sorte. Populaires, adulées, enviées. Comme mon amie la plus proche par exemple, Lorelei. Avec ses origines vélanes, elle pouvait se ramener avec du charbon sur la tête et habillée d'un sac que tous les garçons perdaient quand même leurs facultés de pensée devant son irradiante beauté.

- C'est clair, comme si on ne connaissait pas par coeur leur fichu discours de bienvenue... Et tous les petits première année, ils sont si tétanisés d'être enfin à Poudlard qu'ils ne sont pas capables de comprendre un seul mot!

Je ricanai en observant les petites nouvelles têtes aux yeux agrandis de stupeur ou de peur et aux bouches closes par la timidité. Qu'est ce qu'ils étaient petits, qu'est ce qu'ils avaient l'air bête!

- Tssss... J'ai l'impression qu'il les font de plus en plus petits chaque année. Je suis sûre qu'on n'avait pas l'air aussi niais, nous!


Je m'étais retournée vers le garçon, lentement mais en faisant bien attention que mes gestes soient fluides pour qu'il ne remarque pas que chaque geste me coûtait. Je me sentais toujours aussi faible mais parler m'empêchait d'y penser. Jetant un regard espiègle un peu plus loin, je plantais mon regard bleu et acéré dans celui du blondinet:

- Dis moi Samuel, tu ne trouves pas que ton frère fait le coq avec sa nouvelle insigne? Le voilà à la solde des profs, maintenant?
lui dis-je d'une voix sucrée. Et j'éclatai d'un petit rire aigu. La vie était tellement meilleure quand on s'amusait.
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Lenny Pinsker
Préfet de Serpentard, 5e année
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Lun 1 Fév - 15:01:55

L’insigne d’argent brillait, glorieux, sur sa poitrine. Des années de sérieux avaient payé, on lui discernait enfin le titre de préfet de Serpentard, justice lui était rendue. Son cœur avait raté un battement lorsque le badge métallique avait glissé de l’enveloppe de Poudlard cet été. La cinquième année était souvent le moment idéal pour nommer les nouveaux représentants des quatre maisons et les partisans Sang pur pouvaient cette fois retirer leur candidature, cependant, il n’avait pas pensé qu’on pût le nommer lui. Les grandes personnalités ne manquaient pas sous l’étendard du serpent. Il avait toujours entretenu l’image d’un garçon sympathique mais plutôt discret. On le voyait de temps en temps plaisanter ou débattre avec des camarades bien réputés, rien de plus, les gens l’ennuyaient vite. Que se passait-il dans la tête de Lenny Pinsker au-delà du mépris affecté ? La réponse demeurait mystérieuse. Il n’était pas certain d’ailleurs que son petit frère la connût. Ah, étrange et heureuse nouvelle que celle de sa nomination. Après la surprise, le choc brutal qui avait menacé sa délicate sensibilité, les raisons de la directrice du château semblaient évidentes. Qui, mieux que lui, oseraient réclamer la place ? Les rares nés moldus des verts et argents étaient, pour l’instant, trop brisés pour s’investir de toute leur âme dans la vie scolaire, la plupart des autres avaient lâchement pactisé pendant qu’il se tenait tranquille, déplorant à l’écrit les méthodes atroces d’un système gouverné par la terreur. Il s’était découvert une fibre d’auteur romantique, impliqué sans l’être dans un combat qui n’était pas le sien. Les Pinsker avaient choisi la politique de l’autruche, plus sécuritaire en temps de guerre lorsqu’on n’était pas tout à fait blanc aux yeux d’un régime répressif. Adieu amis et commerce moldu. Aujourd’hui, ses parents déploraient les pertes de bénéfice, mais la paix allait doper les gains, c’était assuré. Au moins, ils avaient été épargnés, et les grands-parents disaient que c’était tout ce qui comptait. D’autres sorciers n’avaient pas eu leur chance…

Mais Lenny se souciait peu des victimes ce soir. Le pas bien droit, il essayait de se donner l’allure la plus noble possible afin d’attirer l’attention sur son nouveau statut. Il regrettait que sa mère ne pût l’admirer pendant ce banquet de presque couronnement, même si elle lui avait demandé se mettre son uniforme au dernier repas de famille pour que tous puissent mesurer son effet. Elle avait hurlé comme une hystérique en découvrait le P sacré au creux de la main de son fils et, devant l’importance de la situation, était restée toute la journée à la maison à discuter avec lui de ses futures fonctions. Samuel, loin de l’enthousiasme ambiant l’avait à l’inverse épuisé en jouant la carte de la moquerie permanente. Mais Lenny ne lui en voulait pas vraiment, il savait qu’il cherchait à contrarier leur mère qui avait trouvé une autre occasion de le brandir en exemple. Si seulement les deux frères pouvaient se succéder ! Ce serait beau oui, et surtout peu probable. N’en avaient-ils pas fini avec leur petite guerre ridicule ? Lorsque Sam’ revint à la charge, il eut la certitude qu’elle ne faisait, hélas, que commencer. Pourquoi avait-il pris place auprès de lui au fait ? Ah… Parce que leur petit rituel à chaque rentrée était de rire des derniers débarqués ensemble… Lenny avait tout d’abord pâlit en entendant son cadet signaler la présence d’un élément suspect sur sa robe. Gosh, son vêtement lavé ce matin même, taillé et repassé à la perfection ! Comment pouvait-il souffrir d’une tâche ce soir ? La malice de son frère lui apparut vite quand il tira sur son insigne. Figé sous le coup d’une horreur soudaine le cinquième année l’avait laissé faire. Agacé, et un peu honteux de s’être encore laissé avoir, il chassa la main de Samuel d’un geste agacé en soufflant de sa voix compassée habituelle :


- Arrête ça, tu vas tout déchirer…

Les élèves s’installaient péniblement, dans le chaos et la langueur qui leur plaisant tant. Les professeurs ne se pressaient pas davantage. Très peu de têtes connues avaient investi la longue table, et Lenny guettait les arrivées des anciens enseignants afin de les saluer. C’est ainsi qu’il se releva presque aussitôt en apercevant à quelques pas de là le professeur Flitwick en grande conversation avec un nabot de Gryffondor. Il fallait reprendre contact avant le début des cours, histoire de montrer à quel point il s’était ennuyé de l’école et de ses professeurs adorés. Ce qui n’était pas totalement faux d’ailleurs. On attendait toujours les vacances avec impatience, mais au bout d’un mois, la routine devenait beaucoup trop tranquille. Sans gêne, il se planta devant le rouge et or et posa quelques questions révérencieuses avant de recevoir des félicitations qui s’imposaient. Le petit homme se réjouissait toujours, de toute façon, du bonheur de ses élèves. Il était bien dommage qu’il ne pût identifier le nouveau directeur de sa maison… Rogue était mort, Slughorn était retourné en retraite, il se demandait à quoi ressemblerait le suivant… Corruptible ou pas ? L’information était toujours bonne à savoir. Après avoir écouté d’une oreille distraite le récit très bref des fabuleuses vacances du professeur, Lenny retourna vers son frère, un petit sourire au coin des lèvres. Ce dernier venait d’entamer une discussion avec une fille de son année. Il n’avait pas retenu son nom. C’était peut-être une amie de sa nouvelle collègue, Lorelaï, la demie-vélane. Il lui semblait les avoir déjà croisées ensemble mais comme il ne retenait pas souvent les visages féminins, il ne pouvait l’affirmer. L’avantage de la préfète était que ses origines particulières retenaient un peu plus l’attention. On voyait au moins qu’il n’était pas tout à fait normale. En tout cas, sa présence l’ennuyait un peu… Qu’avait-elle à le regarder en riant cette idiote ? Samuel participait manifestement à la plaisanterie et il tourna lentement un regard interrogateur vers lui.


- Un problème ?


Le ton laissait entendre qu’il avait peu de doutes sur l’origine du problème. Oui, il venait de saluer un enseignant, et alors ? L’air digne, il les mettait au défi de lui reprocher quoique ce soit, même si, en fait, il savait très bien qu’ils ne s’en priveraient pas.
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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Lun 1 Fév - 20:51:16

Les tables se remplissaient rapidement, et la place libre à côté de Samuel ne tarda pas à trouver preneuse. Siobhan, une fille de sa classe, qui comme lui promenait un oeil suprêmement critique sur l'agitation ambiante. Le blondinet lui adressa un sourire, et commenta à mi-voix :

-Oh, cette année on va avoir droit à un discours de deux heures, tu penses... on n'est pas près de bouffer...

Siobhan se mit aussitôt à balancer sur les élèves, anciens et nouveaux, de Poudlard, et son voisin lui emboîta le pas avec enthousiasme ; le rituel des critiques du début de l'année, c'était sacré, surtout entre Serpentard, entre gens de bonne compagnie... du moins jusqu'à l'arrivée de Lenny, et à la quatre-vingt-quatorzième blague du cadet sur la récente promotion de son frangin.

Pour une fois, Samuel avait mesuré ses gestes, d'ordinaire brutaux, et il n'avait qu'à peine tiré sur l'insigne qui brillait sur la poitrine de son frère. Connaissant l'importance que Lenny accordait à sa tenue, il ne tenait pas à s'attirer les foudres de son aîné en déchirant sa robe ; il voulait simplement le taquiner, lui montrer que le retour à Poudlard ne signifiait pas le cessez-le-feu, et susciter une de ces réactions un peu maniérées qui le faisaient rire. Évidemment, ça n'avait pas raté, le préfet avait écarté la main de son cadet d'un geste crispé, mais il avait eu peur, l'espace d'un instant, qu'une tache souille réellement sa robe. Il marchait vraiment facilement lorsqu'il s'agissait de l'état de ses fringues. Son vaurien de cadet arbora un sourire triomphant, enchanté que sa plaisanterie pourtant éculée ait marché, mais il n'eut pas le temps d'enfoncer le clou ; Lenny venait de sauter sur ses pieds pour aller saluer Flitwick, et le sourire de Samuel fit place à une expression d'incrédulité. Se précipiter comme ça pour voir un prof, on n'avait pas idée... Lui, à la vue d'un enseignant, il avait une réaction bien plus normale : se tasser, se cacher le cas échéant, se soustraire par tous les moyens au regard de cette engeance de malheur...

Appliquant d'ailleurs à la lettre cette politique salutaire, Samuel se ratatina sur son banc, au cas où Flitwick voudrait saluer le deuxième frère – même si c'était peu probable, le risque n'était pas à négliger. Dans ce mouvement, son regard tomba sur une petite bande de Poufsouffle qu'il désigna aussitôt à Siobhan :


-Heureusement qu'il y a des choses qui ne changent pas, comme les têtes de cons de certains...

Le fait que ces Blaireaux soient dans la même classe que les deux Serpentard et les exaspèrent régulièrement n'était pas étranger à cette opinion sans concession ; le blondinet professait un profond mépris pour les Poufsouffle, dont les valeurs de travail et de loyauté lui semblaient parfaitement stupides, et bon nombre de Serpentard partageaient son avis.

Siobhan attira son attention sur Lenny qui paradait devant Flitwick, et le gamin répondit sur le ton de la confidence :


-Le coq ? Non mais là c'est rien... T'aurais dû le voir cet été, quand il a reçu son insigne... il l'a épinglé sur son slip, il avait une classe folle....

Lenny arriva comme il terminait sa phrase, et posa un regard courroucé sur les deux moqueurs, en demandant s'ils avaient un problème. Samuel songea qu'il était temps d'enterrer la hache de guerre et répondit :

-Non, non, aucun problème... on disait juste que les première année sont des nabots cette année, tu trouves pas ? Même ton pote Flitwick a l'air grand là au-milieu...

