Oxumorôs

Après la guerre, la paix nouvelle reste précaire et menacée...
 
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 J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)

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Samuel Pinsker
Serpentard, 4 ème Année
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MessageSujet: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Ven 3 Déc - 18:09:29

La bibliothécaire avait eu une drôle d'expression en voyant Samuel pénétrer dans son antre, jeter son sac sur une table et aller chercher un livre en rayon. La présence du cadet Pinsker en ces lieux était en soi un événement hautement insolite, mais pas inédit ; il lui était régulièrement arrivé de s'installer à la bibliothèque, les jours de pluie, mais ses activités bruyantes du type bataille explosive conduisaient généralement à son expulsion rapide. D'où l'extrême méfiance avec laquelle Madame Pince avait considéré l'arrivée du blondinet, en ce mardi après-midi. Ce gamin-là n'avait pas la moindre idée de la conduite à tenir dans un lieu de travail, et la bibliothécaire appréhendait un peu ses rares apparitions...
Mais ce jour-là, son attitude était proprement stupéfiante. Il était entré en silence, avait déposé calmement ses affaires, et s'était dirigé, sans bruit, vers le rayon des Soins aux créatures magiques. Quelqu'un qui ne l'aurait pas connu aurait pu penser avoir affaire à un élève sérieux. Mais Madame Pince connaissait par coeur le gaillard, et elle décida de le garder à l'oeil malgré ses airs studieux.
Le blondinet avait sélectionné sur les rayons une imposante Encyclopédie des créatures magiques, et un livre sur les dragons, tous deux abondamment illustrés ; il les déposa sur sa table avec un soin inhabituel, et tira de son sac un cahier et une trousse, avant de se mettre à travailler avec application. La bibliothécaire réfréna quelques instants sa curiosité, puis, n'y tenant plus et suspectant une entourloupe, elle s'approcha vivement du Serpentard pour lui demander sans amabilité ce qu'il faisait. Samuel se redressa vivement, avec son habituel air de gamin pris en faute, et ne trouva rien à répondre ; il semblait s'attendre à une algarade, mais Madame Pince examina son travail d'un oeil critique sans rien trouver de répréhensible à lui reprocher. Elle s'éloigna après l'avoir averti sur un ton aigre qu'elle gardait un oeil sur lui, et le garçon, un peu déconcerté, put reprendre l'important travail sur lequel il se concentrait... car il se concentrait pour de bon – pas sur un vrai travail, mais sur du dessin.
Un livre ouvert près de lui, il s'exerçait à copier des illustrations. Il avait choisi un dragon, un Boutefeu chinois, et le dessinait avec soin dans un cahier de croquis. Depuis quelque temps, le dessin était devenu son passe-temps favori ; il avait toujours aimé dessiner, mais il le faisait désormais avec une application presque obsessionnelle. C'était Lenny qui avait causé ce changement, sans vraiment le savoir, en suggérant à son frère d'utiliser ses compétences en dessin et en soins aux créatures magiques pour en faire son métier. Samuel avait d'abord traité la proposition par le mépris, mais, peu à peu, il s'était dit qu'elle n'était pas si absurde ; et, depuis, il consacrait une bonne partie de son temps à gribouiller; le plus possible d'après nature, et en copiant des illustrations de livres lorsque le temps lui interdisait de sortir.
Le Boutefeu chinois lui donnait du fil à retordre. Penché sur sa feuille, il aligna plusieurs croquis de la tête de la créature, vues sous divers angles ; il essaya même de changer de crayon – sa trousse en contenait un nombre respectable, de grains différents – mais cela ne suffisait pas. Il manquait quelque chose à ce dragon, et Samuel ne pouvait dire quoi exactement. Un peu contrarié, il repoussa la feuille, en prit une nouvelle, et, ouvrant l'encyclopédie au hasard, s'attaqua à un Niffleur. Les mammifères étaient beaucoup moins difficiles à dessiner que les dragons, inexplicablement.


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Liliana Vanloock
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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Dim 5 Déc - 18:20:41

La pluie s’écrasait sur la vitre à côté de laquelle était assise Liliana, avec un bruit étouffé mais régulier. Cela faisait déjà deux heures qu’elle était penchée sur un livre de potions annoté d’une écriture souple et fine dans les marges. Dans un coin de sa table était abandonné un parchemin froissé et corné rempli de son écriture bien qu’habituellement élégante, quasiment illisible. Il y avait des tâches, des ratures et on sentait qu’il s’agissait là d’un travail qui avait exaspéré Liliana. C'était un article pour la gazette que la rédactrice en chef n’avait eu aucune envie de faire, mais dont elle avait du se charger malgré tout.
Depuis que Lenny jouait à « Monsieur Je Boude », il était beaucoup moins disposé à la soutenir dans la lourde de charge de travail qu’ils auraient du normalement se répartir. Elle avait bien pensé le menacer de le remplacer par une personne plus enthousiaste, mais elle savait pertinemment que si elle usait de menace sur Pinsker, il partirait la tête haute et elle aurait tout le mal du monde à trouver un coéquipier aussi talentueux – admettons-le – que Lenny. Non, elle devrait jouer sur un autre plan pour réussir à l’amadouer et ce ne serait pas tâche facile. Alors, plutôt que de se soucier de ces problèmes et de peiner à rédiger un article correct sans se défaire de ces idées qui la déconcentrait, elle avait préféré se réfugier dans un de ses nombreux manuels de potions. Elle griffonnait des formules latines et des recettes, les pensait, les adaptait, les entourait et ajoutait quelques fois d’énormes points d’interrogation, signifiant qu’elle devrait tester la nouvelle fabrication qu’elle avait imaginé afin d’être certaine de ses effets.

Enfin, elle se redressa et s’appuya sur le dossier de sa chaise en soupirant. C’était un travail bien que passionnant, fastidieux. Elle ne était à refaire la liste des ingrédients de potion dont elle venait à manquer, notamment à cause de la potion d’amnésie qu’elle avait dû concocter contre Darla, quand la fatigue s’imposa à elle.
Ses yeux lui brûlait et la lumière de la bibliothèque semblait étrange, opaque, après avoir passé deux longues heures sur des pages couleur de vélin. Cela ne l’empêcha pourtant pas de remarquer le frère de Lenny quelques tables plus loin, bien en vu et penché sur sa table. La jeune femme fronça des sourcils, inquiète de trouver Samuel ici. La dernière fois, il avait fait éclaté des pétards du Dr Flibuste au beau milieu d’une allée et elle s’étonnait, dans ces conditions, qu’il soit encore autorisé à mettre les pieds dans le lieu d’étude. Il avait l’air sérieux cette fois, néanmoins, ce qui était un fait assez remarquable pour ne pas y croire instantanément. Aussi l’observa-t-elle un moment d’un oeil suspicieux, s’attendant à ce qu’une catastrophe survienne. Mais rien. Le cadet Pinsker demeurait immobile, un crayon en main et n’embêtait absolument personne. Même Mrs Pince, à qui elle jeta un coup d’oeil, semblait éberluée par ce changement soudain d’attitude.

C’était de la faute à Samuel si l’aîné ne la considérait plus qu’avec son regard glacial qui donnait envie à la Serpentard de lui jeter la première chose qui lui venait sous la main à la tête. La famille avait un don pour se vexer d’un rien, et ce dernier avait mal pris une demande de la rédactrice lors du concert de Septembre. C’était vrai qu’elle n’avait pas été très subtile avec le Serpentard et elle ne s’était pas rendu compte de l’aspect désagréable des propos qu’elle lui avait tenu. Mais enfin, était-ce une raison pour entamer une guerre froide ? Elle n’avait pas cherché à le rejeter, mais vraisemblablement, il y avait eu quiproquo. Elle devait bien l’admettre, elle aurait eu la même réaction que Samuel à sa place. La jeune Vanloock soupira en fermant son livre. Elle pouvait toujours s’excuser mais il n’était pas sûr que ses excuses seraient reçues et Lenny oserait certainement prendre cela pour du calcul de la part de la blonde. Si elle se réconciliait avec le plus jeune, l’aîné redeviendrait peut-être un peu plus approchable, mais au fond, elle s’en fichait bien.

Ce qui lui faisait penser à tout cela, c’était le sentiment de culpabilité qu’elle cherchait tant bien que mal à évincer en pensant que tout cela, après tout, n’était pas de sa faute. Mais elle savait ce qu’était que se faire mal considérer depuis qu’elle avait vécu le dédain des autres l’année précédente. Elle savait aussi que Samuel n’était pas très apprécié car il faisait parti des gens trop renfermés pour être considérés comme de bonne compagnie. De plus, il n’était pas très doué en classe, donc on ne pouvait même pas compter sur ses copies pour rendre un devoir. Il n’avait même pas cette considération là.