Il n'avait pas pu s'empêcher de balancer une vanne sur le petit professeur de sortilèges, tout en sachant très bien que Lenny l'appréciait. Il allait certainement s'attirer une remarque sur son manque de respect, mais il ne pouvait tout de même pas passer sous silence la séance de lèche de son cher frère....
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Siobhan Greene
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Mar 2 Fév - 18:19:24

Mine de rien, j'étais bien embêtée que le discours se poursuive, et que comme l'avait relevé Samuel, les profs n'allaient sûrement pas se presser pour se taire et nous laisser nous restaurer. J'entendais déjà le monologue avisé des adultes qui, les sourcils froncés, s'inquiétaient de l'avenir de notre communauté. "Les temps changent...", bla bla bla. Oh, l'avenir n'était pas le présent, et même si je sentais que les choses étaient en train de bouger j'estimais qu'il n'était pas encore temps de s'inquiéter ou de monter aux barricades. J'appliquais ma philosophie, celle qui ne m'avait jamais quittée et qui me réussissait tout le temps: Carpe Diem. La vie est bien trop courte pour qu'on se pose tant de questions. Certes j'étais ivre d'action, ivre de gloire et de puissance, mais je voulais ces trois entités pour moi et moi seule, et je voulais l'entier contrôle sur leur cheminement. Alors les petites guéguerres entre clans de sorciers, pour l'instant, n'étaient pas ma tasse de thé.

Malgré l'enthousiasme cynique de mon voisin, et malgré mes efforts certains pour camoufler tout au fond de moi le mal qui me tenaillait, je sentais chacun de mes muscles trembler, je sentais mon cœur palpiter mon souffle devenir presque saccadé. Oh, combien je haïssais ce moment où la chair prenait le pas sur l'esprit, cette foutue chair sans quoi je n'étais rien et qui me menait par le bout du nez alors que mes pensées étaient toutes attirées par tellement, tellement plus de grandeur...

L'avantage de la situation étaient que les frères Pinsker me divertissaient, l'un par sa jovialité et l'autre par son air de parade parfaitement stupide et délectable. Il voulait impressionner son monde, et à vrai dire à part son frère qui le charriait bien et moi qui riait sous cape (enfin plus ou moins), je devais dire qu'il produisait son petit effet. J'étais persuadée qu'il était ce genre de préfet qui impressionnait d'un regard nos chers petits camarades de Poudlard.


-Heureusement qu'il y a des choses qui ne changent pas, comme les têtes de cons de certains...

Il me désignait un groupe de Poufsouffle qui piaillaient, je vous jure, c'était le cliché même, ils riaient niaisement et comme si le monde était une jolie petite planète où rien n'était plus beau qu'un pique-nique entre amis sur une belle pelouse verte bordée par une rivière à l'eau turquoise. Je les regardais un moment, une moue aux lèvres, mon regard froid planté sur eux, mais j'en fus déçue car aucun d'eux n'osa croiser mon regard. Je n'eus donc pas la satisfaction de le voir rougir et détourner les yeux d'un air gêné.

Franchement, le spectacle de Lenny et de son insigne flamboyante avec un P comme Pathétique épinglée sur sa poitrine qui venait de virer un petit Gryffondor pour parler à Flitwick était hautement plus passionnant. Il en aurait fait des courbettes devant le prof que ça ne m'aurait pas étonnée, mais bon, vous allez me dire, comment faire des courbettes devant quelqu'un d'aussi petit...

- Le coq ? Non mais là c'est rien... T'aurais dû le voir cet été, quand il a reçu son insigne... il l'a épinglé sur son slip, il avait une classe folle....

Il fallait dire qu'en plus, Samuel me faisait bien rire, et que je me demandais comment tous les autres pouvaient supporter ce discours interminable, le ventre creux de surcroît, sans mourir d'ennui. Heureusement que le divertissement était de taille de mon côté; je ne retins pas un éclat de rire haut perché sans lâcher Lenny-le-Préfet-Merveilleux des yeux. Rien que l'image suffisait à le discréditer, et je l'imaginais en slip, au milieu de la Grande Salle, en train de parader avec son insigne, et j'en avais les larmes aux yeux. Seulement, un vertige m'envahit vite et je sentis mon pouls s'accélerer dangereusement - il est fortement déconseillé de rire quand on est au bord de l'évanouissement. Me ressaisissant, je ravalai mon rire, je repris mon visage de petite fille sage au regard démoniaque et sourit d'un air moqueur alors que le Préfet et sa si Pétante insigne s'approchaient de nous.


- Un problème ?

-Non, non, aucun problème... on disait juste que les première année sont des nabots cette année, tu trouves pas ? Même ton pote Flitwick a l'air grand là au-milieu...

Oui, je sais, c'est mal de s'immiscer dans les querelles fraternelles, mais Lenny n'allait pas s'en tirer comme ça: sinon, ça n'était pas drôle.

- Enfin, quand même, ton insigne resplendit tellement que tu nous brouilles la vue... C'est embêtant, tu vois. Du coup on n'arrive pas à voir les visages éperdus d'admiration qui te contemplent. J'adorais m'exprimer d'une façon parfaitement calme et posée, avec un petit sourire aux lèvres, alors que mes yeux brillaient d'une fièvre narquoise et n'attendaient que l'affrontement. Je rajoutai sur le ton de la conversation: Et sinon, Flitwick a passé de bonnes vacances? Il t'a rapporté quoi comme souvenirs?

J'aurais eu un minimum de considération pour Samuel, que j'appréciais de surcroît, j'aurais évité d'embêter autant son frère mais à vrai dire, je me contrefichais de la considération de manière générale et l'idée s'envola de mon esprit aussi vite qu'elle m'était venue à l'esprit. Ma conscience n'était vraiment pas très efficace. Reportant mon attention sur l'air figé et fier de Lenny, je chuchotai vers Samuel:

- Ils ont oublié d'ajouter l'option "marrant" à leur nouveau modèle de préfet, cette année, ou quoi?

Je cachais ma nervosité d'un regard papillonnant, celui qui me valait souvent les faveurs des garçons - et qui était bien pratique. J'avais un réel besoin de manger. Sans quoi je n'allais pas tarder à quitter la salle, pour éviter le malaise en public.
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Lenny Pinsker
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Jeu 4 Fév - 15:53:49

Le regard distant de Lenny allait de son frère à la jeune fille. Il attendait la réplique cassante, l’attaque malvenue, redoutait le coup mais donnait à son visage l’apparence d’une parfaite placidité. Cette technique marchait de temps en temps. Les langues un peu trop pendues saisissaient l’admonition. Parlez si vous le souhaitez, murmuraient ses yeux d’acier, vous ne ferez jamais que vous enfoncer dans votre triste stupidité. Le nouveau préfet n’aimait pas les attaques frontales. Elles lui faisaient trop souvent perdre pied. Néanmoins, lorsqu’il rehaussait le degré de son mépris, il était capable de tout affronter. L’opinion stérile d’un esprit grossier ne méritait pas qu’il s’y attardât… La fuite la plus simple était de signifier à votre détracteur qu’il valait moins que vous. C’était vrai, la plupart du temps. Mais, avec Samuel, ces petits procédés ne fonctionnaient pas. Il ne se le serait pas permis. Son frère partageait le même sang. Il pouvait étaler tous les défauts du monde, il n’en restait un Pinsker, un garçon de valeurs, dont l’avanie publique serait impardonnable. En privé, la teneur des discours devenait parfois plus mesquine, parce que les querelles leur appartenaient. Il avait le droit de le ridiculiser, personne ne l’entendait. Son cadet n’avait pas la même délicatesse, et c’était de bonne guerre. Samuel ne disposait pas des mêmes armes, il préférait la moquerie ouverte à la condescendance fatale d’une phrase bien tournée. Avait-il besoin cependant d’impliquer une inconnue dans leurs histoires ? Elle gloussait stupidement pendant que son frère lui lançait un sourire innocent. Oh, Lenny avait une idée très précise de l’origine du problème. Il venait de se précipiter sur un professeur et le bal des plaisanteries faciles, sans doute humiliantes, avait été lancé. Au fond, il sentait bien que son comportement était assez ridicule. Il agissait souvent en priant pour qu’on passe sous silence l’aspect très caricatural de ses scènes. Que pouvait-il y répondre ? Qu’il avait ses raisons ? Oui parfaitement, il avait tout prévu à l’avance ! D’ailleurs, sa mère approuvait presque toute la démarche.

Au lieu de revenir sur son entretient avec le professeur, Samuel attira son attention sur le groupe de lutins détrempés qui s’amassait à l’autre bout de la salle. Ils attendaient bêtement la fin du discours que venait d’entonner McGonagall en évoquant les drames de l’année passée. Autour d’eux, les élèves avaient la mine grave, certains pleuraient, d’autres, à Serpentard surtout, feignaient vaguement de s’intéresser, la mine blasée. Son frère et sa camarade avaient déjà ouvert les hostilités… Lenny haussa un sourcil. Etait-ce bien le moment ? Si la directrice, membre active de l’Ordre du Phénix, les surprenait, ils seraient fichés à l’année. L’expression désapprobatrice du blond se pinça davantage lorsque Sam’ mentionna « son pote » Flitwick. Il allait ouvrir la bouche pour faire un commentaire lorsque la tierce personne en face d’eux glissa des petits sarcasmes qui ouvrirent d’emblé les hostilités que son cadet avait préféré taire. Très calme, il la laissa déblatérer sa petite tirade sans renoncer au dédain marmoréen de ses traits. Oui, il était préfet. Où était le problème ? Etait-elle contrariée de ne pas avoir reçu un badge elle aussi, pour s’acharner à ce point sur son titre ? D’où le connaissait-elle pour s’autoriser ces critiques ? Evidemment, elle fila la plaisanterie sur Flitwick et, malgré son expression figée, ses joues rosirent légèrement. Qu’était-il censé faire ? Eclater de rire ? La jeune fille chuchota ensuite il ne savait qu’elle stupidité à son frère, comme si ces deux là étaient soudain incroyablement complices. Pauvre et vaine créature, songa-t-il. Désespérée au point d’utiliser les méthodes les plus ineptes pour attirer l’attention, l’adhésion d’un public masculin. Mais les filles ne devraient jamais s’aviser de faire de l’esprit, la pratique leur réussissait rarement, on voyait bien qu’elles n’avaient pas leur place sur ce terrain de jeu. Il allait le lui prouver.

- Le professeur Flitwick
, corrigea-t-il d’un ton appuyé, se fera sans doute un plaisir de répondre à ces questions. Du reste, je ne crois pas que la réponse importe vraiment. Sachez pauvre sotte qu’un préfet est là pour représenter les élèves de sa maison, autrement dit, pour parler en votre nom en cas de conflit… A partir de là, même si les moqueries faciles sont les plus tentantes, j’ose espérer que vous pourrez aisément en déduire qu’un professeur convaincu de mon sérieux le sera aussi de ma bonne foi. – Il lui adressa un petit rictus et posa un regard de biais sur Samuel. – Je ne vois pas qui ici aurait le mauvais goût de s’en plaindre… - Puis, considérant les nouvelles recrues, il ajouta d’une voix égale : - Minuscules ces premières années, en effet… Ils auront l’air malin en cours avec des baguettes qui feront la moitié de leur taille…

Oh, ce n’était pas une fille de quatrième année qui ferait la loi avec lui. Lenny était de bonne compagnie, même avec la gent féminine, à condition qu’on n’essaye pas de s’attaquer à lui sans arguments valable ni rang supérieur. Or, sa camarade ne lui inspirait, à première vue, que du mépris. Son frère quand à lui n’avait pas intérêt à en rajouter. C’était parce qu’il sympathisait avec les enseignants qu’il pourrait lui épargner les punitions qu’il avait l’habitude de collectionner. Non, il ne serait pas drôle si le thème "humour" du jour était de faire des bons mots sur sa nouvelle promotion.