S’excuser n’était pas si difficile, il suffit d’ouvrir la bouche et de prononcer que l’on est sincèrement désolé, pour la dernière fois, pensa-t-elle en tentant de se donner du courage. Au fond, elle savait très bien que ces simples mots étaient plus compliqués à prononcer que n’importe lesquels. C’était admettre un tort et Liliana faisait partie de cette catégorie de gens qui avaient des difficultés à accepter qu’elle puisse ne pas avoir raison, ou ne pas être dans son droit. Elle posa sa plume dans son encrier et croisa les mains sur sa table en fixant d’un air sombre la nuque de Samuel. Elle pouvait très bien faire comme si de rien n’était, passer son chemin, cependant la culpabilité demeurerait. Elle se décida finalement et se leva de sa chaise pour s’approcher de Pinsker, son livre et quelques papiers à la main. Arrivée à sa hauteur, elle feinta brillamment la fille dispersée qui laisse échapper le contenu de ses mains aux pieds de la table du jeune homme et pris son air agacé en se penchant pour tout ramasser.

– C’est pas vrai !
Soupira-t-elle en réunissant vivement ses affaires échouées au sol, avant de se redresser et de jeter un regard en direction du Serpentard.
– Désolée Samuel, j’espère que je ne t’ai pas fait rater ton... Elle posa les yeux sur la feuille du jeune homme. ...Ton dessin.
Acheva-t-elle, vivement étonnée par la finesse du coup de crayon.
– Tu as un véritable talent.
Cette fois, son émotion n’était pas feinte. Elle était réellement intéressée par le niffleur de Samuel et l’observait avec attention, le comparant avec le modèle du manuel qu’il utilisait.

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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Jeu 9 Déc - 17:08:25

Le plus difficile à rendre chez le Niffleur, c'était l'allure vive de l'animal, son nez en perpétuel mouvement, son regard brillant d'excitation lorsqu'on lui confiait la recherche d'un objet précieux. La coloration permettait souvent d'améliorer le dessin, mais le croquis au crayon était généralement très insatisfaisant. Samuel avait dessiné sans trop de problème une vue d'ensemble du Niffleur, et il entamait la partie réellement difficile, copier l'illustration partielle qui montrait la tête de la créature. Il se pencha encore un peu plus sur son travail, assura sa prise sur son crayon, et lança les premiers traits... La forme générale était correcte, restait à réussir l'expression, les yeux. Le Serpentard s'interrompit quelques secondes pour changer de crayon à papier, et il s'attaqua à cette difficile tâche. Le visage tendu par la concentration, il procédait lentement, par très légers coups de crayon, sans avoir besoin de se reporter constamment à l'illustration du livre qu'il avait bien mémorisée. Madame Pince s'approcha encore, au cas où, sans que le blondinet daigne même lever la tête de son dessin ; sans doute avait-il été ensorcelé, car aucune activité n'avait la vertu de le faire tenir en place si longtemps.

L'oeil... Lentement, avec une minutie extrême, le garçon alternait coups de crayon et légers gommages, observant d'un regard critique la progression de son travail. Ce n'était pas encore ça... trop morne, trop immobile. Il fallait pourtant qu'il trouve la façon de s'y prendre... Un coup de gomme améliora considérablement l'ensemble, et il recommença son oeuvre, plus sérieux que jamais...

Blam ! Quelqu'un venait de laisser tomber une pile de livres juste à côté de lui, et il avait donné, de surprise, un coup de crayon d'au moins dix centimètres en plein milieu de sa page. Un instant, il sembla que sa nature belliqueuse allait reprendre le dessus ; furieux du gâchis, il jeta son crayon et bondit sur ses pieds, prêt à en découdre avec l'importun qui ramassait ses bouquins, accroupi près de la table. Le gamin eut, un instant, l'envie irrépressible d'expédier un coup de pied en pleine poire à Liliana Vanloock qu'il venait de reconnaître, mais elle se releva à temps pour éviter cela... Dommage, c'eût été une façon de régler deux affaires d'un coup. Passablement exaspéré par ce contretemps, Samuel se rassit en ravalant les paroles absolument détestables qu'il brûlait d'envoyer à Liliana. Ce n'était qu'un simple croquis, mais le fait qu'il soit gâché par sa faute à elle rendait la chose insupportable. Il ne digérait pas son comportement au concert de rock, et depuis ce jour-là, il vouait une haine implacable à la rédactrice en chef, cette bêcheuse, cette pourriture arrogante, cette...

Les excuses de Liliana, et plus encore le commentaire au sujet du dessin, firent lever un regard surpris au garçon. Voilà qu'elle lui parlait normalement, comme à un être égal et non plus comme à un larbin... et même, chose rare, qu'elle lui faisait un compliment. Pris au dépourvu – les éloges n'avaient rien d'habituel pour Samuel – le sale gosse eut un instant d'hésitation ; que fallait-il faire ? Balancer une riposte musclée, ou se conduire en type civilisé ? Mal à l'aise, il essaya la deuxième option en répondant d'une voix sourde :


-C'est rien, c'est juste un croquis. Et heu... merci...

Par réflexe, il avait pris sa gomme pour supprimer le long trait tracé par erreur, mais l'empreinte était trop profonde pour que le dessin soit rattrapable. Samuel froissa la feuille en boule et l'envoya, avec adresse, dans une corbeille à papiers située à trois mètres de là ; l'incident le contrariait beaucoup, mais il refusait de paraître affecté, et il ouvrit son livre à une autre page, au hasard, pour changer de modèle.

-C'est rien, répéta-t-il en voyant que Liliana ne bougeait pas. C'est pas important, je recommencerai.

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Liliana Vanloock
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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Ven 10 Déc - 12:20:46

Samuel semblait avoir une furieuse envie de lui en coller une. Pire que son regard, c'était l'électricité qui se dégageait du garçon qui l'alertait, mais Liliana resta inébranlable, une expression quasi neutre sur le visage, presque amicale. Un sourire sembla même fendre ses lèvres tandis que le Serpentard, déconcerté, la remerciait.
Malheureusement, le croquis qui lui semblait si réussit était abimé d'un gros trait en plein centre et la gomme ne fit rien pour réparer cela. Liliana, avec son petit effet de surprise, était encore parvenue à faire des dégâts. C'était à croire en une sorte de fatalité particulièrement pénible.

- Navrée pour...
Elle n'eut guère le temps d'achever sa phrase, que le dessin froissé par la main de son auteur atterrît sans plus de cérémonie dans la corbeille à papiers la plus proche. Liliana retint un soupir de s'extirper de ses lèvres. Les frères Pinsker avaient le don pour mettre les autres en faute quoi qu'ils fassent. Elle s'attendit, le dos droit et rigide, à des remontrances du genre "tu fais vraiment tout pour me pourrir la vie, je suis un pauvre malheureux que tu embêtes tout le temps" et blablabla...
Mais non. En fin de compte, elle eut le droit à un simple "ce n'est pas grave". Ses sourcils se levèrent d'étonnement et elle considéra le jeune homme avec suspicion, comme s'il allait exploser malgré tout. Rien. Double étonnement.


- Non, ce n'est pas grave.
Finit-elle par acquiescer en extirpant sa baguette magique de la poche intérieur de sa cape. Elle formula un sortilège d'attraction sur le dessin et le laissa léviter le temps de faire un geste sec vers le haut avec sa baguette. Aussitôt, la feuille se retrouva aussi lisse et belle qu'avant même d'avoir été utilisée. Bien sûr, le dessin était toujours là, et le gros trait aussi. Ce n'était pas un problème pour le réparer. Liliana avait pris l'habitude des bavures et des saletés qu'une gomme ne pouvait enlever, à force de dessiner, le soir, des patrons pour l'entreprise de sa mère. Elle posa la pointe de son arme à la base du trait et se concentra, imaginant que l'extremité noire s'était attachée à la baguette. C'était une technique que lui avait appris Jane et qui sauvait une idée gâchée par un coup de crayon malhabile. Lorsqu'elle souleva doucement la main, la rature était bel et bien aimantée et se décolla sans emporter le reste. En l'espace d'une seconde, il ne resta plus rien d'autre que le niffleur sur le papier et la marque de crayon pendait mollement au bout de la baguette. On ne saurait dire si la vision de ce trait de crayon dans les airs pouvait être touchée ou était finalement immatérielle.
Fière d'elle, Liliana adressa un regard qui passait difficilement pour humble au quatrième année, puis secoua son arme. Le trait fin disparu en poussière.


- Utilises cette technique si tu souhaite te débarasser d'une rature difficile à supprimer naturellement. Il te suffit d'imaginer que ta baguette aimante le trait que tu souhaite voir disparaître et le tour est joué. C'est un sortilège vraiment basique, il n'est pas difficile à utiliser.
Argumenta-t-elle tout en rangeant le bout de bois dans sa poche.
Elle avait fait son entrée en matière, sauvé le niffleur crayonné de Samuel et s'était jusqu'alors préservé de sa mauvaise humeur. Il ne lui restait plus qu'à s'excuser. Pour s'excuser, il suffisait d'ouvrir la bouche de mouvoir sa langue entre ses dents et son palais et articuler sagement une belle phrase empreinte de sincérité. Mais voilà, au lieu de quoi, Liliana demeura planté comme un piquet, la bouche bien fermée, serrée et luttait pour ne pas faire demi-tour. C'était vraiment ridicule de devoir s'ennuyer à s'expliquer pour si peu. Elle avait été agréable, cela pouvait certainement suffire ?
Non, elle le savait bien. Le jeune homme était aussi méfiant d'elle qu'elle l'était de lui ainsi qu'aussi surpris de son amabilité qu'elle l'avait été de son absence de colère fulminante et purulente. Elle devait se décider, maintenant, avant de passer pour une imbécile à rester plantée sur place. Vanloock pris son courage à deux mains et posa son manuel de potions sur la table avant de s'installer elle-même sur la chaise face au benjamin Pinsker. Là, les bras croisés sur le bord de la table, ses yeux vifs et francs rivés sur lui, elle le considéra comme on considère quelqu'un de qui on attend le jugement. Avec méfiance et réserve. Elle sentait le regard acéré de Mme Pince pointer sur elle tandis qu'elle dérangeait le trublion qui s'appliquait jusqu'alors si sagement dans son dessin, mais elle n'avait rien, absolument rien à dire pour empêcher Liliana. Il était encore autorisé de travailler en groupe et de se rapprocher les uns des autres dans l'enceinte de la bibliothèque. Malgré son obsession pour le silence, la vieille mégère ne pouvait rien faire contre. Quant à Liliana, elle se fichait bien de ce sac d'os. Elle s'était habituée à ses regards noirs et à ses attitudes de vautour affamé de têtes blondes. Liliana avait passé assez de temps dans la bibliothèque ces six dernières années pour ne plus être impressionnée.
Focalisée sur Samuel, elle ouvrit enfin la bouche.

- Écoutes Samuel, je... Jesuisdésoléepourladernièrefois. Prononça-t-elle le plus rapidement possible. Je n'ai pas voulu être désagréable, c'est toi qui a pris la mouche alors que je ne pensais pas une seule seconde à te rabaisser. En plus, je voulais t'inviter dans les loges car je sais que tu étais plus enthousiaste que ton frère à propos de ce concert. ...Certes, c'était facile et puis, tu n'as pas loupé grand chose hormis de risquer ta vie dans les coulisses... Enfin.

À peine avait-elle achevé sa phrase que la Serpentard rapprocha son livre de sa poitrine tout en se redressant comme pour s'auto-protéger. Un soupir s'extirpa de ses lèvres tandis que son expression passait de la neutralité à l'exaspération.
- Crois ce que tu veux à mon sujet, mais je sais ce que c'est d'être traité comme une merde par la quasi totalité de l'école, et certainement mieux que toi. Je ne me suis pas rendu compte de l'impact de mes mots parce que j'avais l'esprit submergé par tout ce que je devais accomplir avant de pouvoir enfin profiter comme les autres. ...Voilà, c'est tout ce que j'avais à dire.
Sans attendre de réaction, désirant fuir au plus vite avant que ses excuses ne soient dédaignée, Liliana rassembla immédiatement ses affaires dans le but de se lever et de quitter cette table.

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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Dim 19 Déc - 18:21:39


À son bureau, Madame Pince se tordait le cou pour observer la table de Samuel, et, dans cette position, elle ressemblait un peu à un vautour de bande dessinée louchant sur sa proie. La curiosité tendait son visage osseux tandis qu'elle plissait les yeux dans un effort comique pour saisir quelques bribes de la conversation ; Samuel, cependant, n'était pas d'humeur à remarquer l'expression ridicule de la bibliothécaire. La mine morose, il fixait la page blanche devant lui, en espérant que Liliana dégagerait le plancher vite fait bien fait. Le ratage du Niffleur avait complètement miné le moral du gamin, de sorte qu'il n'avait même plus envie de dessiner pour le moment. Qu'elle parte, et il reprendrait ses cliques et ses claques pour aller... peut-être pour aller, malgré la pluie, faire un tour vers le fond du parc, dans un endroit où il était sûr de ne croiser personne, et où il pourrait ruminer à loisir sa haine du genre humain...

Liliana venait d'attraper sa baguette magique, et Samuel eut un mouvement machinal de recul. Elle ne pouvait tout de même pas lui jeter un mauvais sort en pleine bibliothèque, avec Madame Pince en train, justement, de regarder vers eux avec insistance ? Mais non, elle récupérait dans la corbeille le croquis raté, et le ramenait sur la table... Pourquoi ? Pour le plaisir d'en rajouter une couche ? Le blondinet eut un soupir amer, et il faillit lâcher une réflexion des plus désagréables ; il la retint à temps, en voyant que Liliana avait une idée précise à propos du dessin. Elle défroissa la feuille, promena sa baguette magique sur le trait destructeur, et... le Serpentard considéra, bouche bée, le résultat du sort ; le trait avait été proprement enlevé, le papier était aussi lisse que s'il n'avait jamais été touché, et le trait pendait au bout de la baguette.

-Wah, murmiura-t-il, émerveillé, en caressant du doigt l'emplacement du coup de crayon funeste. C'est extra, ce sort. Merci beaucoup.

Vanloock lui conseilla d'utiliser cette méthode à l'avenir, et le sourire du gamin s'évanouit aussitôt. Vu comme il était doué en magie, il ne risquait pas d'y parvenir ; il n'avait pas l'aisance de la rédactrice en chef, la gomme resterait son meilleur allié. D'une voix évasive, il répondit, pour clore le sujet :

-Ouais, j'y penserai.

Il fallait bien avouer que ce sort était une pure merveille – autre chose que les imbécillités qu'on apprenait en cours, du genre changer une poire en chaussette ou faire marcher une théière... Là, au moins, c'était vraiment utile. Le gamin, comme fasciné, fixait avec intensité son dessin ; il avait changé d'avis à l'instant, il allait continuer à dessiner, améliorer ce niffleur, en accentuant les ombres par exemple.

Il remarqua à peine que Liliana s'était assise ; il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'elle le fixait. Il releva alors la tête, l'air perplexe ; que lui voulait-elle, pourquoi le regardait-elle ainsi ? Le savait-elle elle-même ? Elle garda le silence quelques instants, au point que Samuel se mit à s'inquiéter. Et puis... le gamin ouvrit des yeux ronds ; elle s'excusait pour la dernière fois, expliquait qu'elle n'avait pas voulu le vexer, et même qu'elle avait pensé l'inviter en coulisses... La révélation, et plus encore les excuses, chose inhabituelle pour Samuel, privèrent un instant le garçon de la parole. Instant que Liliana mit à profit pour poursuivre, nettement exaspérée cette fois, comme si le gamin venait de proférer une énormité... Un peu déconcerté par ce brusque changement, le Serpentard balbutia :

-Mais... j'ai jamais...

Avait-il déjà traité Liliana comme de la merde, comme elle disait ? Il fouillait avec quelque inquiétude dans ses souvenirs, mais ne trouvait rien de tel. Elle ne pouvait pas parler de lui, c'était tout bonnement impossible... Tandis qu'elle rangeait nerveusement ses affaires, il marmonna :

-J'en avais juste marre que tout le monde s'intéresse à mon frère et que personne ne me voie. C'est tout le temps comme ça. Je sais bien qu'il est vachement mieux que moi, j'en ai un peu marre que ça revienne sans arrêt... C'était pas vraiment ta faute, mais à force, je sature.

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Liliana Vanloock
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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Mer 22 Déc - 15:46:27

Il n'y avait rien de plus stressant que de confesser une faute, pour Liliana. Rien de plus désagréable que de se sentir obligée de se justifier. Son ton changeant trahissait la gêne qu'elle éprouvait vis-à-vis du quiproquo qui avait blessé le Serpentard. Fut un temps, elle ne se serait guère plus soucié de la vexation de Samuel que de sa première chemise. Aujourd'hui, elle réalisait le poids qu'engendrait la calomnie et l'inconsidération. L'utiliser sans raison était vain et mesquin et la jeune femme préférait oser des excuses plutôt que de paraître telle une de ces Serpentard qui s'amusaient à ce petit jeu perfide.
En rapatriant ses affaires, elle se protégeait d'un éventuel refus, d'un mépris qui aurait pu surgir de ce qui pouvait être considéré comme un abaissement. Lorsque l'on s'excusait, on tendait la joue. Cependant, Pinsker n'en profita pas, il était bien trop surprit par la démarche de la rédactrice en chef. Elle se figea seulement lorsque l'adolescent lui répondit pour le regarder dans les yeux avec une once d'étonnement. Au lieu de faire preuve de son mauvais caractère, Samuel lui confiait son complexe. L'échange était désormais ouvert, Liliana posa ses mains de part et d'autre de son livre et se pencha dans sa direction.