_________________________________
Cliiique sur Chantale !

Estiamsi omnes, ego non
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Ven 5 Fév - 2:20:39

La première fois que j'avais vu Poudlard, j'avais été conquise, comme presque tous les gens qui y arrivaient. J'avais fondu devant sa grandeur et mes yeux avaient cherché la force de ne pas fuir mon visage pour se coller à jamais à l'imposante forteresse. Ses tours m'avaient crevé le coeur pour mieux s'y accrocher et, depuis, je ne pouvais concevoir un endroit où j'aurais pu me sentir mieux. Un simple couloir, même désert, me semblait mille fois plus accueillant que la maison familliale. C'était le seul château où le rôle de jolie princesse ne me répugneraient peut-être jamais totalement. Tant qu'on n'essayait pas de me voler celui de la méchante belle-mère...

À mon arrivée, la première année, je tremblais presque de bonheur et, malgré moi, de peur. Je ne savais pas ce qui m'attendait ici, mais je devinais ma nouvelle vie beaucoup plus intéressante que celle qui attendait déjà mon retour à la maison, celle de poupée de porcelaine qu'on couvre d'une épaisse cloche de cristal pour éviter qu'on égratigne sa si précieuse personne. Je devais, néanmoins, avoir plus de classe que ces modèles réduits d'êtres humains qui avaient envahi notre belle école en ce jour de rentrée. Bien entendu, je n'avais pas regardé longtemps ces nouveaux élèves. Ils ne méritaient pas mon attention. S'ils avaients des questions ou n'importe quel autre stupide besoin de petit nouveau, ils viendraient me voir et je ferais mon travail de préfète. Si l'un d'eux sortait du lot que j'avais, en quelques secondes, jugé minable, il paierait. Tout simplement.

La première victime de la fille de ma mère ne tarda pas à se manifester. Quand j'étais entrée dans le château, un garçon de Serdaigle, troisième ou quatrième année (je m'en fichais...), s'était décoré le visage à l'aide d'une porte, trop concentré à me regarder avec un air ridiculement niais. C'était d'un pathétisme effarant. Pourquoi n'arrivaient-ils pas à fonctionner normalement en ma présence? Fallait-il que je me griffe le visage pour que les mecs daignent voir autre chose en moi que cette créature stupidement parfaite qui ne devait sa particularité qu'aux gènes de sa chère mère? J'envisageais de plus en plus sérieusement l'idée de demander à ma mère si elle avait entendu parler d'une opération quelconque. Je devinais qu'elle me détesterait de seulement émettre l'idée, mais je préférais sa haine à la mienne. Pour le moment, j'avais les deux, à doses variables. Alors, je pouvais les comparer avec une lucidité... que je sentais fréquemment vasciller. La haine pourrit les gens. D'accord, mais j'étais trop belle pour moisir. Meilleure chance la prochaine fois.

Une fois arrivée dans la salle où on nous torturerait encore et toujours d'un discours ennuyeux jusqu'à la moelle, je me postai au bout d'une table, à peine assise. Je voulais pouvoir voir tout le monde et, seulement ensuite, choisir où j'irais. Il fallait que j'évite Alek...

Je sentis la grimace de dégoût venir mordre mon si joli visage quand je posai les yeux sur certains élèves de Poufsouffle qui ressemblaient à des poules (mais sans la tête), à piaillier et à se dandiner fébrilement. À quand les omelettes façon Lorelei? Je les aurais tous démembrés et mon regard à peine plus glacial qu'un iceberg le montrait clairement. Certains se turent quand leurs yeux croisèrent les miens. Mon air dédaigneux ne me quitta tout de même pas. Le pire, c'était que je devais être magnifique.

Mon visage dut se détendre de lui-même car, quand je La vis, il fut même capable d'afficher un sourire. Petit, mais tout de même présent. Siobhan était un peu plus loin et mes jambes choisirent d'elles-mêmes de m'amener près d'elle. Je n'eus même pas le temps de penser au fait que je voulais éviter ma meilleure amie. Ni même aux raisons qui me poussaient à le faire. En quelques secondes, je fus trop près pour partir sans être remarquée.

Mon amie était avec un garçon que je ne connaissais que de vue, surtout parce qu'il était le frère de Lenny, lequel était d'ailleurs avec les deux autres. Lenny était fascinant, comme toujours. Je n'arrivais pas à savoir ce que ce garçon avait de spécial et c'était justement ce qui le rendait aussi particulier. Il était un mystère, tout simplement. Un mystère que je percerais, je l'avais décidé depuis longtemps. Puisqu'il était, lui aussi, préfet, j'aurais donc encore plus de raisons de ne pas le lâcher et d'apprendre à le connaître. J'avais sournoisement planté mon hameçon dans son dos (il ne l'aurait jamais avalé!) et je ne lâcherais jamais le fil qui y était attaché. Je ne lui laisserais pas le savoir, mais il serait mon jouet, cette année, un peu comme un livre ou un jeu pour l'esprit. Je le devinais du genre qui donne envie d'abandonner, mais je n'avais que très rarement ce genre d'envies.

Un rapide tour visuel des visages de ces trois personnes me résuma la scène: Siobhan et l'autre se moquaient de Lenny. Comme si on pouvait espérer se moquer de Lenny sans être victime d'une éblouissante réplique qui éteignait toute envie de lui répondre. J'en avais moi-même fait l'expérience une fois ou deux.


-Belle tentative d'humour, les amis, mais vous devriez savoir que Lenny-chéri ne s'amuse que de ses propres jeux d'esprit.

Je m'étais penché au-dessus de l'épaule de Siobhan en souriant d'un air malicieux. Je me déplaçai ensuite pour m'asseoir à côté de Lenny, en espérant qu'il ne me fasse pas fusiller parce que j'avais avorté toute réponse de la partie adverse, l'empêchant ainsi de montrer à quel point il pourrait la détruire habilement. Avec un Serpentard, on ne sait jamais.

-Et puis, l'été?

J'avais balancé avec un sourire innocent cette banale question tout en lissant une de mes mèches de cheveux. Qui aurait pu croire que celle-ci avait pour seul but de créer une discussion de groupe qui m'éviterait de devoir parler uniquement à Siobhan? Je n'étais pas prête. Je ne pouvais pas déjà affronter ses yeux sombres aux reflets étoilés sans avoir de mensonge tangible auquel m'accrocher.
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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Ven 5 Fév - 20:36:08

Et ça parlait, parlait, parlait... Les terribles événements... Dans les circonstances actuelles... Le pardon... Nous devons nous unir... Tirer les leçons du passé... En mémoire... La bouillie verbale atteignait à peine les oreilles de Samuel à travers le murmure des conversations, qui allaient bon train à la table des Serpentard. Les Verts s'attiraient des regards de désapprobation, mais cela ne changeait pas ; leur contribution à la résistance de l'année précédente avait été oubliée, et l'on ne retenait que ceux d'entre eux qui avaient servi les desseins du Seigneur des Ténèbres. Samuel n'avait participé ni à la résistance, ni à la collaboration ; en bon fils de commerçants, il s'était tenu dans une neutralité de bon aloi, ménageant l'autorité en place, préoccupé avant tout de ne pas être mis en retenue... Car les retenues de l'époque des Carrow n'avaient rien à voir avec celles de l'ancien temps. Le blondinet l'avait appris à ses dépens dès septembre ; son manque de politesse lui avait valu une entrevue avec le frère Carrow, et il s'était ensuite arrangé pour ne plus renouveler l'expérience. Une telle attitude ne lui vaudrait certainement pas la considération générale, mais elle reflétait parfaitement l'individualisme des Serpentard.

McGonagall n'en finirait jamais de parler, la vieille carne. Cela n'empêchait pas la discussion de se poursuivre à la table des Verts, sous l'oeil hautain de Lenny que les plaisanteries visaient. Siobhan en avait rajouté une généreuse couche, mais le sourire de Samuel s'effaça lorsque son frère posa enfin son regard de prince offensé sur sa camarade de classe. Chahuter le préfet, c'était de bonne guerre, mais le cadet ne voulait surtout pas se mettre son frère à dos. Tant qu'il goûtait les plaisanteries, on pouvait continuer, mais sa lassitude sonnait la fin de la récréation. Le blondinet posa sur son aîné un regard déconfit, et murmura :


-C'est bon, Lenny...

C'est bon. Capitulation sans condition du cadet, qui tenait trop à l'estime de son frère pour continuer à jouer le jeu de Siobhan. Sans même parler de ses éventuelles interventions en sa faveur, Lenny était la seule personne à Poudlard dont l'opinion comptait aux yeux de Samuel. En signe de reddition, le sale gosse baissa les yeux quelques instants, fixant le fond désespérément vide de son assiette d'or, tandis que l'ancienne directrice de Gryffondor continuait de pérorer. Juste quelques instants, et il les releva pour voir arriver la collègue de Lenny, la nouvelle préfète de sa maison, Lorelai quelque chose. Un pur canon. Le regard de l'adolescent s'attarda un instant sur les formes de la jeune fille, guettant la courbe de la poitrine sous la robe un peu ample ; à quatorze ans, les hormones commençaient à travailler méchamment, et le garçon avait passé une bonne partie des vacances à se rincer l'oeil sur les jolies touristes de Portsmouth, au grand désespoir de son frère.

Le cadet Pinsker ne répondit pas à la laconique question de la préfète ; son attention s'était soudainement fixée sur la table des professeurs, cherchant qui était qui parmi les nouvelles têtes. Qui, en particulier, serait le nouveau directeur de Serpentard ? Le moment des présentations n'était pas encore venue, et Sam l'attendait presque aussi impatiemment que le repas.


-C'est quand même dommage pour Rogue, finit-il par murmurer comme pour lui-même. Pour une fois qu'un Serpentard était directeur. Évidemment, il fallait que les Gryffondor récupèrent la direction...

Curieusement, l'adolescent agité aimait bien Rogue, son sévère directeur de maison ; l'intransigeance de l'enseignant avait quelque chose de rassurant comparé au laxisme parental, et depuis son entrée à Poudlard, Samuel s'était appliqué à ne pas déplaire à Rogue. Finalement, il ne détestait pas le fait d'être strictement cadré... Il était bien conscient, cependant, que la personnalité fascinante de son directeur était pour beaucoup dans ses efforts de comportement. Avec un autre directeur de maison, il savait qu'il ne se donnerait pas tant de mal pour se conformer aux règles, et il appréhendait un peu la découverte du nouveau patron des Verts. Son regard passa ensuite sur les tables des élèves, et il marmonna en désignant les autres maisons d'un coup de menton dédaigneux :

-On dira ce qu'on voudra, mais nos préfets à nous, ils ont quand même une autre gueule que ceux des autres maisons... Regardez-moi ça, fit-il avec un rictus, son regard insolent fixé sur la table des Serdaigle.
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Siobhan Greene
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Sam 6 Fév - 18:13:22

Je dois avouer que la réponse du Grand-Préfet-Lenny m'en boucha un sacré coin. Je pense qu'un désespoir des plus immenses se lisait aisément sur mon visage... Qu'allait-on faire de lui? Qu'allait-on faire d'un mec comme ça, qui réussissait à aligner de telles phrases sans s'étouffer de honte?! J'aurais été un peu altruiste, j'aurais été gênée pour lui, tiens... Il n'avait plus qu'à aller lui-même s'acheter un collier et une petite cloche et se les accrocher au cou et il aurait la panoplie complète du parfait petit chien-chien à son maître. Une telle dose de stupidité et un tel manque de clairvoyance me donnaient envie de vomir. Je le regardai un instant, sans ciller, sans aucune expression particulière. J'hésitai à me lever et à lui mettre une bonne claque en lui hurlant de se réveiller, que la vie ce n'était pas ça, qu'il fallait vivre libre et plutôt crever que de se mettre ouvertement au service des autres, qu'il fallait se respecter avant tout et envoyer paître tous les autres. Mais je me retins. Juste parce que je n'en avais pas la force... Et peut-être pas l'envie non plus. Après tout, Lenny Pinsker, je m'en fichais, il pouvait aller mourir en enfer que j'en dormirais bien la nuit. Donc bon. Cela serait gâcher beaucoup d'énergie pour rien, finalement.