- Je comprend, ce doit être usant à la longue. Je ne voulais pas ressortir ça, seulement il y a des moments où j'oublie d'être subtile. Cependant, je ne pense pas que ton frère soit mieux que toi, ça, c'est ce que tu t'es mis dans la tête. Je ne dois pas être la seule à le ressentir, tu passes ton temps à te rabaisser vis-à-vis de lui. Évidemment, si toi-même tu le fais, les autres en font autant.

Un claquement de langue retentit dans la bibliothèque et Liliana adressa un regard exaspéré à Mme Pince. Celle-ci eut l'air d'en prendre ombrage, compte tenu du froncement de sourcil réprobateur qui en découla. La vieille chouette s'évertua à les menacer en langage des signes que s'ils ne baissaient pas d'un ton, elle se chargerait de leur cas. Le chuchotement de la Serpentard s'était à peine entendu, mais la bibliothécaire trouvait encore matière à s'en agacer. Cette fois, l'austère bonne femme eut le droit à un haussement d'épaule dédaigneux avant que Liliana n'ouvre son manuel de potion et le tende à Samuel, feintant qu'ils dissertaient à propos d'un cours.
- La réussite scolaire n'apprend rien sur la qualité d'une personne. Franchement, c'est tout ce qu'a Lenny en plus de toi. La seule qualité que je lui vois, exception faite de sa maîtrise de l'écriture, c'est qu'il tient à toi. J'en ai eu une preuve flagrante quand il a sentit que je t'avais blessé. D'ailleurs, vu comme sont nos relations depuis le concert, je crains qu'il ne finisse par me lâcher totalement. Je ne l'aurais peut-être pas volé...

Lenny était quelqu'un de naturellement froid et réservé, mais depuis leur mésaventure, il s'était littéralement changé en bloc de glace vis-à-vis d'elle. Elle n'était pas grandement attachée au garçon, cependant son attitude l'ennuyait quand elle ne l'exaspérait pas. Il avait un don pour rappeler son désaccord en toute circonstance, si bien que Liliana avait finit par ne plus lui en demander qu'un minimum pour la gazette afin de ne pas avoir affaire à ce petit air qu'il prenait et qui signifiait "je t'en veux". Elle ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi la rancune était si intense chez ces deux-là. Pour associer le sentiment d'infériorité du cadet à la gêne de l'aîné qui devait la ressentir, il n'y avait pourtant qu'un pas que la jeune sorcière n'avait pas encore franchit. Elle était plus impatiente de dénouer la situation plutôt que de s'intéresser au cadre psychologique dans lequel évoluaient les deux frères. C'était un sujet qui ne la regardait pas même si, avec les propos qu'elle venait de tenir, elle s'en mêlait légèrement. Ce que lui avait dit Samuel demandait une réponse et elle lui offrait seulement parce qu'elle estimait qu'il lui avait entrouvert la porte.
- Enfin... Soupira-t-elle en s'enfonçant dans le dossier de sa chaise. La roue tourne très vite. Un matin, tu peux te lever et paraître comme La personne à fréquenter alors que le soir même, tous sont prêts à te cracher au visage. Il vaut mieux se penser par rapport à soi que par rapport aux autres.

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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Mar 28 Déc - 22:46:47


Machinalement, sans même y prendre garde, Samuel avait repris son crayon, dont il avait, du bout du doigt, émoussé la pointe ; le bout arrondi de la mine frôlait à peine la feuille tandis qu'il ajoutait quelques ombres à son niffleur, un peu de profondeur, un trait par-ci par-là pour rendre le dessin un peu plus vivant. Cela n'empêchait pas le garçon d'écouter Liliana ; depuis quelque temps, il parvenait à ne plus s'abstraire entièrement du monde alentour lorsqu'il dessinait, progrès très récent. Jusque-là, le simple fait d'avoir un crayon en main suffisait à le rendre complètement autiste ; cette année, principalement pour couper court aux sermons de Lenny, il s'employait à ne plus être qu'à moitié autiste...

Or donc, le niffleur prenait peu à peu tournure, sous le regard distrait de Samuel ; bientôt, il abandonna les travaux de fignolage de l'animal, pour se lancer dans la réalisation d'un tapis d'herbe et de fleurs sous les pattes de son sujet. Bien sûr, tout cela aurait été bien mieux en couleur, mais le Serpentard avait laissé la plus grosse partie de son matériel dans son dortoir. Il n'avait là que quelques crayons de couleur, qu'il inventoria en silence, la mine sombre. Il n'aurait jamais dû parler de Lenny à Liliana. D'habitude, il n'évoquait jamais ses relations avec son frère, que ce soit devant la famille ou devant d'autres personnes ; il avait dérogé à cette règle, et il s'en voulait amèrement. Car bien entendu, Vanloock entonnait le même couplet que n'importe qui dans les mêmes circonstances ; le refrain habituel, « mais-non-il-n'est-pas-mieux-que-toi-et-si-tu-en-es-convaincu-toi-même-t'étonne-pas-que-les-autres-le-croient-aussi ». Le gamin haussa les épaules ; ce genre de discours l'exaspérait au possible, et il dut faire un effort pour ne pas répliquer vertement (ce qui, pour un Serpentard, ne manquait pas de classe avouons-le). Le claquement de langue impatienté de Madame Pince l'aida quelque peu à rester calme, et il lâcha d'une voix assourdie :

-Bah, je suis pas aveugle non plus. Je vois bien comment ça se passe. Et puis les parents me le citent sans arrêt en exemple. Moi, on me cite jamais...mais bien sûr, ça ne veut rien dire, conclut-il, un large sourire inattendu sur le visage.

À force, il se contrefichait de ce que l'on pensait de lui, hormis lors des quelques bouffées d'amertume que lui inspirait la situation. Ses moments de désarroi étaient rares, bien vite relayés par une insouciance rigolarde qui exaspérait ses parents. Plus on lui citait son frère en exemple, plus il semblait prendre la direction opposée, en se moquant au passage de tous les conseils.

Liliana, indifférente aux avertissements de plus en plus insistants de la bibliothécaire, continuait de parler, et elle tendit à Samuel un manuel ouvert qu'il prit d'un geste machinal. Feignant de se passionner pour une double page consacrée aux élixirs éternels, il reprit :

-Ouais, il tient à moi, Lenny. Il m'a parlé de toi d'ailleurs. Il se demandait s'il allait lâcher la Gazette. Et là, s'il te voyait en train de me parler, il serait bien fichu de croire que c'est juste pour le garder dans ton équipe que tu t'intéresses à moi. Mais ce n'est pas le cas, bien entendu ? conclut-il sur un ton las, en refermant le livre d'un coup sec.

Lui-même s'était posé la question, plusieurs fois, depuis le début de l'entretien. Il lui semblait rigoureusement impossible que les excuses de Liliana fussent sincères, ou que son compliment au sujet de son dessin puisse être autre chose qu'un calcul. Il ne s'en formalisait pas plus que cela, cependant ; il savait que son aval était indispensable à Liliana pour récupérer un journaliste de qualité, et cela lui suffisait. Un mot de lui, dans un sens ou dans l'autre, et Lenny s'adapterait, pour ne pas briser leur entente. Après tout, quoi qu'on en dise, ce n'était peut-être pas l'aîné qui dirigeait les choses, dans ce duo bancal.

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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Ven 7 Jan - 19:25:58

Samuel semblait en tout point être le genre de personnes fermées avec qui il était impossible de discuter. À un moment, il haussait les épaules en signe de désinvolture, comme si ce qui lui arrivait l'indifférait totalement et qu'il n'en souffrait pas, l'instant d'après, il geignait amèrement sur son sort, citant pour exemple la parole divine de ses géniteurs. À l'entendre, tout avait été conçu pour le mener à cette conclusion d'échec et d'insipidité et il était le pauvre martyr de cette fatalité, incapable de s'en départir, totalement prisonnier et dépourvu du libre-arbitre qui lui aurait permis de dire en langage argotique : "go and fuck yourself" aux détracteurs lui rongeant l'humeur.
Son sourire faux exaspéra la Serpentard, qui poussa un soupir et haussa à son tour les épaules. Lui parlerait-elle s'il était si insignifiant ? S'engluerait-elle dans une conversation qui, elle le sentait, allait mal tourner pour elle comme pour lui ? Évidemment non. Le respect humain ne primait pas toujours sur cette animalité qui nous fait nous sentir plus puissant et dans son bon droit face à un être boutonneux, limité et insignifiant. Mais Samuel avait l'esprit retors de ceux qui se complaisent dans leur malheur et qui voient la mauvaise intention là où elle n'est pas. Il fallait dire que si un peu de lumière surgissait dans les noires obscurités de ce genre de coeurs, cela serait trop déstabilisant, impossible à gérer et finalement, trop ennuyeux. La colère, la rancune et la rancoeur étaient des mères nourricières bien plus prolifiques que celles des sentiments plus simples et moins rongeants. La preuve en était des propos qu'il venait de lui tenir froidement, mettant sur le compte de l'évidence que jamais Liliana ne serait capable d'autre chose que de calcul.
Le paradoxe, c'était que l'image qu'elle s'était faite de Samuel par les on-dits était malheureusement bien plus exacte que celle que le Serpentard s'était faite d'elle. La majorité la considérait comme une personnalité autoritaire voir étouffante "professionnellement" parlant, et cela suffisait à l'affubler des pires défauts dont sont capables les élèves de Salazar.
Liliana était une personne fondamentalement franche et si elle déformait la vérité à son avantage ou abusait les gens, c'était en général des victimes auxquelles elle ne prêtait aucune sorte d'affection ni de considération, de prêt comme de loin. Concernant Samuel, il y avait une part d'affect pour la simple raison qu'il s'agissait du frère de son meilleur pilier pour la Gazette. Elle ne le connaissait pas, mais elle le respectait comme l'on respecte le frère ou la soeur d'un proche, d'un collègue, d'un ami. De façon simplement innée. Il n'y avait aucune sorte de calcul dans sa démarche, mais évidemment, on en doutait automatiquement comme l'on doute de ces personnes trop secrètes envers les autres, trop peu expansives vis-à-vis de leurs émotions les plus profondes.
On les considérait plus facilement comme des menteurs ou au moins des cachotiers, des calculateurs, des gens perfides aux arrières-pensées omniprésentes, plutôt que comme ils sont réellement. Des personnes qui n'ont pas envie de mettre sur la table et aux yeux de tous leur souffrances.

Toute cette fatalité lui tomba sur les épaules d'un regard de Pinsker. Elle ramena sèchement son manuel à elle, le regard noir, et ne proféra plus un mot pendant un moment. Qu'y avait-il à répondre ? Tout ce que voulait entendre Samuel, c'était que, oui, il l'avait démasquée et elle agissait aussi vilement que tous ceux qui s'acharnaient continuellement sur sa pauvre tête en le comparant à son frère si sublime. La vérité n'était pas là, elle était peut-être même bien plus simple et plus gaie que cela, mais comme dit plus haut, le cadet Pinsker ne semblait tout simplement pas le voir, ni vouloir en entendre parler.

- Tu sais ce que tu peux dire à ton frère ? Dis-lui que je ne veux plus de lui dans la Gazette, qu'il infecte mon oxygène comme tu infectes la mienne avec ton défaitisme puéril, que vous n'êtes qu'une bande de manche imbus de vous-mêmes alors que vous n'êtes personne. Voilà, dis-lui ça. Ainsi, tout le monde est heureux dans le meilleur des mondes. Toi, tu peux être sûr et certain que j'agis envers toi comme envers un objet que l'on peut tourner à son avantage, lui est conforté dans l'impression qu'il a de moi et quant à moi, je n'ai plus à jouer des pieds et des mains pour éviter de blesser votre petit orgueil. Qu'un de plus ou de moins me lâche m'indiffère, je ne suis plus à ça prêt.

Cette fois-ci, Pince s'approcha à la manière d'un animal enragé de leur table et ses yeux exorbités d'indignation se braquèrent sur Liliana, qui lui adressa pour tout retour un regard polaire.
- C'est tout de même inconcevable de faire preuve d'aussi peu de respect pour les autres dans un tel lieu ! Vous n'avez pas encore saisit l'utilité d'une bibliothèque, tous les deux ? C'est fait pour avoir du SILENCE ! Sortez maintenant, immédiatement, avant que je ne me charge de votre cas !

La rédactrice se leva raidement, son livre de potions sous le bras, sans plus un regard pour Samuel.
- Vous avez regardé autour de vous ? Il n'y a quasiment personne, si ce ne sont trois rigolos dans le coin, là-bas, qui s'amusent à jouer aux cartes, ou encore les deux autres qui se bécote derrière les étagères du troisième rang. Ah oui, et j'oubliais, ceux qui joue avec je ne sais quel ustensile de farces et attrapes et qui semblent prêts à l'envoyer sur votre bureau. J'en avais terminé de toute façon, je m'en vais, n'usez pas votre salive davantage.
Liliana laissa la bibliothécaire clouée sur place et retourna à sa table où elle entreprit de ranger ses affaires le plus dignement possible. En réalité, elle bouillait intérieurement. Sa cage thoracique semblait prête à exploser tant la colère prenait le dessus. Elle n'avait plus été dans un tel état depuis des mois et, tout bien considéré, elle devait s'avouer qu'elle était encore extrêmement à fleur de peau. Mieux valait partir, avant que sa fureur n'éclate réellement et fasse davantage de dégâts.

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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Dim 23 Jan - 21:17:16

Retard à l'allumage, comme toujours... Samuel parlait sans réfléchir, et il lui fallait toujours un peu de temps pour se rendre compte des sottises qu'il pouvait proférer. Là, par exemple... il avait juste prononcé quelques paroles, manière de dire, et Liliana avait l'air de ne pas apprécier. Qu'avait-il dit, au juste ?... Le gamin posa son crayon, déconcerté par a vigueur de sa réaction ; dans son esprit, il n'y avait aucun désir d'accuser, ou de sous-entendre quoi que ce soit, et pourtant... La rédactrice de la Gazette le toisait à présent d'un regard glacial, et elle l'envoya bouler en quelques phrases bien senties... Le blondinet courba l'échine sous l'orage, comme il le faisait habituellement (à force d'engueulades, il finissait par prendre le coup) et prenait peu à peu conscience de l'extrême maladresse de ses propos. Il ne savait jamais comment réagir convenablement, de sorte qu'il froissait sans même le vouloir la susceptibilité de ses interlocuteurs... Cela lui donnait une mauvaise réputation, celle d'un arrogant irrécupérable, alors qu'il ne s'agissait généralement que de gaffes... ou, plus exactement, d'inadaptation. La conversation était un art qui lui échappait complètement, il avait toujours du mal à savoir quoi dire, et sur quel ton, pour éviter ce genre de catastrophes...

Que faire, à présent ? S'excuser lamentablement, essayer d'expliquer qu'il n'avait pas voulu offenser ? Liliana ne le croirait pas ; elle penserait qu'il voulait seulement rattraper le coup parce qu'il s'était fait remettre à sa place. Ou qu'il voulait juste éviter des ennuis à son frère. Ou...
Avant qu'il ait pu prononcer le moindre mot, Madame Pince fondit sur leur table, l'air suprêmement courroucé, pour leur ordonner de décamper. Elle n'avait pas cessé de les regarder – d'ailleurs, à bien y penser, elle avait constamment surveillé Samuel depuis son arrivée, comme si elle avait craint un coup d'éclat. Vaguement vexé, le gamin fixa alternativement Pince, puis Liliana qui la renvoyait dans les cordes en beauté, en se maudissant de ne pas trouver de telles réparties. La Serpentard commença à ranger ses affaires, visiblement furieuse, mais lui, désemparé, ne bougea pas jusqu'à ce que la bibliothécaire en remette une couche :


-Et vous aussi vous sortez immédiatement, Pinsker ! Surtout vous, même !
-Je voudrais emprunter ce livre, fit le blond, la main posée sur l'un des ouvrages, sans même se rendre compte que ce n'était pas le moment.
-Certainement pas ! glapit la gorgone. Vous n'avez qu'à revenir avec une autorisation de votre directrice de maison, si vous voulez emprunter.

Par mesure de sécurité, elle ramassa elle-même les livres qui restaient sur la table, et les serra contre elle dans un geste protecteur en attendant que les deux délinquants en puissance se décident à partir. Furieux, Samuel jeta ses affaires en vrac dans son sac, sans même prendre garde au dessin qui se plia, et se leva en déclarant :

-C'est dégueulasse. En plus vous avez fait carrément plus de bruit que nous.