Néanmoins je goûtais avec un plaisir sadique au ton de ses paroles... Je l'avais touché, d'une manière ou d'une autre, je le savais. Et j'aimais mettre les gens mal à l'aise, j'aimais les mettre face à leur points faibles; Dieu que j'aimais cela. Sans ce petit jeu, la vie n'aurait aucun piment. Aussi je fis durer mon regard fixe, celui que je savais un peu oppressant pour les gens, parce que le bleu de mes prunelles fixes avait alors l'air de transformer en deux lames d'un acier glacé qui vous transperçaient lentement, tout en vous apportant la désagréable sensation de mise à nu. C'était un pouvoir, je devais le reconnaître, des plus pratiques. Je maintins un petit sourire sur mes lèvres, sans piper mot, tout en pensant que le Préfet Parfait ne perdait rien pour attendre. Le "petite sotte" dont il m'avait qualifiée était faible et infondé, mais tout de même, on ne m'insultait pas, qu'importe les circonstances. Mais la discussion, soudain, ne m'amusait plus. Une lassitude m'avait gagné, autant physique que morale. Je serrai les poings, discrètement, sous la table, en essayant de me redonner une petite dose d'énergie. La vague de faiblesse commençait à m'engloutir complètement: j'avais beau lutter contre les battements désordonnés de mon coeur depuis tout à l'heure, contre les tremblements que je m'évertuai à réfréner, la maladie avait hélas toujours le dernier mot... Aussi insupportable que me soit cette idée, je ne pouvais la nier, je ne pouvais que maudire encore et toujours avec une rage sans borne cette emprise physique de mon corps qui l'empêchait ce dernier d'être à la hauteur de mon âme.

-C'est bon, Lenny...

Je tournai lentement la tête vers Samuel, pas surprise plus que ça. Ce mec était drôle et cool, mais j'avais noté plus d'une fois que malgré tout son frère était son idéal devant l'éternel et que, même si le petit frère titillait pas mal le grand, il arrivait toujours un moment où la hiérarchie reprenait le contrôle de la situation. Abandon à ma gauche donc, et en face, persistance crasse dans des pseudo-valeurs absolument stupides et dénuées d'intérêt. Le jeu n'était plus intéressant. J'émis un gros soupir: ça y'est, je m'ennuyais. Je ne m'amusais plus. Et je n'en ressentais que d'avantage le mal être qui m'habitait. D'ailleurs mon soupir m'avait fait si mal au poumon, comme si on me l'avait arraché. Il était peut-être temps que je parte... Malgré ma ferme intention de toujours, toujours tenter d'être la plus forte, j'étais souvent obligée de capituler. Je changeai légèrement de position afin de juger de la douleur que mes muscles subissaient. Pas terrible... Des petits points dansaient de nouveau devant mes yeux. Bon... Il fallait songer à se retirer en beauté.

-Belle tentative d'humour, les amis, mais vous devriez savoir que Lenny-chéri ne s'amuse que de ses propres jeux d'esprit.

Je tournai faiblement la tête vers la propriétaire de cette voix qui, très familière, était celle qui m'avait terriblement manqué pendant ces deux longs mois de vacances. Certes nous correspondions, mais j'avais toujours ce besoin presque vital d'être près de Lorelei. Étrangement, je me sentais plus forte lorsque j'étais à ses côtés: peut-être était-ce un pouvoir caché des vélanes? Si moi j'étais indifférente à son charme éclatant - techniquement - peut-être qu'elle émettait sur moi d'autres sortes d'ondes? Je n'en savais rien, mais j'étais sûre d'une chose: elle était mon antidote personnel, dont j'étais dépendante. Je la retrouvais donc, enfin! Presque rassurée - la voir sembla atténuer légèrement le malaise qui m'envahissait j'attendis qu'elle me regarde pour lui sourire, à elle seule, mais son regard fila sur moi à la vitesse de l'éclair.

Que se passait-il? Presque instantanément, je sentis que quelque chose clochait. Quelque chose que j'ignorais. J'avais beau réfléchir, je ne voyais pas. Aussitôt, une rage sourde grogna au plus profond de mon être. Je VOULAIS savoir. Braquant mon regard sur elle, j'attendis, froidement. Qu'elle me regarde ou j'allais régler les choses d'une manière un peu plus corsée. Un instant, mes yeux firent l'aller-retour entre elle et Big-Préfet-Is-Watching-You. Comment ça, c'était moi où elle éprouvait une quelconque attirance pour ce blond à la face polie?!


-C'est quand même dommage pour Rogue. Pour une fois qu'un Serpentard était directeur. Évidemment, il fallait que les Gryffondor récupèrent la direction...

-Et puis, l'été?
-On dira ce qu'on voudra, mais nos préfets à nous, ils ont quand même une autre gueule que ceux des autres maisons... Regardez-moi ça...

La conversation filait vite, bien trop vite pour moi. Je sentais mon souffle devenir court, je sentais mon cœur peiner, je sentais ma vue baisser: je le savais, je devais partir d'ici. J'avais cédé, j'abandonnais. Il me fallait des heures d'un sommeil abrutissant, quelques doses de différents potions, et j'aurais récupéré toute ma forme. Mais là, j'étais vaincue. J'opinai vaguement vers Samuel, je partageai son opinion à propose de Rogue mais je n'avais pas le temps ni l'énergie de m'étaler. La rage que provoquait en moi l'attitude de Lorelei faisait trembler mes mains si bien que je dus les serrer fort pour ne pas être vue. Je la regardai triturer une mèche de ses cheveux, elle ressemblait aux déesses représentées sur les gravures, magnifique à la perfection. Mais elle ne me regardait pas, cette garce; on aurait dit que j'étais sa camarade au même titre que Samuel ou Lenny. La relation qui nous liait était tout de même, depuis le temps, assez forte et particulière pour que je n'ai pas ce genre de traitement là.

- Il t'arrive quoi, là? lui dis-je quand personne ne parlait, mon regard acéré toujours braqué sur elle. Ma voix était froide, presque sans ton, mais la seule expression de mes yeux parlait d'elle-même. Bon, j'me casse. fis-je ensuite plus brusquement; merde, ils m'énervaient tous. Dès que j'aurais récupéré le contrôle de mon stupide corps, ils allaient voir de quel bois je me chauffe.

Seule des années de pratique de camouflage pouvaient expliquer que je me lève sans chanceler, avec grâce, le plus naturellement du monde. Je fis quelques pas pour sortir du petit cercle et, tout de même on ne se renie pas, je pris bien soin de bousculer ce cher Préfet Pinsker.

- Au plaisir, petit préfet... minaudai-je, Promis, je te ferai signe quand des petits Poufsouffle lanceront des Bombabouses dans les toilettes. Je suis sûre que tu te feras un plaisir de les récurer, pour le bien de notre communauté, bien évidemment.

Et je tournai les talons, la tête haute. J'avais envie de les étrangler un à un, tous autant qu'ils étaient. J'avais envie de leur faire bouffer leur tête pleine de vie alors que je devais rendre les armes pour un certain temps. Un élève de Serdaigle de mon âge me suivit des yeux et je lus de l'admiration dans son regard; lui adressant un regard dédaigneux, je m'efforçai de marcher le plus sereinement du monde avant de filer aux dortoirs et d'aller m'effondrer sur mon lit.

[ Lenny en vrai je t'aime hein x)
Et si Lorelei tu veux me parler tu peux j'ai pas encore quitté la salle ^^]
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Lenny Pinsker
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Lun 8 Fév - 0:58:37

Et le silence s’était fait, instantané. La quatrième année pouvait lui retourner la peine de son regard si l’exercice lui plaisait, Lenny ne voyait pas pourquoi, en cet instant, il serait dévalorisé aux yeux des autres. Son visage gardait une noblesse étrange, l’immobilité tranquille d’un orateur qui avait obtenu son petit effet. La tirade était bien menée, il le savait. Samuel ployait, il saisissait la menace silencieuse. Un mot de plus serait une déclaration de guerre ouverte. Les frères s’envoyaient des piques entre eux, personne ne devait utiliser ce prétexte pour humilier l’autre. Jamais. On ne les piégeait pas longtemps dans ce petit jeu, et ceux qui avaient cru facile de les retourner l’un contre l’autre en opposant leurs différences avaient vu le piège se refermer sur eux. La petite imbécile ne trouvait plus de soutien. Le rire n’était plus le bienvenu à cette table et une tension palpable liait leurs prunelles glacées. Peu intimidé par les promesses assassines de sa camarade Lenny ne quittait pas l’air impénétrable de ses heures assurées. Face à des écervelées, le sentiment était tout à fait légitime. Quel était son problème à présent ? Elle ne lui donnait pas l’impression d’une fille brisée dans cet orgueil de façade que son sexe affectionnait tant. Non, la parade était plus simple. Il lui suffisait de détourner la portée de ses propos, et considérer que sa tirade sourdait la bêtise. Si elle était capable de filer une joute verbale digne de ce nom, il était prêt à reconsidérer l’affaire. Ce serait ennuyeux pour lui, la honte le frôlait vite quand des répliques trop habiles le transperçaient, mais, l’appréhension s’éloignait. La gamine partageait la médiocrité de ses comparses. Il se fichait de son avis. Pourquoi l’exprimerait-elle de toute façon ? Samuel avait saisi le message. L’imaginait-elle assez altruiste pour sauver les pires éléments de sa maison des punitions disciplinaires ? Ce soir, il était pourtant entendu qu’il la laisserait se débrouiller seule.

Une voix féminine au timbre plus envoutant répondit à la place de l’ennuyeuse demoiselle. Lenny perdit un peu de sa belle contenance. La présence de Loreleï l’avait toujours dérangée. Elle dégageait un trop plein de féminité étouffant, qui, au lieu de l’éblouir, le plongeait dans un dégoût absolu. On disait ce malaise normal. Les attirances très fortes n’avaient rien d’agréable lorsqu’elles n’étaient pas assumées. Ces remarques touchaient juste, il l’avait découvert plus tard, dans un autre contexte. Elles étaient en revanche à des années lumières de ses sentiments quand la demi-vélane s’approchait de lui. Les autres garçons guettaient l’occasion de la frôler, il redoutait le contact, maintenant la distance, emmêlait ses discours ou devenait mauvais à force de lutter contre une énergie intolérable. Or, plus il s’éloignait, plus il l’attirait. Au cours de sa quatrième année, les rôles logiques s’étaient subtilement inversés. Il ne supportait ni ses gestes calculé, ni son parfum sucré, et elle lui jouait malgré tout ses petits numéros de charme, variait les techniques, pariait sur l’innocence pour mieux le surprendre. C’était, il fallait l’avouer, assez flatteur. Des jeunes hommes suivaient parfois leur manège d’un drôle d’œil, un peu jaloux peut-être, comme s’il profitait de la situation. Impossible, disait-on, de ne pas mentir en refusant d’admettre la beauté époustouflante de sa camarade. Il n’y avait rien de mal, c’était naturel, il pouvait assumer son goût, se laisser tenter si elle voulait jouer… Ces discours imbéciles l’avaient presque convaincu à l’époque, mais, seul face à Loreleï, il retrouvait vite ces esprits. Avec elle le rejet n’était pas seulement mental, il était épidermique. Si elle osait le toucher, il ne répondait plus de rien.

Le surnom ridicule dont elle l’affubla anéantit sa superbe. Soudain, le port altier s’affaissait sous un air égaré. Comment l’avait-elle appelé ? Il retrouvait ses quinze ans maladroits, oscillant entre la gêne et l’offense. L’été n’avait visiblement pas changé les velléités de la demie-vélane. Il n’était jamais bon de vanter la beauté d’une jeune fille. Les malheureuses réduisaient tout à leur seul pouvoir, celui de la séduction. Elles s’emportaient alors dans des guerres stériles, où les trophées n’étaient que des hommes à conquérir. Sans leur attention, elles n’étaient plus rien. Des générations de poètes avaient vanté leurs grâces. Mais que leur avait-on accordé de plus ? Oui, Loreleï avait trouvé en lui un sujet d’occupation. Elle se heurtait à une proie récalcitrante et se devait de la poursuivre. Mais il n’était pas question de l’aider à compléter sa collection, encore moins de satisfaire une curiosité maladive et déplacée. Une légère pression montait à sa poitrine, la naissance d’une piqûre d’angoisse. Il ne pourrait pas fuir sa collègue cette année… Cependant, la nouvelle préfète finirait par se lasser. Il était facile de tourner l’intérêt des demoiselles vers d’autres futilités. Il suffisait de les présenter sous un jour plus amusant. Vous pensez que ces généralités sont exagérées ? Alors qu’on se le dise, tout était en grande partie fondé. D’ailleurs, Lenny ne détestait pas Loreleï. Sa conversation arrivait parfois à le distraire, et c’était presque dommage.