C'était la phrase à ne pas prononcer. La bibliothécaire tira sa baguette magique et en menaça l'impertinent, dans un flot de paroles hargneuses parmi lesquelles le nom du professeur Hawthorne revint plusieurs fois. Pas mécontent, malgré tout, d'avoir fait sortir Pince de ses gonds, le sale môme quitta la bibliothèque, un grand sourire aux lèvres – curieusement, une odeur pestilentielle de boule puante commençait à se répandre du côté de la table que les deux Serpentard venaient, contraints et forcés, d'abandonner. Samuel se dépêcha de sortir, courant presque pour éviter l'odeur, sans trop regarder devant lui ; il heurta une autre personne sur le pas de la porte. Liliana. Son sourire faiblit un peu, puis tomba complètement tandis qu'il murmurait :

-J'suis désolé.

Pourquoi ? Pour l'avoir bousculée, ou pour ses paroles vexantes ? Il ne put préciser. La voix furieuse de Madame Pince venait de s'élever dans la bibliothèque :

-Pinsker ! Samuel Pinsker !

Les cris se rapprochaient dangereusement. Prêt à détaler, le blondinet tira légèrement sur la manche de Liliana en lui suggérant à mi-voix :

-Viens, restons pas là, ça vaudra mieux. Elle ira jamais voir Hawthorne, mais si elle nous chope...

Exaspérer Madame Pince était l'un de ses passe-temps favoris. Un sourire de sale gosse éclairait à nouveau son visage alors qu'il prenait la fuite, juste à temps pour éviter de se faire attraper au col par la bibiothécaire.




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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Lun 7 Fév - 14:55:29

La colère. C'était une des émotions les plus puissantes qu'était capable de ressentir l'humain. L'une des plus négatives, aussi. Liliana avait une furieuse envie de déverser sa hargne sur le premier objet qui lui tomberait sous la main. Au lieu de quoi, elle s'était arrêté auprès de la porte de la bibliothèque et seuls ses traits crispés ainsi que sa posture exagérément droite trahissaient son humeur. Ses épisodes de rage exubérante avaient été remplacé par une froide colère, celle où seuls les mots sont dévastateurs. Elle ne cédait plus à ces pulsions négatives et improductives, cependant, cela ne l'empêchait pas de les ressentir puissamment, jusqu'à la conduire à des idées de destruction et d'auto-destruction, fantasmes qui se révélaient souvent inassouvis, frustrés par la rigueur avec laquelle elle s'efforçait d'agir. Montrer la souffrance était vain, stérile. Elle le savait. Elle n'avait pas été éduquée de la sorte et la guerre avait renforcé cet état d'esprit, au point qu'à ce genre de moments critiques, plus rien ne transparaissait d'elle. Son regard était vide, sa bouche demeurait lisse, dépourvue de la moindre grimace, du moindre rictus. Les idées noires qui l'avaient hantée tout au long de l'été ressurgissaient. Elle se sentait incapable de recommencer comme avant, de ne pas souffrir pour un mot qui, deux ans plus tôt, lui aurait simplement fait lever les yeux au ciel avant de tourner l'esprit paranoïaque de Samuel à la dérision. Elle agissait de façon inappropriée, elle le savait, cependant elle n'arrivait pas à y faire quoi que se soit. L'envie de pleurer la démangeait sans qu'elle ne parvienne à comprendre la raison fondamentale aux larmes qui remontaient sa gorge. Ce n'était pas la réaction de Samuel en elle-même, c'était quelque chose de plus profond, un sentiment d'incompréhension, peut-être ou le désir frustré de se révéler plus noble qu'on la présentait, avorté par les évènements malheureux qui s'étaient produit.
Elle s'avança d'un pas lent et raide à travers le couloir tout en tentant d'évincer le défaitisme qui la submergeait quand des pas précipités résonnèrent et qu'un individu la heurta de plein fouet. Elle n'avait pas besoin de se retourner pour deviner qu'il s'agissait de Samuel fuyant l'antre de Pince. Elle le fit cependant et adressa un regard dépourvu de la moindre émotion au Serpentard. Elle n'avait plus la force de lui reprocher son manque d'attention, de continuer ce début de querelle abrégée par la bibliothécaire. C'était une réaction dépourvue d'intérêt, de toute façon. Et Samuel venait de s'excuser. Elle n'eut pas le temps d'hésiter sur la façon dont elle devait prendre cette excuse qu'il l'entraîna à sa suite dans les couloirs tandis qu'une odeur nauséabonde commençait à se répandre entre les murs. Alors qu'ils couraient comme deux voleurs dans le couloir vide, elle s'imagina Samuel laisser tomber une bombabouse avant de se carapater. Samuel... Le pauvre garçon serait malheureux sans l'invention des farces et attrapes.

Liliana s'arrêta après avoir bifurqué dans un couloir assez éloignée de la bibliothèque pour ne plus risquer la colère de Pince et attrapa le Serpentard par la manche pour lui signifier de l'attendre. Elle reprit son souffle, plus épuisée par l'enchaînement saugrenu des évènements que par la course en elle-même et tenta de retrouver la colère qui l'avait assaillie un moment plus tôt. Elle avait disparue, métamorphosée en lassitude profonde. Bien qu'elle détestât tout autant cette sensation, elle était rassurée de ne plus ressentir d'animosité envers Samuel. Au moins, les choses n'empireront pas entre eux deux. Elle se laissa aller contre le mur et leva les yeux sur le Vert et Argent qui semblait heureux comme un enfant qui venait d'accomplir son méfait du jour.

- Je m'excuse aussi. J'ai été trop loin dans mes propos et le pire, ce n'est pas vraiment contre toi que je me suis énervée. Je te propose d'oublier tout cela et de repartir à zéro, si tu le veux bien.

Elle attendit la réaction de Samuel, sans angoisse cette fois. Elle savait qu'elle aurait plus à gagner s'il acceptait et qu'elle en serait surtout soulagée mais qu'il refuse ne l'exaspérerait plus. Elle saurait à quoi s'en tenir à son sujet, les choses seraient claires. Elle ne s'imaginait de toute façon pas que Samuel serait d'aussi mauvaise foi alors qu'il venait de l'entraîner dans sa fuite afin qu'elle ne paie pas leur impertinence pour tous les deux, ç'aurait été complètement incohérent. Elle lui tendit la main en signe de paix et tenta un sourire bien que le coeur n'y était pas. La balle était dans son camp.

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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Lun 21 Fév - 18:08:33

Un cortège d'imprécations parvenait à leurs oreilles. La voix de Madame Pince résonnait sous les hautes voûtes de la bibliothèque, et ils purent percevoir, avant de partir, l'essentiel de son discours : elle allait voir leur directrice de maison de ce pas, pour exiger une sanction exemplaire, et en attendant ils étaient interdits de séjour dans le temple de la connaissance. Elle piaillait leurs noms, pour bien montrer qu'elle les avait identifiés, mais ils n'eurent pas le loisir d'apprécier cette attention ; peu désireux de rester à la portée de cette fasciste, Samuel avait pris la poudre d'escampette, en incitant vivement Liliana à l'imiter. Pince savait très bien que la rédactrice en chef de la Gazette n'était pour rien dans l'odeur infecte qui régnait à présent dans son antre, mais sa mauvaise foi était telle qu'elle risquait fort de châtier une innocente, juste pour se passer les nerfs... et quelque chose – sa perspicacité phénoménale peut-être ? - disait à Samuel qu'il valait mieux que Liliana n'ait pas de problèmes par sa faute. Qu'elle récolte une seule heure de retenue, et la vie de l'imprudent gamin pourrait fort bien devenir un enfer.

Cependant, ce n'était pas pour sauvegarder ses propres intérêts que Samuel avait entraîné Liliana dans la fuite. Pour un Serpentard, le gamin n'était guère calculateur ; il agissait le plus souvent sans réfléchir – comme il parlait, du reste ; il l'avait assez prouvé lors de sa discussion avec la jeune fille. Il se comportait selon l'inspiration du moment, en ignorant superbement les conséquences les plus prévisibles de ses actes. Pour le moment, il avait complètement occulté la possibilité que Liliana lui colle une paire de gifles pour solde de tout compte... Ce ne fut qu'au moment où elle tira sur sa manche, quelques couloirs plus loin, qu'il envisagea cette hypothèse. Il se retourna en songeant qu'il allait se manger une torgnole d'anthologie : après tout, elle avait toutes les raisons de lui en vouloir...

Mais même pas. Contre toute attente, elle lui fit des excuses, bien plus développées que les siennes, et proposa de repartir à zéro. Sans que Samuel s'en rende compte, ils avaient accumulé un beau passif, tous les deux... Le gamin avait bien des défauts, mais il n'était pas rancunier. Un grand sourire aux lèvres, il approuva :

-C'est rien... on s'est mal compris depuis le début, c'est tout. Allez, tope là, ajouta-t-il en tapant dans la main que Liliana lui tendait, sans doute pour qu'il la serre.

Pas très protocolaire, tout ça. Lenny trouverait sans doute indigne cette façon de parler à une jeune fille, et plus encore de sceller l'accord d'une tape de la main, comme des voyous de banlieue, ou des marchands de bestiaux... Mais Lenny, à quinze ans, avait le chic pour se comporter comme un vieux marquis du temps jadis. Samuel était beaucoup plus proche de l'adolescent lambda, avec ses manières effrontées qui semblaient barbares à son frère.

Un instant de silence suivit cette réconciliation peu commune ; Samuel remarqua le sourire contraint de Liliana, et chercha comment mettre la jeune fille un peu plus à l'aise. Fouillant dans son sac, il déclara sur un ton très solennel :

-Partageons donc la dragée surprise de la fraternité.

Il extirpa une poignée de bonbons d'une poche de son sac, et les offrit à Liliana avec le vague espoir qu'elle ne tombe pas sur un parfum trop immonde. Lui-même sélectionna une dragée de couleur rouge, et la déballa en disant :

-On aurait une directrice de maison normale, on pourrait aller la voir pour lui dire que la bibliothécaire est une sale tortionnaire... mais là, c'est pas la peine. J'espère juste qu'elle va pas t'interdire la bibliothèque, cette vieille peau...

Pour lui, l'affaire était entendue ; il avait largement mérité une interdiction définitive, et seule une intervention personnelle de Hawthorne pourrait forcer la bibliothécaire à l'accepter à nouveau. Autant dire qu'il ne mettrait plus un pied dans ces lieux, puisqu'il n'avait aucune intention d'aller solliciter sa directrice de maison.

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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Jeu 3 Mar - 13:23:05

L'attitude familière d'un Samuel rassuré laissa Liliana un instant dubitative. La toper ? La jeune fille haussa un sourcil tandis que la main du cadet Pinsker frappait dans la sienne. Elle n'avait pas l'habitude de ce genre de manière qui, si elle était plus adaptée à l'attitude de deux adolescents en pleine réconciliation, était issu d'un milieu trop populaire pour être familier à la bourgeoise. Un sourire amusé fendit pourtant ses lèvres, tandis que, vaguement gênée par ce geste qu'elle n'avait aucune habitude de pratiquer, elle frappa à son tour la main de Samuel. Non, elle ne referait plus jamais cela, ça ne lui allait définitivement pas. Mais, puisqu'il s'agissait de réconciliations, mieux valait pour cette fois faire une concession sur son éducation et s'adapter à l'autre.

- Bien... Et je te le répète, ne parles pas de l'explication que nous avons eu avec ton frère. Je préfèrerais régler mes comptes avec lui de moi-même, dans l'idéal. D'ailleurs, tu connais ton frère mieux que moi, peut-être pourrais-tu me conseiller sur ce que je devrai éviter de lui dire...
Déclara-t-elle en observant Samuel fouiller dans son sac à la recherche d'elle ne savait quoi. Lorsque l'adolescent lui présenta des dragées surprises d'un ton officiel, Liliana eut un rire léger. Bien qu'il ne s'agissait pas de ses sucreries préférées, elle accepta. Elle lui était reconnaissante de ne pas se montrer rancunier vis-à-vis d'elle et, bien qu'elle ne le confessa pas, cela rendait Samuel bien plus sympathique à ses yeux.
- D'accord... Merci.
Murmura-t-elle en piochant une dragée au hasard. Inutile de réfléchir à la couleur du bonbon. Avec ceux-là, il était vain de parier sur l'aspect du colorant. Le bonbon violet qu'elle déballait pouvait aussi bien être à la mûre qu'à la piquette ou elle ne savait quel autre goût bien plus désagréable. Elle le glissa avec une vague appréhension dans sa bouche mais, par chance, la dragée libéra un goût fruité et sucré sur sa langue. C'était bien la première fois qu'elle avait de la chance avec les dragées surprise de Bertie Crochue.

Elle se laissa le temps d'avaler le bonbon tandis que Samuel se mettait à présent à craindre pour elle des conséquences de leurs actes. D'un geste négligeant de la main, elle invita le Serpentard à ne pas s'inquiéter davantage. Elle soupçonnait que Circé Harwtorne se ficherait bien des soucis de la bibliothécaire, si jamais elle osait venir lui en parler. Quant à une potentielle interdiction d'accès à la bibliothèque, la grande blonde ne le redoutait pas le moins du monde.

- Oh, tu sais... Pince n'arrivera pas à interdire l'accès de la bibliothèque à la rédactrice en chef de l'école. Pas pour une saute d'humeur comme celle que j'ai eu. Si j'avais mis le feu à la réserve, là, j'aurais pu m'inquiéter. Mais pour ça, je doute que les autorités compétentes ne réagissent vraiment. J'aurais, au pire, un petit avertissement.

En ce qui concernait Samuel, c'était en revanche plus probable qu'il ne puisse plus remettre les pieds dans l'antre Pince de tout le reste de l'année. Autant dire pour de longs mois.
- Tu ferais mieux de penser à toi. Il y a plus de chance qu'elle retourne sa frustration contre toi. Si toi aussi, tu faisais parti de la Gazette, elle serait sans ressource, mais là...

À peine eut-elle prononcé ces mots qu'une idée la traversa. Et pourquoi ne pas l'embaucher ? La Gazette manquait sérieusement d'illustrations plus personnelles que des photos et des reproductions de manuels et Pinsker avait un véritable talent en la matière. Cela ne lui demanderait pas beaucoup de travail et il aurait l'avantage d'éviter la colère de la vieille femme acariâtre.
- Ça te dirais de dessiner pour la Gazette ? Tu n'aurais pas beaucoup de travail, et tu serais tranquille avec Pince... Si tu l'acceptes, ce sera mon ultime excuse pour t'avoir mis dans une position désagréable. Bien sûr, tu es libre de refuser, je te le propose car je pense que tu t'en sortirais très bien, et que cela te permettrais de faire un pied de nez à cette mégère.

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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Dim 20 Mar - 9:00:21

Curieusement, la dragée surprise de couleur rouge que Samuel avait choisie libéra un parfum de café, un goût un peu trop corsé pour être vraiment agréable. Le garçon se dépêcha d'avaler le bonbon, tout en observant le visage de Liliana. Son expression d'abord vaguement inquiète se détendit lorsqu'elle porta la confiserie à sa bouche ; coup de chance, elle avait dû tomber sur quelque chose d'agréable. Finalement, les dragées surprise n'étaient peut-être pas la meilleure façon de se réconcilier avec quelqu'un ; si Liliana avait eu un bonbon au goût de sang, ou de choucroute rance, ou de poisson pas frais, la dispute aurait très bien pu repartir de plus belle... Ou alors, c'était un signe du Ciel. Leur mésentente était destinée à s'achever en cet instant, et les providentielles dragées surprises étaient le coup de pouce divin, un peu comme le bélier du sacrifice d'Isaac (oui, oui, Isaac !)... Samuel eut un sourire. Lenny n'apprécierait probablement pas cette théologie de bas étage, mais il n'était pas là pour s'offusquer...

Lenny, tiens. Le voilà qui revenait sur le tapis. Liliana demandait au cadet Pinsker de ne pas parler à son frère de leur explication ; il hocha la tête, sans vraiment comprendre quels comptes elle pouvait bien avoir à régler avec lui – il les avait complètement perdus de vue au concert, point de départ de cette brouille... Lenny avait peut-être fait du scandale, tandis que son cadet se laissait charmer par Lorelei pour se consoler... cela expliquerait la mauvaise humeur du grand ; après tout, on ne se mettait pas dans des états pareils pour quelques innocents bisous échangés avec la plus jolie fille de l'école... Le blondinet se promit d'aborder le sujet avec son frère, mais cela lui semblait si difficile que la discussion risquait fort d'avorter.

Peu importait, ce ne serait pas la première fois... En revanche, il y avait une conversation à ne pas manquer, c'était celle avec Liliana. Elle lui proposait, carrément, de faire partie de la Gazette... Les yeux du gamin s'arrondirent. Il n'y avait jamais pensé, et pour cause ; il écrivait tellement mal ! Mais il n'avait jamais songé que dans un journal, il pouvait y avoir des dessinateurs. À vrai dire, il ne s'imaginait pas être à la hauteur d'une mission qu'il se représentait comme terriblement difficile. Et puis, à la Gazette, il y avait Lenny... qu'allait-il penser si son cadet intégrait la rédaction ? Très maladroitement, le blondinet, le rouge aux joues, répondit :


-Mais... je ne sais pas... je sais pas si j'y arriverai...