Il la salua d’un regard indifférent, et inclina la tête lorsqu’elle prit place à côté de lui, bien évidemment. La conversation déviait à nouveau. Une question sur l’été à laquelle personne ne se donna la peine de répondre, puis les remarques de Samuel, lancée au hasard, à propos de la nouvelle directrice de Poudlard. Un Serpentard avait pris la tête de l’école entre deux Gryffondor. La nouvelle n’était, à priori, pas mauvaise. La politique du château s’attachait aux grandes et belles valeurs jusqu’au laxisme le plus atterrant. Les rouge et or restaient les élèves parfait, on fustigeait les Serpentard par tradition. Au fond, rien n’évoluait au château : les lions étaient les héros de la guerre, McGonagall les vénérait et on se souvenait des verts et argents lâches ou partisan dont le directeur honni de tous était un mangemort. Preuve qu’il était impossible de leur faire confiance.

- Il faut dire que Rogue avait un énorme défaut…,
murmura-t-il d’une voix presque cassante. Dire que McGonagall se retrouve directrice pour son fanatisme aveugle et sa dévotion sans faille. Je suis sûr que la question de ses compétences s’est à peine posée…

Il soupira. Dumbledore avait déjà cédé ses pouvoirs à l’ex directrice de Gryffondor. Cette histoire s’était arrangée d’une façon qui ne lui plaisait pas du tout. Ils n’auraient qu’un pâle ersatz du sorcier le plus important de son temps, une admiratrice qui s’était pendue à ses basques jusqu’à sa mort. A la table, on approuvait doucement. Les retrouvailles n’avaient rien de très réjouissant, et Siobhan faisait bien sentir qu’elle s’ennuyait. Samuel essayait quand à lui de se rattraper en critiquant les préfets de Serdaigle, deux autres parvenus qu’on avait voulu récompenser pour leurs actions inutiles contre le régime des Carrow. S’il suffisait de collectionner les heures de retenues pour mériter son titre… Une remarque pointait au bout de sa langue mais la quatrième année blasée trouva bon de se faire à nouveau remarquer. Une querelle de filles s’annonçait. Lenny la marqua d’une moue exaspérée. Ah, il aurait droit à tout ce soir. Ne pouvaient-elles pas s’entendre, apprendre la retenue et la constance ? Mais leurs amitiés n’étaient qu’un enchaînement de disputes, de réconciliations et de trahisons. Approximativement, on les voyait changer de meilleure amie tous les six mois… Heureusement l’importune préféra le départ à l’esclandre. En tant que préfet il était peut être de son devoir de la retenir, au moins pour la fin du discours, mais il n’avait aucune envie de lui courir après. D’autant plus qu’elle s’attacha à passer sa frustration sur lui avec une répartie qui ne faisait que confirmer ses pensées précédentes. Il haussa un sourcil indifférent. Ah, l’humiliation par les discours scatologiques, il était toujours triste de voir les gens sombrer dans ce type de sarcasme. Et pour lui montrer toute sa colère elle lui envoya un vague coup de coude en passant. Il la suivit du regard.

- Mais je t’en prie, tu peux commencer à guetter, en voilà une belle occupation pour ton année…
, dit-il sans hausser la voix. Peu importait qu’elle l’entendît ou non.
- J’hésite entre la pièce de théâtre de mauvais goût ou l’improvisation manquée…

Il s’arrêta un instant sur Loreleï, pour mesurer sa réaction. Il n’était en effet pas nécessaire de poursuivre la discussion si la jeune fille, suivant l’acte deux attendu, s’élançait à la suite de son amie. Las, il se raccrocha finalement à son frère en haussant vaguement les épaules.

- J’ai souvent cette impression à la rentrée que les deux mois de vacances n’ont jamais existé…


Un mince sourire étira ses lèvres. Aux autres tables, les élèves étaient, toujours aussi désolants. Mais était-ce bien mieux à Serpentard ? Le discours de la nouvelle directrice touchait à sa fin, l’heure était plus grave que les années précédentes, on comptait les morts, les blessés, les enfants orphelins et traumatisés, pendant qu’à la table des verts, les habitudes revenaient. En moins de trente minutes, ils avaient déjà trouvé le moyen de tous se disputer…

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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Mar 9 Fév - 22:05:30

Quand j’étais à Poudlard, la maison ne me manquait jamais. Ma grande chambre bien décorée me semblait terne à côté des recoins poussiéreux du château. Entre ma mère au sourire factice et mon père au sourire…absent, je ne trouvais personne d’intéressant avec qui parler. À l’école, les possibilités étaient tellement grandes. Je pouvais martyriser les premières années, quand je m’ennuyais vraiment. Me moquer de nos chers compagnons de Gryffondor avait aussi un charme fou. Toutefois, ce que je préférais, c’était trouver des gens qui avait de réelles qualités intellectuelles et me prouver que j’étais meilleure qu’eux. Avec ma famille, c’était devenu trop facile, ennuyeux. Chaque nouvelle personne représentait donc un défi, surtout s’il s’agissait d’une fille. Les garçons étaient trop faciles à mettre au tapis. Un sourire et c’en était fini : ils abdiquaient leur rôle de mâle dominant pour adopter celui du frêle compagnon au cœur si doux. Ils me rendaient malade.

Plus j’y pensais, plus j’en avais ma claque des mecs. Ils étaient tous pareils. Enfin, presque… La plupart ne savait réfléchir qu’à demi, concentrant son intelligence sur des sujets insipides comme les qualités d’un balai. Non, mais…On s’en fichait, non? Un balai était plus rapide qu’un autre, fin! Pas besoin d’en parler pendant une heure en poussant des sifflements d’admiration sur sa courbe ou la facilité de le conduire. Les garçons ne le voyaient pas ainsi, bien sûr. Chaque balai est spécial, a ses qualités et ses faiblesses, et bla bla… Se trouvaient-ils eux-mêmes ennuyants au bout d’un moment? Je n’avais jamais compris ce qu’il pouvait y avoir de si fascinant à une discussion sur des objets, surtout des objets desquels on avait déjà beaucoup parlé. Le pire, c’était que ce n’était même pas le comble des défauts masculins, mais bien un simple exemple. Les hommes étaient faibles, à mes yeux. Dans le cas contraire, ils auraient été capables de résister au charme féminin. Et, par là, je parle du charme féminin en général et pas seulement de mon pouvoir. En effet, les hommes devenaient encore plus pathétiques quand une jolie fille était dans les parages. Même des animaux avaient plus de classe. Ils se mettaient à siffle, à bomber le torse, à essayer de montrer qu’ils étaient meilleurs que les autres… Ils m’ennuyaient à un point inimaginable.

Mais il y avait Lenny. Ce mec avait quelque chose de spécial, en plus de son mystère. Quand il parlait, il arrivait que ce soit intéressant et, croyez-moi, c’était une chose très rare chez les garçons. Bien sûr, il était coincé, on ne pouvait le nier. Du moins, je le percevais clairement. Heureusement, cette manière qu’il avait d’étouffer sa personnalité ne l’empêchait pas de sortir des répliques d’un humour, parfois involontaire, que j’appréciais. Je savais que je m’amuserais avec Lenny cette année, qu’il le veuille ou non. J’étais d’ailleurs prête à parier qu’il n’avait pas particulièrement envie que je me mette sur son cas. C’était une raison de plus de redoubler mes efforts : j’avais toujours besoin de défis. J’espérais que Lenny en serait un de taille et qu’il ne céderait pas facilement, comme n’importe quel autre mec. Il avait bien résisté à mes avances, jusque là, mais peut-être était-ce seulement une façade.
Je songeai à me lever et à aller pousser McGonagall, histoire qu’elle se taise un peu. Avec un peu de chance, cette poussée l’aurait gravement blessée et elle aurait cessé de parler pendant un bon moment. Toutefois, en bonne préfète, je me contentais d’imaginer différentes manière de la torturer, bien assise à ma place.

Concentrée que j’étais à tout faire pour éviter de croiser le regard de Siobhan, je loupai des paroles du cadet Pinsker. Tant pis. Après tout, c’était un garçon : il devait parler de balais… Oui, j’étais injuste, mais ce n’était pas ma journée. Pour la première fois, j’aurais aimé repousser la rentrée de quelques…années. Malheureusement, celle-ci s’était dépêchée à arriver, juste pour me ramener cette culpabilité que j’avais enterrée bien profondément pendant quelques semaines. La seule vue de mon amie avait suffi à me rappeler ma traîtrise et à me tordre le cœur.


-On dira ce qu'on voudra, mais nos préfets à nous, ils ont quand même une autre gueule que ceux des autres maisons... Regardez-moi ça...

- Pas que les préfets… C’est le cas pour tous les élèves.


Je continuais à sourire, comme si je n’avais pas envie de courir me cacher plus loin. J’avais tellement peur que j’en avais froid. Entre deux répliques, j’avais laissé mon regard glisser jusqu’à mes mains pour m’apercevoir qu’elles étaient encore plus blanches qu’à l’habitude.

- Il t'arrive quoi, là?

Je sentais que la réplique m’était adressée. Je relevai péniblement mon regard vers Siobhan pour rencontrer deux perles presque noires de rage. J’en cessai de respirer, incapable de lui répondre.

- Bon, j'me casse.

J’avais le choix : la suivre ou rester lâchement à la table, comme si je n’avais pas deviné qu’elle m’en voulait. Étais-je à Gryffondor? Non. Je ne brillais donc pas par mon courage. Je choisis de rester à ma table, préférant méditer un mensonge expliquant ma conduite qu’affronter tout de suite mon amie. Je la laissai partir et je n’essayai pas de la retenir ni même de me montrer de son côté alors qu’elle s’en prenait à Lenny d’une manière assez amusante.

- J’ai souvent cette impression à la rentrée que les deux mois de vacances n’ont jamais existé…

Avec cette réplique, Lenny prouvait qu’il pouvait atteindre le fond du pathétisme. J’en étais assez déçue. Alors, pour lui, il ne fallait que se fier aux apparences? On ne pouvait rien avoir vécu, durant deux mois, qui ne transparaisse pas automatiquement dans notre comportement? J’avais envie de lui faire sauter la tête, mais je me contentai de serrer les poings et de prendre un air légèrement écoeuré.

-Mon très cher Lenny, je te pensais plus intelligent que ça… Te fier ainsi à de simples apparences, ça me déçoit. Certaines choses ne changent pas, mais ça ne veut pas dire que le reste est immuable.

Pour que ma réplique ait son effet, il aurait fallu que je me lève avec grâce et que je quitte ces adorables frères blonds. Toutefois, j’avais bien trop peur de croiser Siobhan à la sortie. Je restai donc à la table, un petit sourire sarcastique au coin des lèvres, tel un fusil chargé qui n’attendait que le bon moment pour achever ses victimes.

[HJ: Siobhan, comme tu as pu le lire, Lorelei est lâche. XD On se fait un RP à nous deux pour que tu l'engueules un peu...?]
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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Mar 16 Fév - 18:13:32

Indifférent au silence soudain qui venait de s'abattre sur son coin de table, Samuel poursuivait son observation des événements, grands et menus, de la salle. Le discours-fleuve du professeur McGonagall était enfin terminé – une longue salve d'applaudissements en informa les plus inattentifs – et l'on passa à la cérémonie de la Répartition. Les nabots de première année, massés en file, s'entre-regardaient avec une certaine appréhension ; la première à être appelée était une fille brune un peu boulotte, qui fut expédiée presque instantanément à Serdaigle. Une intello, donc... beurk. Deux Poufsouffle suivirent, puis le premier Serpentard de la soirée déclencha une ovation à la table des Verts... Samuel applaudit avec les autres, se remémorant sa propre Répartition. Il avait quasiment disparu sous le vieux Choixpeau magique moisi, qui s'était interrogé sur la maison qui lui convenait :

-Eh bien, où vais-je t'envoyer ?... Pas à Serdaigle, la chose est sûre. Voyons... Je pense que tu es tout à fait qualifié pour...

SERPENTARD !

Le mot résonna dans la Grande Salle en même temps que dans les souvenirs de Samuel, qui regarda la nouvelle recrue s'avancer d'un pas raide vers la table. Lui avait presque couru, pressé d'aller rejoindre son frère pour lui raconter tout un tas de trucs sans intérêt (« Je te jure, la prof en rose est venue au magasin de papa cet été ») et de manger...

Il devait se passer des choses pas claires à table, car Siobhan venait de se lever, l'air exaspérée, et s'était éloignée, non sans lancer une vanne à Lenny. Une histoire de toilettes à laquelle Samuel, absorbé dans sa contemplation de la Grande Salle, n'avait rien compris. Lenny la rabroua sans ménagements, Lorelei la suivit vaguement du regard tandis qu'elle partait, et le blondinet, complètement perdu dans ce coup de théâtre qu'il n'avait pas suivi, murmura :


-Il se passe quoi là ?

Il s'était tourné vers son aîné pour obtenir quelques éclaircissements, mais l'esprit du préfet devait suivre ses propres méandres : d'un air hautain, Lenny venait de lancer une de ces répliques de la mort dont il était spécialiste, et son cadet le regarda, mi-admiratif, mi-consterné. Il n'y avait que lui pour balancer ce genre de grandes phrases... Samuel ne savait jamais trop quoi répondre dans ces cas-là, et il se contenta d'un hochement de tête qui n'engageait à rien avant de reporter son attention sur Lorelei, l'autre préfète. Manque de bol, elle aussi donnait dans le grandiloquent, et le blondinet commençait vraiment à ne plus se sentir à sa place entre les deux préfets. Les conversations, surtout lorsqu'elles volaient trop haut, avaient tôt fait de l'énerver. Il promena un regard courroucé sur les deux idiots à insigne, et déclara à mi-voix :

-Si on ne me donne pas à bouffer vite fait, je réponds plus de rien...

Le sourire pseudo-malin de Lorelei lui tapait réellement sur les nerfs, et il préféra tâcher de s'intéresser à la cérémonie. Le choixpeau magique hésitait depuis vingt secondes sur un petit mioche, dans un silence de mort, sa déchirure se tordant dans tous les sens tandis qu'il parlait seul, et le blondinet marmonna, de très mauvaise humeur :

-Mais accouche putain...

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Lenny Pinsker
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Jeu 18 Fév - 1:39:14

L’élément perturbateur de la table les quittait et Lenny espérait, naïvement, que la cérémonie pourrait se dérouler en toute tranquillité, entre son frère et lui. Mais Lorelei ne bougeait pas. Une tension pesante nouait les deux jeunes filles. Tant qu’elle n’essayait pas de les impliquer dans ses problèmes, ce qui était, disons le, courant chez les bécasses de son espèce, sa présence ne dérangeait pas. D’un point de vue tout à fait professionnel, il était préférable de voir sa collègue à côté de lui durant le banquet. Les enseignants aimaient vérifier la bonne entente des préfets. Elle assurait, hélas, l’équilibre des maisons, et prévenait les malheureuses guerres de clans. Cette année, le pari ne serait pas facile à tenir. S’il s’entendait bien avec les garçons, il avait tendance à éviter les filles. Etait-ce sa faute si ces créatures l’ennuyaient ? Elles semblaient inutiles à son monde. Et tant pis s’il devait finir seul pour cette raison. La demie-vélane n’était d’ailleurs pas prête, malgré ses petits numéros de charmes, à le faire changer d’avis. Sa dernière réplique confirmait bien tristement ses pensées. Elle ne le décevait pas, elle était égale aux pimbêches de son sexe, obsédée par cette idée absurde de passer pour plus importante qu’elle ne l’était. Le ridicule du départ de Siobhan ne suffisait pas. Au lieu d’invoquer la sage ignorance, elle se jeta sur un propos qui ne lui était pas adressé afin de le tourner à son avantage, sur ce ton haïssable de belle princesse offensée. Elle était en colère. Il fallait évidemment que sa rage retombe sur lui. Cette comédie grotesque l’agaçait. Il soutint son regard d’un œil plus mauvais. L’avait-on invitée à participer ? La réponse, en toute logique, revenait à son frère. Et Samuel faisait figure d’exclu au milieu de ces basses querelles.

Au fond, les reproches de Lorelei étaient presque drôles. Parce qu’il se fichait de ses petites histoires, il manquait d’intelligence. Voyez-vous cela ! C’était d’une suffisance déplorable. Devait-il se soucier de leur scène ? Mais les Hommes répétaient le même schéma depuis des siècles. Peu importait l’origine de leur différents, il pouvait affirmer sans risques qu’elles n’étaient pas les premières à le vivre. D’où venait cette manie de se prendre pour des héros de romans ? Les gens étaient lassants. Sa critique n’était qu’un « tais toi, tu ne peux pas comprendre » élaboré. Sauf qu’il ne jugeait pas et n’avait aucune envie de connaître le fin mot du malaise. Qu’en ferait-il ? Heureux était celui qui se protégeait des mésaventures de son entourage. C’était le meilleur moyen de tenir à distance les futilités qui étouffaient l’esprit, d’où l’aridité intellectuelle des femmes. Il se fendit à son tour d’un petit sourire. Sa réponse, parfaitement détachée, ne se teintait même pas d’ironie. Les phrases vibraient d’une condescendance agacée.


- Précisément, ma pauvre Lorelei. On nous dit que la guerre a tout changé, mais regarde autour de toi… Il n’y a pas d’apparences, juste cette masse humaine qui d’année en année reproduira les mêmes choses. Loin de moi l’idée d’approfondir le sujet. Vos histoires ne me concernent pas… En conclusion, t’impliquer dans mes propos était idiot.

Il ponctua sa répartie d’un subtil haussement de sourcil, peu disposé à débattre une question qui n’en valait pas la peine. La discussion n’avait rien de légitime de toute façon. Et, entre temps, la répartition avait commencé. Trop occupé à tourner sa belle tirade, Lenny l’avait complètement négligée. Une salve d’applaudissement à sa table reporta son attention sur le véritable spectacle de la soirée. Le premier Serpentard avait rejoint les bancs et, chaque année, c’était un peu à quelle maison gagnerait le plus de recrues. Au début, il avait espéré grossir les effectifs de Serdaigle, là où se rassemblaient les érudits. Cette définition sonnait bien à son oreille. Mais le choixpeau en avait décidé autrement. Il ne le regrettait pas, puisqu’il avait retrouvé son frère sous le même blason l’année suivante. Son inquiétude avait été encore plus vive pour la répartition de Samuel. La perspective d’être séparé de lui était intolérable. Comment aurait-il pu le surveiller, prendre soin de lui, s’il avait été envoyé ailleurs ? C’était impensable ! Pourtant, il oubliait son cadet ce soir. Les chipies refusaient de le laisser tranquille et Samuel commençait à perdre patience. Et s’il se mêlait à la dispute, ce serait au tour de Lenny de ne plus répondre de rien. Son frère se fichait des discours pleins de verve. A force d’entendre ses semblables pérorer il avait tendance à préférer des solutions plus directes et, disons, plus physiques. Pour l’instant, il s’efforçait de les ignorer et s’énervait tout seul après le choixpeau. Ce affreux langage relâché revenait à la charge. Tout ça pour un gamin insignifiant qui se fit envoyer la seconde suivante à Gryffondor.


- ça valait le coup d’attendre…
, soupira-t-il en essayant de revenir vers son frère. Tu t’occupes de quelles maisons cette année ? C’est avec Poufsouffle que tu obtiens généralement les plus hauts scores si je ne m’abuse…

A chaque rentrée, ils avaient pris l’habitude de repérer les futures recrues des maisons qu’ils choisissaient. Celui qui devinait le mieux remportaient la partie. Le choixpeau tranchait pour eux, en leur signifiant parfois que, malgré leurs arguments, ils s’étaient tous deux trompés sur toute la ligne. Il aimait beaucoup ces moments. Mais il n’était pas dit que nonobstant sa volonté d’entamer enfin un joyeux banquet de fin d’année sa collègue, sans doute froissée, le lui permette. En fait, il était même prêt à l’inviter à se joindre à eux si tout pouvait s’apaiser de cette façon. Seulement, il gardait en mémoire son attaque stupide et craignait de lui donner une occasion de se refuser noblement. Pourquoi fallait-il que l’année de sa nomination débute si mal ? Son regard se tourna rapidement sur la jeune fille, mais il n’ajouta rien. Samuel bavardait bien avant son arrivée. Il lui semblait qu’il l’avait coupé du monde malgré lui. Ce n’était vraiment pas ce qu’il voulait.

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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Mar 23 Fév - 14:53:32

J'espérais que Siobhan ne me force pas à lui révéler ce qui avait motivé un tel comportement de ma part, mais je savais que mes espoirs étaient vains: mon amie ne me laisserait pas m'en sortir aussi facilement. Je devrais lui sortir un mensonge plus que convainquant pour qu'elle daigne ne pas me réduire en autant de morceaux qu'il y avait d'élèves à Poudlard. Il n'était, bien entendu, pas question de lui dire la vérité. Même pour moi, qui connaissais toute l'ampleur de mon manque de considération pour les autres, ce que j'avais fait m'apparaissais horrible. Pour la plupart des gens, coucher avec le copain de sa meilleure amie était simplement dégueulasse mais, pour moi, c'était encore pire. J'avais trahi mon amie alors qu'elle me faisait une confiance absolue et je n'arrivais même pas à regretter mon geste que je devinais motivé par quelque chose de trop flou pour l'identifier.

Je n'arrivais pas encore à m'expliquer pourquoi j'avais tout fait pour attirer Alek Turner dans mon lit, cet été-là. Il ne m'attirait pas vraiment, au fond, et je savais que je ne l'aimais pas du tout. Il n'avait été qu'un pion sur un jeu dont j'ignorais encore les règles de base. En réalité, lui aussi, je l'avais trahi. Je l'avais manipulé pour qu'il finisse dans mes bras, et ce, plusieurs nuits. Une seule double trahison ne m'avait pas suffi: il avait fallu que je recommence encore et encore, tirant de mes méfaits une satisfaction malsaine mais grisante. J'avais trahi mes deux seuls amis et j'avais tout gâché entre eux. Même si Alek n'avouait rien à Siobhan, leur relation ne serait plus jamais la même. Était-ce ce que j'avais recherché, au fond?


- Précisément, ma pauvre Lorelei. On nous dit que la guerre a tout changé, mais regarde autour de toi… Il n’y a pas d’apparences, juste cette masse humaine qui d’année en année reproduira les mêmes choses. Loin de moi l’idée d’approfondir le sujet. Vos histoires ne me concernent pas… En conclusion, t’impliquer dans mes propos était idiot.

Je sentis mon agressivité fondre d'elle-même. Lenny m'amusait vraiment. Croyait-il m'atteindre avec ses réflexions supposément intelligentes et matures? Encore une fois, il ne se fiait qu'aux apparences. Les gens avaient beau répéter les mêmes types d'actions, leurs sentiments et leur personnalité modifiaient la base même de celles-ci. Chaque personne avait la possiblité d'être différente des autres, de ressentir les choses à sa manière, de vivre comme personne n'avait vécu, de tisser des liens que les autres créaient différemment. Tout se répétait, mais avec une nouveauté fascinante. Les sociétés évoluaient, même si certaines bases restaient les mêmes. J'aurais crû que Lenny comprenait ce genre de choses, lui qui semblait si concerné par tout ce qui passionnait les gens cultivés. À quoi servait de lire un auteur révolutionnaire, si on le voyait ainsi? Il devait être comme tous les autres avant lui et tous les autres après lui, non? Pauvre Lenny...