La tentation d'accepter était forte ; c'était la première fois qu'on lui reconnaissait un talent personnel, et il ne boudait pas son plaisir. Mais s'il n'y arrivait pas ? Son esprit compliquait tout, lui montrait un engagement crucial auprès de Liliana, sans possibilité de rompre le contrat s'il était trop difficile à remplir... Il n'aurait pas davantage hésité à s'engager dans une unité d'élite de l'armée. Finalement, il eut un faible sourire, et fit d'un air désorienté :


-Écoute... je peux essayer... Il faudra m'expliquer ce que tu veux comme dessins... j'espère que je m'en sortirai... Merci, conclut-il dans un murmure, véritablement perplexe devant la tournure que prenaient les événements.

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Liliana Vanloock
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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Ven 15 Avr - 12:16:25

Samuel aurait pu refuser l'offre de la rédactrice, elle ne lui en aurait pas tenu ombrage. Elle était parfaitement conscience que travailler dans la gazette n'intéressait pas tout le monde ou, du moins, rarement de façon ferme et définitive. Quelques-uns venaient la trouver, un article brouillon rédigé sur un vieux morceau de parchemin, l'air enthousiaste et impatient de ceux qui espèrent remporter leur quart d'heure de gloire en imaginant leur nom sortir de leur petite sphère privée pour s'étaler fièrement sur un coin de journal. Ceux-là, en général, ne faisait pas long feu et abandonnaient lorsqu'ils se rendaient compte de la surchage de travail que cela leur demandait. Les plus sérieux se comptaient sur le doigt d'une main, avec ceux qui prenaient plaisir à participer de temps à autre simplement pour le loisir d'écrire ou d'enquêter. Liliana n'avait jusqu'alors jamais imaginé enrôler Samuel, qu'elle aurait instantanément catalogué dans la catégorie de ceux qu'il aurait toujours fallut solliciter afin d'obtenir quoi que ce soit d'eux. Cependant, elle n'avait pas non plus imaginé qu'il pourrait participer d'une toute autre façon et que cela pourrait lui correspondre parfaitement. Les dessins manquaient sérieusement entre toutes les lignes rigoureusement frappées dans la gazette.
Néanmoins, Samuel eut l'air d'hésiter. Encore une fois, il craignait de ne pas être à la hauteur. Liliana le laissa parler. Le rassurer était inutile, il verrait par lui-même de quoi il était capable. Elle en avait eu la preuve sous les yeux, le cadet Pinsker se débrouillait très bien avec un crayon entre les doigts. Elle ne doutait pas un instant de ses capacités. Seule sa confiance en lui laissait à désirer, mais cela pouvait venir avec le temps, lorsqu'il se rendrait compte que ce à quoi il s'engageait n'était pas si ardu qu'il le pensait.

- Essaies, tu verras bien. Je ne m'inquiète pas quant à tes capacités, sinon je ne t'aurais pas proposé ce poste.
Lui rétorqua agréablement Liliana, avec un petit sourire.
- Cela dépendra surtout du sujet ou du ton des articles. Tu pourrais être amené à dessiner une créature ou autre de façon réaliste ou réaliser des caricatures. Ce peut être des sujets très larges, mais je tiendrais compte de tes préférences et du genre dans lequel tu te sens plus à l'aise. On peut me reprocher beaucoup de choses quant à la façon dont je tiens la gazette. Trop de sérieux, trop de rigueur... J'ai tendance à être très critique vis-à-vis de ceux qui participent, cependant j'ai toujours tenu compte de leurs capacités et de leurs sujets de prédilections afin de leur permettre de donner le meilleur d'eux-même en y prenant du plaisir. C'est l'un des buts du journal, j'ai bien conscience que nous ne sommes pas des professionnels et que la gazette de Poudlard n'est pas aussi sérieuse ni aussi évoluée qu'un journal vieux de vingt ans avec toute une équipe chevronnée derrière.

Elle s'engagea de quelques pas dans le couloir, l'air enthousiaste. Parler de son rôle dans la gazette était un véritable plaisir pour elle. Elle aimait ce qu'elle faisait, gérer une équipe et la rédaction d'un journal la passionnait. C'était d'ailleurs ces raisons qui la faisaient passer pour une véritable hystérique aux yeux des mauvaises langues (oui, je sais, les langues n'ont pas d'yeux), mais c'était aussi ce pourquoi elle était respectée dans les efforts qu'elle faisait et que les élèves comme les professeurs lui donnaient tout le crédit qu'elle méritait, elle ainsi que l'équipe. Lenny aussi, d'ailleurs, offrait une grande part de crédibilité à la gazette. Elle ressentit léger pincement de coeur à cette pensée. S'il la lâchait, elle avait parfaitement conscience de perdre beaucoup. Cependant, elle craignait moins qu'il démissionne à présent que son frère avait accepté de les épauler pour les illustrations. Il fallait être honnête, l'arrivée de Samuel dans la gazette lui permettrait aussi de renouer de meilleurs rapports avec l'aîné des Pinsker.
- Je suis contente que tu acceptes. Cela me fait vraiment plaisir. À ce propos, si tu as besoin de calme, je me suis installée dans une vieille salle de classe abandonnée au sixième étage. C'est celle au bout du couloir, dont la poignée est rouillée. J'ai mis une réserve d'encre, de plumes et de parchemins dans des casiers que j'ai installé là-bas. Il y a un mot de passe pour les ouvrir, c'est Chaporouge. Je pourrais y ajouter ce dont tu as besoin pour dessiner si tu souhaites travailler là toi aussi, tu n'aurais pas besoin de te charger de matériel ainsi.
Elle rajusta la lanière de son sac sur son épaule et se tourna vers le Serpentard, l'air interrogateur.

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Samuel Pinsker
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MessageSujet: Re: J'ai vu de la lumière, je suis entré (Prio)   Dim 1 Mai - 21:05:38

À un moment, elle allait éclater de rire, et s'écrier « Poisson d'avril ! »... on était en plein décembre, mais peu importait ; sa proposition pouvait-elle être sérieuse ? Samuel était partagé. Elle avait l'air sincère, quand elle lui disait qu'il s'en sortirait très bien ; il ne pouvait s'empêcher de la croire, et de s'imaginer une Gazette richement illustrée... Il prendrait un plaisir particulier à envoyer lui-même à ses parents le premier numéro auquel il aurait participé, et il comptait bien recevoir leurs félicitations par retour du courrier. Ils avaient si souvent cité en exemple Lenny et ses talents de journaliste, en lui prédisant un avenir prestigieux... pas comme son vaurien de frère, ce semi-illettré tout juste bon à dessiner... Ils étaient consternés par les lacunes de leur cadet et ne perdaient pas une occasion de lui rappeler qu'il n'avait aucune chance de s'en sortir s'il ne se décidait pas à les combler ; cela partait d'une bonne intention, mais le gamin était à chaque fois épouvanté par l'ampleur du travail à fournir. Liliana était l'une des premières personnes à lui tenir un autre langage, à lui reconnaître un quelconque talent, et c'est pourquoi il n'osait y croire. Elle devait se moquer de lui, c'était obligatoire...

Mais non, elle persistait, lui expliquait sa tâche, et parlait de son rôle au journal avec enthousiasme. Samuel lui emboîta le pas, très attentif, en se disant que ceux qui la disaient un peu exaltée n'avaient pas tout à fait tort. Elle lui proposa d'utiliser une salle de classe du sixième pour y travailler en paix, et lui donna même le mot de passe des casiers. Ça se confirmait donc ; elle ne plaisantait pas. Le Serpentard hésita un instant, puis répondit :


-Oh.. en fait... je ne pense pas que je vais laisser mon matériel là-bas. J'aime bien avoir tout ce qu'il faut avec moi...


Raison pour laquelle il lui manquait régulièrement ses affaires de cours : son matériel de dessin prenait trop de place dans son sac. Ils firent quelques pas de plus, puis Samuel songea enfin aux détails pratiques :

-Tu me diras ce que tu veux exactement ? Je ne sais pas, tu peux peut-être me laisser les articles à illustrer dans la salle de classe du sixième ? Dans l'un des casiers, par exemple... tu me mets un petit mot pour me dire s'il y a quelque chose à faire en priorité...

Liliana l'écoutait, et la terrible hypothèse d'un canular s'éloignait. Samuel adressa un large sourire à sa rédactrice en chef, trépignant d'impatience à l'idée d'aller raconter tout ça à Lenny. Maladroitement, il tâcha de prendre congé :

-J'passerai dans la salle... euh... demain. Là je dois y aller... excuse-moi... enfin, à bientôt, Boss !

Il eut un regard d'excuse et fila, en faisant par-dessus son épaule un signe de la main à Liliana. Elle allait le prendre pour un malotru, mais il y avait déjà un moment qu'il se retenait de lui fausser compagnie. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'il avait quelque chose d'aussi inattendu à raconter à son frère !

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