-Alors, de ton point de vue, plus ça change, plus c'est pareil? Belle manière de voir la vie... Alors, toutes les découvertes, toutes les grandes oeuvres d'art n'ont servi à rien et n'ont aucune valeur. Elles ne sont que le reflet de ce qui a été fait avant, non? Et toi aussi, tu es pareil aux autres petits cyniques avant toi. Comme eux, tu répéteras les mêmes insignifiances. Alors, à quoi ça te sert encore de vivre, si tu sais que tout ce qui va arriver n'a aucune chance d'être spécial, unique?

Mon grand mystère était-il aussi vide qu'il venait de me le sembler? On était seulement le premier jour et il commençait déjà à m'ennuyer. Toutefois, je ne lâcherais pas le morceau. J'avais décidé de connaître ce garçon et j'y arriverais, même si je devais endurer ses pénibles répliques démoralisantes. Je pourrais peut-être même lui apprendre à sourire, qui sait?

-Si on ne me donne pas à bouffer vite fait, je réponds plus de rien...

-On pourrait faire cuire les nouveaux...


Je jetai un regard volontairement hautain et menaçant à un petit Serdaigle qui passait près de moi pour se rendre à sa table. Étrangement, il se mit à avancer plus vite à mes paroles...
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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Lun 1 Mar - 20:39:53

Lentement, beaucoup trop lentement au goût de Samuel, la file des petits nouveaux décroissait ; chaque décision du Choixpeau en faveur d'un nouveau Serpentard était saluée d'une salve d'applaudissements à la table des Verts, mais le blondinet n'était même plus d'humeur à se joindre à ces manifestations. Son estomac criait famine – c'était toujours plus ou moins le cas – et la discussion entre les deux préfets l'exaspérait. Enfin, c'était surtout Lorelei qui l'énervait. Lenny, lui, faisait un minimum attention à son cadet, tâchait de maintenir le contact avec lui. Il savait qu'une fois rebuté, Samuel mettait du temps à revenir à de meilleures dispositions ; il le connaissait assez pour décrypter les signes physiques qui indiquaient qu'il commençait à perdre pied. Le gamin s'était affalé sur la table, la mine farouche, presque hostile, et il promenait un regard noir sur ce qui l'entourait. Il arborait la même expression lorsqu'il se disposait à cogner sur quelqu'un, ou à faire une sottise ; puisqu'on tenait une conversation qui ne le concernait pas – et, pis, qui l'excluait – toute son humeur s'en ressentait. Il leva à peine les yeux vers son frère lorsque celui-ci lui suggéra de jouer au petit jeu des pronostics qui les occupait chaque année, et poussa, pour toute réponse, un soupir dégoûté. Que Lenny continue sa joute verbale préfectorale, il ne lui demandait pas de s'occuper de lui... Lorelei s'attira un regard franchement haineux lorsqu'elle proposa de faire cuire les nouveaux ; tout chez elle lui semblait à présent détestable, principalement – même s'il ne se l'avouait pas – parce qu'elle tenait tête à Lenny, crime impardonnable aux yeux de Samuel. Même si son aîné l'agaçait prodigieusement à cet instant, il n'aimait pas que quelqu'un se croie autorisé à vouloir avoir le dernier mot avec lui. Il espérait que son frère clouerait le bec à cette mijaurée, mais la chose tardait à se faire ; la patience du gamin était limitée, et la faim ne l'aidait pas.

Enfin, on arrivait à la fin de la liste des nouveaux. L'ultime nabot fut expédié à Serpentard, et les applaudissements en son honneur saluèrent également l'arrivée fort attendue des plats sur la table. Samuel ne perdit guère de temps à battre des mains ; dès l'instant où le festin apparut, il attrapa le plat le plus proche, et se servit une demi-douzaine de tranches de rosbif bien saignant. Sans attendre, il enfourna une tranche entière, et se mit à mastiquer avec enthousiasme, peu soucieux de l'image qu'il renvoyait. Tandis que Lenny se servait avec une lenteur bien plus classieuse, le cadet se mit en devoir de réaliser l'ânerie qu'il avait imaginée pendant la Répartition. L'air de rien, il se servit une large portion de pommes de terres sautées, puis se saisit d'une saucière placée entre Lenny et Lorelei ; il arrosa posément sa viande avant de remettre la saucière en place – et de la bousculer, volontairement, de façon à asperger la préfète avec le contenu bien chaud.


-Désolé, j'ai pas fait exprès, affirma-t-il en regardant à peine sa victime, sur un ton qui démentait clairement ses excuses.

Et sans autre politesse, il se mit à manger avidement, indifférent au désastre qu'il venait de provoquer pour se venger d'une fille qui ne lui avait rien fait, indifférent, même, au regard désespéré que venait de lui lancer son frère.

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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Mar 9 Mar - 1:58:59

Il proposait le jeu mais la tête n’y était pas. Les amusements devaient aller de soi, or, il les forçaient pour s’accrocher à son frère, échapper au débat ennuyeux dans lequel Lorelei essayait de le lancer. Il refusait de s’apitoyer sur son sort et cet entêtement la perturbait terriblement. Elle le fixait à nouveau, prête à répliquer, il le sentait. Son message manquait donc de clarté. Un ton sans réplique et des phrases fermées ne suffisaient pas. Ce serait lui accorder le dernier mot, valider la supériorité de son esprit et de son verbe. Oh, il ne s’imaginait pas plus intelligent qu’un autre ou, du moins, on trouverait aisément une âme plus haute que la sienne, encore très incomplète, mais cet échange, provoqué par une petite crise d’égocentrisme s’annonçait riche en platitudes et lieux communs. Les aventures de ses camarades ne l’intéressaient pas. Elles le révulsaient ou l’atterraient, participaient à la misère humaine. Cette jeune fille souffrait ? Et alors ? Avait-il envie de dire. Ils subissaient tous leur lot de malheurs, certains les dissimulaient mieux que d’autres, parfois, la douleur devenait création, couleurs, musiques et mots. Mais souvent, les épreuves restaient au stade le plus grossier. Elles commençaient par des larmes, se terminaient par la colère, la frustration, la haine, les lamentations. La vie se parsemait d’horreurs. Ceux qui ne les attiraient pas les formaient, c’était un cycle sans fin. Lenny évitait ce saccage effrayant pourtant. Bien à l’abri dans sa famille, il n’avait jamais pris aucuns risques, et finissait par mépriser de façon systématique les pauvres victimes du jour. Puisse-t-on lui épargner la compagnie des pleureuses ! Ces derniers mois, fuir était devenu plus difficile. Beaucoup de sorciers avaient pris le deuil, il en saisissait bien la gravité. La guerre avait arraché des mères, des pères et des enfants. Un sang abominable avait coulé jusque sur les dalles du château, à cause d’un homme abandonné à l’âge tendre. Et qui Miss Summers avait-elle perdu malgré ses airs de tragédienne ? Le moment était mal choisi pour scandaliser.

Hélas, Samuel accueillit sa tentative d’approche par un soupire agacé. Il était vexé et devinait qu’il se forçait. Sans lui, la joute avec Lorelei aurait pris une plus grande ampleur. Il ne se serait peut-être pas appliqué à la couper dans son élan avec tant de soin. Une conversation, aussi agaçante fût-elle, ne se refusait pas en société. Lenny n’aimait pas s’emmurer dans le silence lorsque la situation exigeait une interaction avec la foule environnante. Le monde l’intimidait peu, il le supportait très bien, se débrouillait toujours pour avoir un avis sur tout, au désespoir de son frère qui se livrait à peine en petit comité. Si la jeune fille l’avait dirigé vers un sujet plus passionnant, où Histoire, littérature et art s’entrecroisaient, le préfet savait qu’il aurait négligé son cadet, enflammé par des connaissances intriquées qui ne demandaient qu’à s’exprimer. Il s’en voulait ensuite, et regrettait un peu, même s’il se gardait de le dire, de ne rien transmettre à Samuel. Dans le Monde, ils se retrouvaient systématiquement en décalage. Il parlait, son frère se taisait, et les gens, hostiles ou non, n’avaient d’yeux que pour lui. On oubliait le cadet, élément secondaire, cloisonné dans sa sauvagerie primaire. Pendant qu’il s’appliquait à rabrouer Lorelei, il le diminuait, et, contrarié, son cadet adoptait une position d’abandon. Affalé sur la table comme un garçon mal élevé, il ne lui serait d’aucun secours. Ne pouvait-il pas faire un effort ? Lenny se débattait pour revenir à lui malgré l’insistance des deux garces et il ne l’aidait pas à les ignorer en retour. Que faire alors, si ce n’était répondre à leurs réparties idiotes ?

Le groupe de premières années avait diminué de moitié, et Lorelei, peu touchée par son interruption significative revenait à la charge avec un discours consternant. Ses lèvres s’entrouvrirent sous le coup de la sottise. Etait-elle à ce point stupide ou faisait-elle semblaient de ne pas comprendre pour tourner une conversation qu’elle refusait de clore à son avantage ? Sa réponse emportée était tout à fait à côté de la plaque. Il la laissa s’enfoncer toute seule, navré de la voir dépenser de l’énergie pour un débat qui n’était déjà plus le leur. Oser comparer des existences humaines, reproduites à l’infinie, coincées dans un segment de poussière, à des œuvres d’art… Il venait d’entendre la plus belle absurdité de la soirée, l’illustration splendide et désolante de la vanité humaine. Sa dernière question pourtant trouva une résonnance brutale au fond de lui. A quoi bon vivre ? Il se le demandait souvent. Les hommes pouvaient produire des choses merveilleuses, il aimait s’en imprégner, les assimiler. Mais lui, que laisserait-il ? S’il vivait, c’était pour découvrir l’univers étrange qui l’avait vu naître, faire son apprentissage de la vie oui, comme des centaines de milliers d’âmes avant lui. Il n’attendait pas de surprise, rien de particulier, sa propre évolution le fascinait. A quinze ans, tout n’était qu’en gestation. Sa perception du monde changeait d’un mois à l’autre. Il suffisait de reprendre quelques textes plus anciens pour mesurer l’évolution de sa pensée, de son style. Il fallait bien que cette élévation constante le mène quelque part, dusse-t-il se poser en simple observateur, il voulait grandir, avec ou sans les autres, et, à force, qui sait, peut-être produirait-il quelque chose que le temps retiendra. Et qu’en saurait-il alors ? Combien de génies étaient morts insignifiants ! Il n’espérait rien de fabuleux. Etait-il possible de s’interroger sur autre chose que l’absurdité lorsque des réflexions de sens vous assaillaient ? La distance de son visage n’avait plus rien d’hautain. Il redevenait impassible, mais son regard s’était étrangement voilé.

- Ce n’est pas ce qui nous arrive qui est spécial, c’est ce qu’on en fait
, dit-il d’une voix éteinte, soudain plus sèche.

Non, il n’avait aucune envie de s’appesantir sur ce thème et son frère ne lui en aurait de toute façon pas laissé l’occasion. Les plats se remplissaient. Il profita de cette diversion pour se servir un repas aux quantités raisonnables, presque millimétrées, en s’interdisant de poser un regard sur Samuel qui semblait sortir droit d’une porcherie. Si ses parents le voyaient ! C’était incroyable, ils leur avaient pourtant appris à bien se tenir à table ! Hélas, ces manquements à l’éthique n’étaient rien à côté du geste malheureux que l’infernal garnement eu quelques minutes plus tard. La saucière se renversa avec fracas, droit sur sa collègue dont le chemisier blanc fut aussitôt rebaptisé. Pourquoi fallait-il que cette rentrée mal débutée tourne au désastre ? Le désespoir le plus total se figea sur son visage livide. Il n’avait même pas la force d’assener un regard furieux à son frère. Mais enfin, comment osait-il le discréditer le soir de son triomphe ? Il était préfet, ses nouvelles responsabilités l’angoissaient d’avance et voilà qu’on anéantissait toutes chances de sympathiser avec Lorelei. Les filles pardonnaient rarement ce genre d’affront. Les attentats à leur image étaient des crimes odieux. Oh, s’il l’avait pu il aurait couvert cet imbécile de remontrances. Seulement, la mise au point se ferait plus tard, à deux. Malgré son embarras, il n’avait d’autre choix que celui de jouer le jeu, avec un don certain pour la mauvaise fois.


- Mais enfin Samuel !
s’exclama-t-il avec une expression horrifiée qui n’avait pas besoin d’être feinte. Avais-tu besoin de te précipiter à ce point sur les plats… - Il se tourna vers Lorelei, les lèvres pincées. – Je suis vraiment désolé pour cet incident, si tu as besoin d’aide…

L’avantage de la magie dans ce genre de situation était qu’un recurvite mettait facilement tout le monde d’accord. Il gardait sa baguette entre ses doigts mais ne faisait aucun geste pour réparer les dégâts. S’il maudissait son frère, une partie mauvaise en lui trouvait la scène très réjouissante. Et il n’avait aucune envie de lui envoyer un sort de nettoyage pour se faire rejeter la seconde suivante. Les filles avaient la fâcheuse tendance de partir plus violemment en colère lorsqu’on les tirait d’une situation délicate, l’un des seuls moments où, tout à coup, un caprice de leur personnalité instable leur soufflait que le moment de s’affirmer était arrivé…

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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Mar 16 Mar - 20:05:11

Samuel ne m'amusait pas. Même Lenny était plus drôle; c'était grave... Ce cher Sammy semblait s'ennuyer et, de ce fait, il m'ennuyait moi-même prodigieusement. C'était la rentrée, après tout. Et il était avec la plus belle fille de l'école. (Je sais, je suis humble.) Il aurait pu faire un effort, essayer d'attirer mon attention, n'importe quoi... J'avais beau être mal à l'aise quand ma beauté faisait de moi le point de mire, je me sentais toujours assez mal quand on m'ignorait. Toutefois, l'évident snobisme de Lenny passait bien. C'était dans sa nature de ne pas aimer les autres; je l'avais deviné. Je trouvais même que ça le rendait attachant. J'avais envie de chercher en lui ce qui le motivait à repousser autant les autres, à s'isoler derrière un mur d'indifférence probablement feinte.

J'étais certaine que Lenny ne se moquait pas tant que ça du monde entier. Dans un tel cas, il n'aurait jamais pris la peine de débattre avec moi: il aurait parlé avec son frère ou il m'aurait simplement ignorée. Le fait qu'il m'adresse la parole signifiait donc que j'avais un intérêt, si minime fusse-t-il. Même si mon cher collègue préfet semblait peut enchanté de ma présence, celle-ci ne faisait pas naître en lui que de l'indifférence: il me détestait ou, du moins, il aurait donné beaucoup pour que je disparaisse. J'étais comblée: détestez-moi ou adorez-moi mais, par pitié, lorsque je fais l'effort de disposer mon magnifique corps non loin du vôtre, témoignez-moi une émotion! J'aurais dit n'importe quoi à Lenny, juste pour le plaisir de deviner l'indignation au fond de son regard.

Quand je vis son regard se voiler, je réprimai péniblement le demi-sourire à la fois sarcastique et satisfait qui luttait pour s'afficher sur mon visage. Je l'avais atteint. Je ne savais pas comment, mais mes paroles avaient fait écho quelque part dans l'esprit du garçon devant moi. Je ne me rappelais déjà plus de ce que j'avais dit exactement, mais je devrais méditer sur les derniers sujets que j'avais abordés pour relancer Lenny, un jour qu'il ne s'y attendrait pas, et le coincer une fois de plus. L'année promettait d'être savoureuse.


- Ce n’est pas ce qui nous arrive qui est spécial, c’est ce qu’on en fait.

Lennychou était fâché? Sa voix avait changé et, visiblement, je n'avais pas tort de croire que je l'avais touché là où il n'en avait pas envie. Pauvre de lui! Il trouverait l'année bien longue s'il n'aimait pas sortir de son petit confort, car c'était précisément ce que je voulais: le jeter hors de son attitude coincée et sécuritaire. Je décidai néanmoins de lâcher prise temporairement et de laisser le pauvre garçon tranquille. Je ne pouvais tout de même pas l'achever dès le premier jour.

La nourriture arriva et, ravie, je me servis une double part, sous le regard effaré d'un petit groupe de filles de ma maison. Beaucoup de filles me détestaient quand elles me voyaient manger, car je m'empiffrais parfois assez considérablement sans prendre un gramme. Le seul poids que je prenais, c'était celui dû à la croissance de mon corps qui ne se lassait pas d'être parfait. La belle vie, quoi.

Soudain, j'eus très chaud. Plus précisément, ma poitrine se mit à me brûler. Ce cher Sammy avait malencontreusement échappé de la sauce sur mon chemisier neuf dont la blancheur était désormais révolue.


-Désolé, j'ai pas fait exprès.

Si j'avais douté un seul instant, le ton de Samuel m'aurait confirmé qu'il ne s'agissait aucunement d'un accident. Ainsi, le petit Pinsker avait décidé de m'asperger de sauce brûlante après avoir été vide de mots ou d'actions pendant un si long moment? C'était vil, bas, honteux...génial! Si j'avais presque méprisé ce garçon parce qu'il semblait se complaire lamentablement dans l'ennui, voilà qu'il m'impressionnait. Non seulement il s'en prenait à une préfete dès le jour de la rentrée mais, en plus, il osait laisser clairement comprendre qu'il l'avait fait exprès. Bon, d'accord, la sensation de sauce brûlante qui dégoulinait jusque dans mon soutien-gorge n'était pas des plus agréables, mais je ne pouvais m'empêcher d'admirer l'audace de Samuel.

- Mais enfin Samuel ! Avais-tu besoin de te précipiter à ce point sur les plats…

Et voilà que Lenny s'emportait, tel une grande dame à laquelle on n'aurait pas rendu son mouchoir...

– Je suis vraiment désolé pour cet incident, si tu as besoin d’aide…

Deux choix s'offraient à moi. D'un côté, je pouvais couler ce cher Sammy. Je pouvais faire une crise, justifiée, exiger réparation et aller tout raconter aux professeurs. Ainsi, le blondinet tomberait directement sous une surveillance accrue de nos merveilleux profs... Je pouvais aussi, au contraire, éviter au garçon les ennuis. Je n'avais qu'à faire comme si je croyais vraiment à la thèse de l'accident et Samuel n'aurait à subir que le courroux de Lenny. Ce dernier semblait, d'ailleurs, encore plus atteint que moi alors qu'aucun mets ne se trouvait sur ses vêtements.

-Non merci, Lenny d'amour, tu en profiterais pour toucher ma poitrine.

Méchante Lorelei. Méchante.

-Et Sammy, les accidents arrivent à tout le monde...

Avec un grand sourire pour le premier et un clin d'oeil pour le second, je me levai alors que tous les yeux étaient rivés sur une partie de mon corps en particulier...celle où était tombée la sauce...

-Je commençais justement à être fatiguée... Je vais aller me nettoyer et me reposer. Bonne soirée mes blonds chéris! Soyez sages...

Après cette scène des plus cocasses, Samuel méritait bien une récompense. Je partais et je le laissais avec son frère adoré. J'étais un ange, au fond. Oui, un ange cornu, avec un chemisier tâché, un sourire démoniaque et une attitude provocatrice, mais un ange quand même! Un nouveau type d'ange, peut-être...

[HJ: Terminé pour moi!]
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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: 1er septembre au soir (Libre)   Ven 26 Mar - 21:44:48

Arroser une jeune fille de sauce chaude, c'était mesquin, tout de même ; mesquin, vil, dégueulasse, rayez la mention inutile... Mais Samuel ne regretta pas un seul instant son geste inconsidéré. D'abord, parce que Lorelei l'avait vraiment énervé. Il n'aurait su dire pourquoi, mais la présence de cette demoiselle lui semblait soudain insupportable. Et le cadet Pinsker, dans ces cas-là, ne faisait pas dans la nuance ; aux grands maux, les grands remèdes... Ensuite, la sauce avait eu pour effet immédiat de plaquer le chemisier sur les formes de la préfète, offrant, l'espace d'un instant, une idée assez nette de la taille de bonnets qu'elle devait acheter. Et puis... et puis il y avait la tête de Lenny. Le préfet arborait une mine catastrophée qui aurait fait sensation à la cour de George II (1727 – 1760) mais qui, à Poudlard, en 1998, sonnait atrocement faux. Samuel aurait bien fait une remarque à son aîné sur ses façons un peu affectées, mais il préféra se taire ; il connaissait assez Lenny pour savoir qu'il allait lui passer un savon carabiné, et il jugea qu'il n'était pas nécessaire d'en rajouter.

Le garnement ne se donna pas la peine de bouger tandis que son frère offrait son aide à la préfète outragée ; posément, il continua à manger, tout à fait conscient de sa grossièreté. Encore une chose que Lenny lui reprocherait. D'ailleurs, était-il bien nécessaire d'avoir une discussion avec son aîné ? Il savait déjà tout ce que le prince héritier allait lui dire. Qu'on ne balance pas de la sauce sur les gens. Que quand on s'excuse, on essaie d'avoir un minimum l'air d'y croire. Que pour s'excuser, en prime, il y a des formules qu'un gentleman se doit d'utiliser. Que quand on a causé un tsunami saucier, la moindre des choses est d'arrêter de bâfrer pour proposer son aide... Il entendait déjà le couplet sur les responsabiltés de préfet de son frère, sur la nécessité de bien s'entendre avec sa collègue, et il pouvait déjà réciter par coeur le passage sur « tu dois tout faire pour ne pas nuire à Lenny ». Les parents l'avaient assez bassiné avec ça... Avec un soupir, le gamin posa ses couverts, se décidant enfin à se comporter correctement. Puisqu'il le fallait, puisque le prestige préfectoral de son frère l'exigeait... il allait prouver qu'il avait bel et bien reçu une éducation, et pas des plus pourries. Même s'il n'avait pas la distinction aristocratique de son frère, il pouvait aussi, avec un peu de volonté, ne pas trop déparer à ses côtés.

La bonne résolution était arrivée un peu tard, malheureusement. Lorelei s'était levée, saluait les deux frangins d'une voix enjouée, avant de filer... Samuel la suivit du regard sur quelques mètres, un peu surpris par la façon cordiale dont elle s'était adressée à lui ; une fille normalement constituée aurait dû se mettre en rogne, tempêter, user de son pouvoir pour mettre l'impudent en retenue, pas sourire gentiment...

Un qui ne souriait pas, c'était Lenny. Le regard glacial qu'il posait sur son petit frère bien-aimé disait clairement qu'il l'aurait étranglé s'il n'y avait pas eu tant de témoins, et Samuel estima qu'il était temps de battre en retraite.


-En fait, j'ai sommeil, annonça-t-il d'un ton dégagé. Je vais me coucher... bonne nuit.

Sale petit menteur... Il n'avait pas envie de dormir, mais pour éviter de se faire souffler dans les bronches par Lenny, il était prêt à renoncer au dessert. C'est dire si le grand le terrorisait. Cela ne ferait que retarder le soufflon, hélas ; Lenny ne lâchait pas sa proie. Pour cela, il était le digne fils de sa mère... En vitesse, Samuel se leva, et se disposa à partir, mais son cher frère avait attrapé un pan de sa robe. Comprenant le message, le cadet se rassit docilement, les yeux baissés, prêt à subir le sermon que Lenny brûlait visiblement de lui administrer.

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